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Romans : les sorties de l’automne

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On continue avec les nouveautés littéraires qui auront décidément été à l’honneur sur le blog cette année. Je vous propose six romans sortis cet automne. Essentiellement de thriller et polar. Une sélection bien sombre mais qui m’aura réservé quelques jolies surprises.

Si la lune éclaire nos pas, de Nadia Hashimi

 

Kaboul est entre les mains des talibans. Depuis que son mari a été assassiné, Fereiba est livrée à elle-même. Si elle ne veut pas connaître le même sort, elle doit fuir. Elle entreprend un voyage périlleux avec ses trois enfants. Comme des milliers d’autres, elle traverse l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie et la France. Hélas, les routes de l’exil sont semées d’embûches : que devra-t-elle sacrifier pour de meilleurs lendemains ?

Si la lune éclaire nos pas, couvertureLe titre de ce roman ne laissait pas vraiment supposer une histoire qui allait m’emballer outre mesure. Je me méfie des titres très poétiques, ça sent toujours un peu le romantisme outrancier, mais en même temps, ça m’attire toujours au fond, parce qu’une belle histoire qui marche, c’est rare mais ça fait du bien. Bref, je me suis donc retrouvée avec ce livre entre les mains sans bien savoir pourquoi ni même de quoi ça parlait. Finalement, ç’a été une bonne surprise. J’avais lu en début d’année le témoignage d’un jeune garçon qui avait fui l’Afghanistan pour l’Angleterre. Cette version romancée d’une histoire similaire m’a beaucoup touchée. On suit la jeune femme qui est au cœur du récit bien avant qu’elle ne songe à quitter son pays. On apprend ainsi à la connaître, à se familiariser avec sa culture, à comprendre les raisons profondes de ce choix. C’est un peu mélo comme histoire, cette pauvre fille enchaîne sacrément les galères. Pourtant, étrangement, on y croit et ça fonctionne plutôt bien. L’écriture est agréable et on se prend d’affection pour cette famille au destin tragique. Un joli texte, sans doute un peu trop mélo parfois mais émouvant. Une belle surprise.

Peut-être qu’il vaut mieux mourir sur sa propre terre, plutôt qu’être chassé comme un chien errant partout où on passe.

Cognitum, de Stefan Palk

 

Dans un appartement parisien, un jeu sexuel en ligne tourne mal ; au fond d’une forêt africaine, une section de paras est anéantie sauvagement ; dans un réduit djihadiste de Syrie, on teste des produits redoutables. Yann Braque, lieutenant à la PJ, et Maxime Barelli, une capitaine des forces spéciales, vont se retrouver côte à côte face à une terrible épidémie technologique : Cognitum.

Cognitum, couvertureLe reste de mon automne aura été très noir. Et ça a commencé avec Cognitum. Un roman dystopique assez flippant. J’avoue ne pas trop savoir par quel bout prendre les choses pour en parler. On est dans un futur proche (très proche même je dirais) où la nanotechnologie infiltre le corps pour « l’améliorer ». Évidemment, ça ne se passe pas aussi bien qu’on pourrait s’y attendre, il y a des accident, des abus, des morts. Le sujet est pour le moins porteur, et plutôt d’actualité. La mise en œuvre m’a un peu moins convaincue, même s’il y a pas mal de bonnes choses dans ce roman. On alterne entre plusieurs personnages. En soi c’est un procédé que j’ai tendance à apprécier, malheureusement là les chapitres sont très courts (ce qui est également appréciable généralement) et c’est difficile de s’attacher aux personnages en passant aussi vite de l’un à l’autre. D’autant plus que l’histoire est quand même très compliquée. J’ai trouvé qu’il y avait trop de choses, trop de ramifications pas toujours parfaitement maîtrisées pour que l’histoire reste percutante. Malgré certaines faiblesses dans la construction du récit, le sujet traité est intéressant et l’enquête policière plutôt prenante. Une lecture singulière.

Évanouies, de Megan Miranda

 

Nicolette s’était pourtant juré de ne jamais remettre les pieds à Cooley Ridge, sa ville natale. Dix ans plus tôt, sa meilleure amie Corinne a disparu, et son corps n’a jamais été retrouvé. Aujourd’hui, Nic doit rentrer chez elle pour s’occuper de son père. Mais Nic n’a pas sitôt posé le pied à Cooley Ridge qu’une nouvelle jeune femme disparaît. Le piège se referme.

Evanouies, couvertureBon, ma mémoire me joue des tours. Je me souviens de la couverture, du nom de l’auteur, très vaguement d’une disparition, d’avoir bien aimé ce livre mais… mais… de rien d’autre, aucun détail. Il va falloir que j’aille faire un sérieux tour dans mes notes. C’est rare que j’oublie un roman que j’ai bien aimé mais que voulez-vous, ma mémoire n’est plus ce qu’elle était. La trame n’est pas particulièrement originale : une jeune fille qui disparaît sans laisser de traces, sa meilleure amie qui revient chez elle 10 ans après encore hantée par le drame, rien de bien exceptionnel jusque-là. En revanche, la construction elle n’est pas banale. En effet, on commence 15 jours après le retour de la jeune femme dans la ville de son enfance et on remonte le temps jusqu’à son arrivée. J’ai bien aimé l’idée qui crée une tension intéressante. C’est assez étrange pour le lecteur d’avoir de plus en plus d’informations au fil de la lecture alors que le personnage lui en a de moins en moins. Je me suis parfois demandé si à la relecture je ne trouverais pas des failles dans cette chronologie inversée, j’ai eu par moments l’impression de l’auteur s’y perdait un peu. Malgré quelques faiblesses, ce roman fonctionne plutôt bien et parvient à mettre en place un beau suspens. Pas parfait mais assez prenant tout de même.

Ma mère n’est pas morte chez elle. Elle en avait l’intention mais je crois qu’à un moment donné elle avait aussi eu l’intention de vivre. C’est bien beau, une intention, mais ça repose parfois davantage sur l’espoir que sur la réalité.

On se souvient du nom des assassins, de Dominique Maisons

 

1909. Paris, est à cette époque le centre du monde culturel et politique et repousse la misère au-delà de ses murs. Paris regarde vers le ciel et se passionne pour les dirigeables et invente le divertissement de masse. Mais aussi inventer le crime moderne et sa médiatisation. La foule va prendre gout au sang, aux aventures immorales, au frisson bon marché.

On se souvient du nom des assassins, couvertureVoilà un roman assez surprenant. A la fac j’avais un cour (où j’ai été assez peu assidue, avouons-le) sur le roman populaire : on est en plein dedans. On croirait à s’y méprendre un roman du début du XX° s. Le style est enlevé et très agréable. Ajoutez à ça une bonne vieille enquête policière dans les rues de Paris avec un auteur de romans-feuilleton comme héros et vous aurez un mélange détonnant. Bien que j’aie beaucoup apprécié cette lecture, je n’ai pas avancé très vite, ce qui m’a un peu empêché de rester dans la dynamique nécessaire pour l’apprécier pleinement. L’enquête est pleine de rebondissements, plus ou moins farfelus mais qui dans l’ensemble ne fonctionnent pas si mal. Ca traîne peut-être un peu en longueur mais les personnages sont attachants et le style enlevé ne manque pas de charme. Dommage que la résolution de l’enquête aille chercher une explication tarabiscotée qui aurait sans doute être pu mieux amener, on peine un peu à y croire. Un roman rocambolesque qui en fait parfois trop mais reste sympathique.

Sacrifice, de Joyce Carol Oates

 

1987, dans un quartier noir délabré d’une ville du New Jersey, une mère cherche partout sa fille, Sybilla, disparue depuis trois jours. L’adolescente sera retrouvée, ligotée, le corps barbouillé d’excréments et d’injures racistes, dans les sous-sols d’une vieille usine abandonnée. Emmenée aux urgences, elle accuse des « flics blancs » de l’avoir enlevée, battue et violée.

Sacrifice, couvertureJ’ai découvert Joyce Carol Oates il y a peu (oui, je ne suis pas en avance sur ce coup-là) et j’ai de suite beaucoup aimé sa plume précise et les thèmes très sombres qu’elle aborde. Après avoir lu d’elle un roman sur une disparition pour un autre sur un enlèvement et un viol d’enfant, on reste dans la même veine avec cette fois une jeune fille qui accuse des policiers blancs de kidnapping et de viol. L’écriture est très dure, imitant l’accent rocailleux de la rue. C’est très très sombre. Certains passages sont un peu difficiles à encaisser et l’évolution de l’histoire ne redonne pas exactement foi en l’espèce humaine. Mais l’auteur a le mérite dans ce roman de taper à la fois sur le racisme, la religion, l’administration et ceux qui exploitent les faibles qu’elle qu’en soit la manière. Elle n’est franchement pas tendre avec ses concitoyens mais ça sonne terriblement juste. Le récit s’inspire d’ailleurs de faits réels. C’est d’une violence inouïe mais je dois avouer avoir été totalement fascinée par ce roman que j’ai dévoré. Un roman engagé et fort qui ne laisse pas indifférent.

La victime d’un traumatisme ressemble à un animal blessé. En cherchant à l’aider, on risque d’exacerber sa souffrance.

Que le bête s’échappe, de Jesse et Jonathan Kellerman

 

Traumatisé par ses exploits récents, l’inspecteur Jacob Lev s’est remis à boire et passe ses journées à réviser des dossiers de cold cases dans un entrepôt désaffecté de Los Angeles. Un double meurtre non résolu retient son attention et l’amène à enquêter à Paris sur un cas similaire : les corps d’une mère et de son fils, retrouvés dans le Bois de Boulogne.

Que la bête s'échappe, couvertureQuand j’ai reçu ce livre, rien qu’à la couverture, je n’étais pas très inspirée. Quand j’ai commencé ma lecture, mes craintes se sont en partie trouvées fondées. Ça joue beaucoup sur le fantastique et je n’aime pas franchement les romans qui y ont recours. Je suis assez terre à terre et je n’aime pas trop qu’on mêle le monde « réel » et des éléments surnaturels. Je trouve que fonctionne rarement. Je préfère à la limite un univers créé de toutes pièces, mes attentes en matière de réalisme ne sont pas les mêmes. Pourtant, contre toute attente, je n’ai pas détesté ce roman et honnêtement, je me demande bien pourquoi. Il y a des rebondissements improbables, c’est tiré par les cheveux au possible et pourtant j’ai trouvé que ça se laissait lire. Je suppose que c’est dû à l’écriture, qui est agréable et dynamique, on est pris dans l’enquête et on ne nous laisse pas trop le temps de nous poser des questions sur sa crédibilité. C’est une suite mais on peut la lire sans problème sans avoir lu le premier volet. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai vraiment aimé, trop de thèmes abordé qui me laissent de marbre, trop tarabiscoté, mais ça reste étrangement une lecture plutôt plaisante. Le genre de roman où on trouve un plaisir un peu coupable.

Un mois d’horreur, sur la totalité d’une existence… ce n’est rien. Un simple hoquet.

Rentré littéraire 2016 : lectures imprévues

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Beaucoup de livres lus en cette rentrée. Une bonne vingtaine je dirais. Pas mal d’auteurs que je ne connaissais pas et de littérature étrangère, même si bien sûr j’ai aussi retrouvé quelques-uns de mes auteurs chouchous. Si j’ai tenu un bon rythme entre août et octobre, j’ai eu plus de mal à garder un rythme de lecture soutenu ces dernières semaines, d’où un dernier article sur la rentrée littéraire qui arrive au moment où ça parle déjà de la rentrée suivantes sur les autres blogs (oui mais ça va trop vite aussi !). Trois romans lus sur le tard, qui n’étaient pas prévus à mon programme initial. J’en ai un quatrième en cours mais vous le retrouverez prochainement dans un article sur un autre sujet.

L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset

Un roman qui fait revivre Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant, puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à trente-neuf ans aux États-Unis.

L'autre qu'on adorait, couvertureOn m’avait dit beaucoup de bien de ce roman et j’avais hâte de le commencer. On entend beaucoup parler de Catherine Cusset depuis déjà plusieurs années et d’autant plus en cette rentrée où elle figurait sur les listes de plusieurs prix littéraires. Pourtant, dès les premières lignes j’ai senti poindre la déception. Le style… comment dire ? j’ai détesté ! Je n’aime pas du tout les livres écrits à le deuxième personne. Le « tu » qui s’adresse à quelqu’un d’autre que moi m’exaspère. J’ai trouvé difficile de comprendre qui était qui et parlait à qui. C’est assez confus. J’ai essayé de laisser une chance à ce roman mais rien a faire, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. J’ai désespérément cherché un roman écrit à la seconde personne que j’aurais aimé (à part l’introduction de Si par une nuit d’hiver un voyageur, mais là, c’est bien au lecteur que l’auteur s’adresse, pas à une tierce personne) mais à part les romans épistolaires je n’ai vraiment pas d’exemples. Si, Camille mon envollée, mais ça tient de la lettre, encore. Bref, je regrette un peu de ne pas être allée bien loin dans ma lecture, ce n’était peut-être pas si mal malgré un départ peu convaincant mais le blocage sur le style était particulièrement prononcé. Gros raté donc avec ce roman de la rentrée littéraire dont tout le monde parlait.

Il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complétement , en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin.

Le grand jeu, Céline Minard

Une femme décide de s’isoler dans un refuge accroché à la paroi d’un massif montagneux. Elle s’impose la solitude, ainsi qu’un entraînement physique et spirituel intense. Elle cherche, dans cette mise à l’épreuve, à savoir comment vivre. Mais sa rencontre inattendue avec une ermite bouleverse ses plans.

Le Grand Jeu, couvertureAutre roman dont j’attendais beaucoup, sensiblement pour les mêmes raisons. On m’en avait dit du bien et surtout, le sujet, relativement rare en littérature, me tentait énormément. Quelqu’un qui décidé d’aller vivre en ermite en plein milieu de la montagne, ça me fait rêver. Mais là encore, je n’ai pas été aussi emballée que je l’attendais. Le début m’a assez convaincue. C’est bien écrit, dans un style énergique agréable à lire. Et l’idée d’une femme qui part vivre loin du monde dans un moment où je rêve d’ermitage m’allait on ne peut mieux. Au fil du récit malheureusement, j’ai un peu décroché (mais pas complètement non plus). Notre misanthrope fait une rencontre improbable qui m’a un peu dérangée. Je ne vous en dis pas plus, ne gâchons pas le suspens. Autre aspect un peu gênant, pour moi, le montagne c’est le lieu de l’introspection. Quand on est seul avec soi-même on a tendance à virer philosophe hors ici les pensée intimes de la narratrice passent complètement à la trappe, tout tourne autour de choses purement pratiques. C’est… froid. Si ce n’est pas inintéressant, ça m’a empêché de profiter de cette lecture autant que je l’espérais. Un livre original et bien écrit qui manque sérieusement de chaleur à mon goût.

Je ne peux pas, personne ne le peut, ne pas prêter attention à la présence d’un humain. D’une coccinelle, d’un geai, d’un isard, d’une souris, oui, mais pas d’un humain. C’est un fait. Dès que je vois un humain, j’ai l’idée d’une relation entre lui et moi. Je m’en rends compte. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait pas.

Un hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin

À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale.

Un hiver à Sokcho, couvertureDécidément, les surprises de cette fin de saison n’auront pas été très bonnes. Ma libraire m’avait dit le plus grand bien ce livre, une pépite de la rentrée. Pour moi, la rentrée littéraire c’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux univers, je me suis donc lancée sans hésiter. Ca a confirmé ce que je soupçonnais déjà : contrairement à son prédécesseur, nous n’avons pas les mêmes goûts ma libraire et moi. J’ai trouvé  ce petit roman d’un ennui mortel ! Si je reproche à Céline Minard une certaine froideur, là c’est carrément glacial. C’est loin d’être mal écrit mais c’est lent, c’est froid (vous me direz, c’est normal, ça se passe en hiver), les personnages ne m’ont pas inspiré plus de sympathie que ça et l’histoire bon… voilà quoi. Et ça pue l’amour à des kilomètres. Ce n’est pas mauvais, je n’ai juste pas réussi à m’y intéresser. Je n’en suis même pas venue à bout. Pas le bon moment peut-être, pas les bonnes dispositions. J’ai bien plus besoin d’aventures que d’ennui ces temps-ci ! Une délicatesse certaine mais une rencontre totalement ratée.

Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait.
Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps.

Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai pas eu trop de chances avec ces romans qui ont rejoint ma bibliothèque sur le tard ! Heureusement que le reste de la rentrée avait été autrement plus convaincant. Vous pouvez les découvrir dans mes autres articles sur la rentrée littéraire 2016 : les premiers romans, les polars, la littérature française, la littérature étrangère et le résumé de tout ça, dans le bilan.

Prix littéraires 2016 : les lauréats

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          Cette année, je ne vous ai pas tenu informés sur le blog des différentes sélections pour les prix littéraires parce que l’air de rien il y en a beaucoup et ça prend un temps fou. Mais à défaut de vous donner toutes les étapes, voici au moins les résultats. Comme vous allez le voir, j’ai lu beaucoup de romans cette rentrée mais peu de lauréats. Si vous voulez en savoir plus sur ces romans, cliquez sur le titre pour le résumé Babelio.

  • Prix Nobel

Commençons par le seul grand prix international dont je vais vous parler. La récompense suprême qui récompense cette année… Bob Dylan ! Autant vous dire que la nouvelle a sacrément fait parler d’elle.

  • Prix Goncourt

– Chanson douce de Leïla Slimani – Gallimard

  • Prix Femina Les vies de papier, couverture

– Le Garçon de Marcus Malte – Zulma
– Etranger : Les vies de papier de Rabih Alameddine (mon avis pas très enthousiaste ici) – Les Escales
– Essai : Charlotte Delbo, la vie retrouvée de Ghislaine Dunant – Grasset

  • Grand prix du roman de l’académie française

Le dernier des nôtres d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre – Grasset

  • Prix Renaudot

Babylone de Yasmina Reza – Flammarion

  • Prix Médicis

Laetitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka – Le Seuil
– Etranger : Les élus de Steve Sem-Sandberg – Robert Laffont
– Essai : Boxe de Jacques Henric – Le Seuil

  • Prix Décembre

Comment Baptiste est mort d’Alain Blottière – Gallimard

  • Prix Interallié Repose-toi sur moi, couverture

Repose-toi sur moi de Serge Joncour (ma critique très enthousiaste ici) – Flammarion

          Encore une belle récolte pour Galligraseuil mais aussi pour Flammarion (enfin re-Gallimard quoi). Une fois n’est pas coutume, quasiment que des auteurs que je n’ai jamais lus et dont je n’ai même jamais entendu parler dans cette liste. Maaaiiiiis… maaaiiiis… voilà, Serge Joncour enfin récompensé !!! Depuis le temps qu’on attendait un grand prix pour cet auteur si talentueux (et tellement hors système). Vous ne pouvez pas imaginer ma joie, je suis presque aussi heureuse que si c’était moi qui l’avait eu tellement je n’y croyais plus. Un petit clin d’oeil au passage à Virginie du blog Les lectures du mouton, au moins aussi enthousiaste que moi à l’annonce de la nouvelle. Et félicitations à l’auteur s’il passe par ici, pour ce prix bien sûr, mais aussi et surtout pour son très beau roman.

Rentrée littéraire 2016 : littérature étrangère

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M comme Mabel, d’Helen Macdonald

 

Enfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale son père s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique.

M pour Mabel, couvertureJe suis assez fascinée par la fauconnerie même si je n’y connais absolument rien et que je n’ai jamais eu l’occasion de m’y intéresser. Quand j’ai lu la 4° de couverture de ce roman, je me suis dit que ça pourrait me plaire et changer un peu des sujets abordés habituellement. Au début, j’ai vraiment cru que ça allait me plaire. Le style est travaillé et assez agréable et la construction du roman semblait plutôt intéressante. Pourtant, j’ai très vite décroché ! Il y a de très longs passages entièrement axés sur la fauconnerie (je sais, c’est un peu le sujet du livre…) et bien qu’ils ne soient pas particulièrement techniques, je n’ai pas du tout réussi à rentrer dedans et à partager un tant soit peu les émotions du personnage. J’ai trouvé ça très froid et assez dénué de sensibilité. Il y a un côté un peu guindé qui m’a bloquée. J’ai eu beau essayer de m’intéresser à cette histoire, je n’ai pas pris le moindre plaisir à cette lecture, alors même que j’ai trouvé le style assez beau. J’ai fini par abandonner avant de me lasser davantage. On sent l’auteur passionnée par son sujet et bien que j’aie eu envie de découvrir cet univers, je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer dedans. Dommage.

Il existe un mot pour dire le deuil, en anglais. Bereavement. Ou encore bereaved ou bereft, « endeuillé ». Du vieil anglais bereafian, qui signifie « priver de », « ôter », « saisir », « dérober ». Dérobé.Saisi. Cela arrive à tout le monde, mais on le ressent seul.

Yaak Valley, Montana, de Smith Henderson 

 

Dans le Montana, en 1980, autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue, Luke, son frère recherché par la police, Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche.

Yaak Valley Montana, couvertureJe le découvre uniquement à présent mais ce livre est un premier roman et aurait donc eu bien plus sa place dans mon article qui leur était consacré (surtout que c’est un des premiers livres de cette rentrée que j’ai lus…). Le mal est fait et, après avoir hésité à le mettre parmi les polars, le voilà finalement en littérature étrangère. J’ai bien aimé l’univers très sombre de ce livre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar mais il emprunte parfois au thriller. Ce roman m’a clairement fait penser aux classiques du nature writing et aurait pu entrer dans la collection noire de Gallmeister. Ca tombe bien, c’est un genre que j’adore et que je lis bien trop peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont les personnages sont construits. Chacun a ses faiblesses et tous semblent constamment au bord du gouffre, créant une certaine tension dans ce récit dont l’anti-héros est attachant. Un livre qui explore les marges de la société avec beaucoup de justesse et une certaine sensibilité sous des abords plutôt rudes. Il met en avant les contradictions d’un pays qui ignore ceux qui sortent de la norme et m’a donné envie d’en découvrir les aspects cachés autant que les paysages. Un style sobre, un univers assez noir et la découverte d’une Amérique déshéritée. Un très beau roman.

Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque chose. Mais la plupart d’entre nous traînent de sacrées casseroles en plus de leurs valises.

Les règles d’usages, de Joyce Maynard

 

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération.

Les règles d'usage, couvertureJ’ai découvert Joyce Maynard il y a deux ans avec L’homme de la montagne, que j’avais beaucoup aimé. Je ne sais pas trop pourquoi, j’avais dans l’idée que c’était une sorte de polar alors que pas du tout. J’avais totalement oublié la 4° de couverture et c’est tant mieux, j’ai ainsi eu la joie de la découverte, même si le sujet n’est pas exactement facile. Joyce Maynard y traite avec beaucoup de délicatesse le deuil et l’adolescence. Moi qui ne suis pas très friandes de ces sujets, j’ai trouvé que ce roman était d’une grande justesse. Autant que le processus de deuil, la peinture qu’elle fait de l’adolescence est touchante. La manière dont l’auteur dépeint la journée du 11 septembre est saisissante et j’en ai sans doute plus encore ressenti l’horreur en lisant ce roman que le jour des faits, où j’étais sans doute un peu jeune pour en saisir l’ampleur. On s’attache peu à peu aux personnages qui sont très soignées, avec des personnalités rendus intéressantes par nombre de petits défauts. Le style est toujours aussi convaincant et l’auteur parvient à mettre une certaine tension en place, alors qu’on s’y attendrait cette fois un peu moins. Le rythme de ce roman est assez lent, pourtant on a envie de connaître la suite et je dois avouer que ma lecture a eu un côté assez frénétique. J’ai vraiment adoré ce livre qui pour moi est un des grands romans de cette rentrée littéraire. Extrêmement touchant.

On continue à se lever chaque matin en sachant que ça durera peut-être dix mille matins de plus. On préférerait être celui qui est mort. En quoi ce serait mieux ?

Les vies de papier, de Rabih Alameddine

 

Aaliya Saleh, 72 ans, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle a été répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion… Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Une seule passion l’anime: la littérature.

Les vies de papier, couvertureLe résumé de ce livre me laissait un peu perplexe, je me suis toutefois laissée tenter parce que comme vous devez le savoir à présent, dès qu’il est question d’un roman sur livres, librairies ou bibliothèques, je finis toujours par céder à la tentation. Que voulez-vous, faible je suis. Au début, j’ai été assez agréablement surprise. Le personnage me semblait plutôt sympathique, j’accrochais bien avec le style, tout allait bien. Et puis je me suis lassée. Vite même. Ce roman se lit très bien, c’est plutôt bien écrit, facile à lire mais pas insipide ; de ce côté-là tout va bien. En revanche, les souvenirs de vieille dame bon… Pourtant à Beyrouth il y a de quoi faire ! Mais là ça part dans tous les sens. Etant casanière, elle n’a finalement pas grand chose à raconter et survole tout les sujets, passant de l’un à l’autre avec une inconstance qui devient lassante. Quant à son amour pour les livres, je m’y suis moins retrouvée que j’aurais cru et j’ai parfois trouvé la débauche de citations un peu lourde (même si je dois admettre qu’elles sont relativement bien intégrées et qu’il y a bien pire dans le genre). Il n’y a qu’à la toute fin que j’ai connu un vague regain d’intérêt mais il était un peu tard. Malgré certaines qualités, un roman qui ne m’a pas trop convaincue, voire même ennuyée.

Nulle perte n’est ressentie avec autant d’acuité que celle de ce qui aurait pu être. Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n’ont jamais existé.

Watership Down, de Richard Adams

 

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves lapins choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Watership Down, couvertureBien qu’il se soit vendu à une flopée d’exemplaires, je n’avais jamais entendu parler de ce roman, ni de son auteur. J’ai eu un peu peur en voyant le pavé que c’était. Sans doute en raison de la couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez sombre et j’ai été déroutée de me retrouver face à des petits lapins dans leur garenne… J’ai failli abandonner, 550 p de petits sauts et de pissenlits me semblaient de trop. Et puis, j’ai continué ma lecture et, passé l’effet de surprise, je me suis totalement laissée embarquer dans les aventures de nos amis rongeurs. Impossible de quitter ce livre une fois qu’on l’a entamé ! Qui eut cru que les histoires de garennes puissent être aussi palpitantes ? Je me suis prise d’affection pour la troupe de lapinous et j’ai tremblé à chacune de leurs embûches et de leurs rencontres avec des vilous (les prédateurs en tous genres). L’auteur parvient à créer un univers assez décalé et très attachant. Ses lapins sont empreints d’une philosophie de vie insoupçonnée qui ne laisse pas indifférent. L’écriture est fluide et quelques touches d’humour complètent le tableau. J’ai finalement pris goût à cette aventure que j’ai lu quasiment d’une traite. Un roman fleuve palpitant et terriblement mignon.

Les créatures qui n’ont ni livre ni horloge sont aussi sensibles aux secrets du temps qui passe qu’à ceux du temps qu’il fait ; elles savent également s’orienter, comme en témoignent leurs extraordinaires migrations.

1816, l’année sans été, de Gillen d’Arcy Wood

 

En avril 1815, près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. Ignoré des livres d’histoire, ce bouleversement climatique fait des millions de morts. On lui doit aussi de profondes mutations culturelles.

1816, l'année sans été, couvertureJ’aimais beaucoup la couverture de ce livre et son titre assez intriguant, j’ai donc décidé de me lancer. Pour d’obscures raisons, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un roman (le titre encore je crois, je n’avais pas dû lire le sous-titre…), quelle ne fut donc pas ma surprise en constatant que c’était en réalité un essai sur le rapport entre climatologie et climat qui expose en particulier les conséquences désastreuses de l’impact de l’éruption du Tambora en 1815. La bonne nouvelle, c’est que c’est très intéressant. La mauvaise c’est que quand on veut lire un roman, on se retrouve quand même avec quelque chose d’un peu plus ardu que prévu… L’auteur parvient assez bien à vulgariser son propos pour qu’il soit compréhensible par tous. Les schémas et graphiques peuvent aider à mieux visualiser les concepts évoqués. Il y a vraiment un gros effort de fait pour rendre le texte accessible, ce que j’ai beaucoup apprécié. De nombreux domaines sont évoqués : vulcanologie et  climatologie bien sûr mais aussi sociologie ou culture avec les impacts à long terme et l’influence de cet événement sur l’art que j’ai trouvé très intéressant. J’aurais en revanche aimé des chapitres organisés différemment. On passe d’une chose à l’autre sans vraiment approfondir, pour y revenir plus tard, ce qui l’a un peu gênée. Un essai intéressant et assez facile à appréhender mais que j’ai parfois eu du mal à suivre par son côté un peu dispersé. Intéressant tout de même.

Un bouleversement climatique catastrophique a provoqué un changement dans les idées à l’échelle du monde autant qu’un traumatisme global.

La vengeance des mères, de Jim Fergus

 

Margaret et Susan Kelly, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

La vengeance des mères, couvertureJ’avais a-do-ré Mille femmes blanches, énorme coup de cœur il y a quelques temps déjà. Quand j’ai su qu’une suite allait sortir 15 ans après le premier roman, je ne tenais plus en place, trop heureuse de retrouver l’immensité des plaines et la culture cheyenne. Je me demandais comment l’auteur allait s’en sortir avec cette suite étant donnée que la fin du premier roman sonnait comme plutôt définitive (pour ne pas trop en révéler). Finalement, il gère ça on ne peut mieux ! L’intrigue se situe quelques mois après la fin des événements précédents mais l’ambiance reste la même. Le style quant à lui change un peu et s’avère plus fluide. J’ai pris un énorme plaisir à replonger dans les cultures indiennes, si riches et intéressantes, mais aussi dans leur histoire. Bien sûr, je ne vous apprendrai rien en vous disant que le récit est plutôt tragique. Pourtant, il est aussi plein d’espoir et d’humanité. J’ai lu ce livre à une vitesse folle et ne l’ai refermé qu’à grand regret, tant je me suis attachée à cet univers et les personnages qui le peuplent. J’espère que le troisième (et dernier tome) ne se fera pas trop attendre. Une roman d’une grande richesse qui nous emporte dans un monde si différent du notre et donne envie de s’intéresser de bien plus près aux cultures amérindiennes. Tout simplement magnifique.

Certaines blessures, profondes et durables, ne se referment pas, ne guérissent pas. Les paroles, la compassion ne peuvent apporter de réconfort, car ces plaies-là restent constamment à vif.

Rentrée littéraire 2016 : littérature française

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L’indolente, de Françoise Cloarec

 

Qui est Marthe Bonnard ?
Toujours jeune, souvent nue, on la voit sur les toiles des plus beaux musées du monde, pourtant elle reste mystérieuse. Elle se dissimule dans la lumière du peintre Pierre Bonnard, avec qui elle partage sa vie entre 1893 et 1942.

L'indolente, couvertureUn livre que j’attendais pas mal, d’un part parce que j’aime bien Pierre Bonnard comme peintre, d’autre part, parce que j’avais beaucoup aimé le roman Elle par bonheur et toujours nue, sur le même thème. Je dois dire que j’ai été assez déçue… Je n’ai pas du tout accroché avec le style. Ce n’est pourtant pas mal écrit mais le ton m’a dérangée. Je me suis constamment sentie coincée entre essai et roman sans trop savoir sur quel pied danser. Je n’ai pas trop aimé que l’auteur prête à Pierre et Marthe Bonnard foule de sentiments tout en gardant beaucoup de distance. J’aurais préféré que le choix soit plus net entre quelque chose de très factuel ou au contraire de franchement romancé. Marthe ne m’est pas apparue comme particulièrement sympathique et j’ai eu beaucoup de mal à accrocher avec son histoire. J’ai trouvé ça dépourvu de sensibilité. Bien que ce ne soit ni mal écrit ni inintéressant je n’ai pas réussi du tout à accrocher avec ce livre et je n’ai finalement pas eu l’envie de continuer ma lecture jusqu’au bout.

Je crois qu’on la regarde parce que personne n’arrive à cerner qui elle est, les mots ne la racontent pas. Bonnard, lui, par les représentations qu’il fait d’elle, donne une image à son corps. Comme si il lui disait : « Regarde, tu es cela.. »

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, de Thierry Beinstingel

 

La confusion a régné un instant à l’hôpital de la Conception à Marseille. Un homme est mort, dont on ignore le nom, mais qu’on présente par erreur à Isabelle Rimbaud comme son frère. C’est d’un inconnu qu’elle fait transporter la dépouille pour l’enterrer à Charleville. Pendant ce temps, déjouant les pronostics des médecins, Arthur guérit.

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, couvertureDeuxième roman français (pour une fois, c’est la littérature étrangère qui est à l’honneur chez moi en cette rentrée), seconde déception. Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Je me méfie toujours un peu de ce genre d’élucubrations autour de la vie d’un artiste. En même temps, quand c’est bien fait, ça peut être génial. Et puis j’adore Rimbaud (je sais, comme tout le monde), je n’ai pas su résister. La bonne nouvelle, c’est que c’est très bien écrit, même si le style est parfois un peu trop ampoulé. Le point de départ est un peu tiré par les cheveux mais une fois les premières pages passées, on l’oublie assez vite et on commence à s’intéresser à cet homme qui essaie de se construire une nouvelle vie. Ca aurait pu fonctionner si ce n’était pas aussi long, et surtout si l’auteur ne se mettait pas de temps en temps à citer du Rimbaud à tout va en égrenant des anecdotes sur sa vie. Ce total manque de subtilité m’a largement dérangée, au point que j’ai fini par abandonner cette lecture pourtant pas désagréable. J’aurais aimé quelque chose de moins figé et qui ressemble moins à un inventaire de chaque moment de la vie de Rimbaud. Un roman improbable qui manque de fantaisie, c’est bien le comble !

Posons un postulat : la littérature est dans tout et vice-versa, elle n’est pas en marge , elle ne s’affaisse pas entre les pages d’un livre , elle court , on ne peut la retenir.

La légende, de Philippe Vasset

 

Le narrateur, fonctionnaire au Vatican, fabrique des saints, cercle leurs auréoles et organise leurs cultes, tout en reconnaissant qu’ils n’inspirent plus grand monde. En compagnie de Laure, elle aussi soucieuse de renouvellement, il se met en quête d’autres figures et d’autres modèles, hors des villes et de l’Eglise, mais aussi de sa propre vocation.

La légende, couvertureBon, bon, bon, comment dire ? J’ai mal commencé avec la littérature française cette année puisque ce roman a lui aussi été une déception. Je m’attendais à des histoires croustillantes sur le Vatican, ses dessous, ses secrets. C’est d’ailleurs comme ça qu’est vendu le livre. C’est l’histoire d’un prêtre défroqué qui évite soigneusement de parler de la cause de sa déchéance. On pressent le gros scandale mais il tarde à venir sur le tapis. Finalement, après une attente interminable que l’auteur passe à tourner autour du pot, on en vient au cœur du problème avec certes un comportement assez douteux mais qui paraît bien gentillet face aux problèmes de pédophilie auxquels se confronte l’Eglise. Tout ça pour ça… C’est ce que je me suis dit en découvrant le pot aux roses. Quant aux arcanes du pouvoir, on les voit finalement assez peu. On se perd plutôt dans des digressions sans fin sur des vies de saints. J’ai peiné à voir où c’était sensé en venir – et je ne vous parle même pas des passages sur des personnages étranges, je ne comprends même pas ce qu’ils font là ! En gros, c’est assez chiant. Heureusement, ce n’est pas trop mal écrit, c’est toujours ça de pris. Un roman dont l’histoire se disperse bien trop à mon goût et qui ne m’a guère convaincue.

Voilà le problème, conclus-je : on produit du saint à la chaîne – quatre cent quatre-vingt-deux sous le dernier pontificat, rendez-vous compte ! –, mais leurs chapelles restent vides et les fidèles les boudent. Qui les blâmeraient ?

L’archipel d’une autre vie, d’Andréï Makine

 

Une chasse à l’homme à travers l’infini de la taïga, au crépuscule de l’ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ?

L'archipel d'une autre vie, couvertureAh, Andreï Makine ! Depuis la lecture de La musique d’une vie il y a une quinzaine d’année, l’un de mes auteurs préférés. La qualité de ses romans est une peu inégale mais j’aime la mélancolie qui se dégage de ses textes et j’espère toujours que la magie va une fois de plus opérer. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il publiait un nouveau roman en cette rentrée (comme tous les deux ans grosso modo). Cette fois, ce n’est pas tant une histoire d’amour qui est mise qu’un récit d’aventure, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Une fois de plus, l’auteur nous emmène dans sa Sibérie natale, et le voyage mérite le détour ! Il y aurait presque des airs de Jack London ou de Sylvain Tesson dans ce roman-là, autant vous dire que j’étais aux anges. On retrouve une fois de plus une certaine lenteur dans l’écriture d’Andreï Makine qui dépeint comme personne la taïga enneigée (ou pas enneigée d’ailleurs). J’aime ce rythme particulier qui se met en place et donne envie de savourer chaque ligne. Le genre de roman qui nous fait voyager. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de ce livre. On s’attache peu à peu au personnage principal, on se met dans sa peau et on espère avec lui un peu de liberté. C’est subtil et c’est beau. A n’en pas douter, un Makine grand cru.

L’imminence du retour me donnait une sensation troublante, celle de me retrouver devant une maison cachée dans la forêt, de m’apprêter à pousser le portail, puis d’y renoncer, retournant vers ma vie d’avant. Les autres aussi devaient voir dans cette fin d’errances la chance évanouie de franchir un seuil inconnu…

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

 

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Repose-toi sur moi, couvertureJ’ai découvert Serge Joncour il y a une dizaine d’années et je suis de suite tombée sous le charme de son humour noir et de son cynisme à tout épreuve. Commencer un de ses roman, c’est l’assurance de passer un bon moment. J’avais adoré son livre d’il y a quatre ans, L’amour sans le faire, pas drôle du tout pour la peine mais 400 pages de pure délicatesse. J’espérais vraiment le retrouver dans cette veine. Ca tombe bien, parce que c’est le cas. Les histoires d’amour et moi, ça fait deux. Sauf quand elles sont racontées par Serge Joncour. Ce roman-là est romantique, c’est indéniable, certains lui ont d’ailleurs reproché, pourtant, je suis de suite rentrée dedans. Le rythme est lent mais les personnages m’ont de suite été sympathiques (enfin, lui surtout, je m’y retrouve bien plus) et j’ai pris un grand plaisir à les découvrir. Leur histoire est à la fois prévisible et improbable mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une certaine beauté. Pour être franche, plus que l’histoire, c’est le style qui me fait fondre, c’est tellement subtil, je m’y sens comme dans un cocon : c’est si douillet, on a envie de s’en envelopper comme d’un plaid tout doux. Avec une plume pareille l’auteur pourrait me raconter n’importe quoi. J’ai été touchée par la solitude de ces deux êtres, ça sonne tellement juste ! On pourrait regretter la manière un peu improbable dont les choses se mettent en place mais l’ensemble est fluide et agréable à lire. J’ai été happée par l’univers qui se met en place peu à peu et j’ai dévoré ce livre à toute vitesse. Serge Joncour s’est surpassé avec cette histoire d’amour tout en délicatesse, un de mes coups de cœur de la rentrée.

Parfois, à des petits carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l’assurance qu’il y ait vraiment quelque chose de solide en-dessous, ni quelqu’un, pas uniquement du vide, et alors on réalise qu’on en fait plus pour les autres qu’ils n’en font pour nous.

La suture, de Sophie Daull

 

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de 16 ans, l’auteure se penche sur le passé de sa mère, Nicole, disparue trente ans auparavant. A partir de quelques lettres et photographies, elle tente de reconstituer son existence, entreprenant de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu.

La suture, couvertureJ’attendais beaucoup du second roman de Sophie Daull. J’avais été profondément émue par Camille mon envolée, son premier roman, sorti l’année dernière. Elle y raconte la mort de sa fille et son deuil de manière extrêmement touchante. C’avait été mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2015. Je dois tout de même avouer que je ne voyais pas bien comment elle pourrait renouveler l’exploit tant ce livre était dans l’émotion mais je n’en étais que plus curieuse. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien écrit. La jeune auteur a décidément un sacré style ! En revanche l’histoire… comment dire ? … on s’en fout ! Je sais, c’est horrible, c’est la recherche des origines, ça devrait me toucher un minimum mais franchement, impossible de m’y intéresser un tant soit peu. J’ai trouvé ça d’un ennui mortel, d’autant plus qu’elle ne découvre finalement pas grand chose. On est loin du déferlement d’émotions du roman précédent. J’avoue avoir eu le plus grand mal à me plonger dans cette lecture – sans jamais d’ailleurs y arriver vraiment – et j’en suis venue à bout avec difficulté. Malgré une belle écriture, un roman qui m’a laissée sur ma faim, une petite déception de la rentrée.

De cette mathématique du fracas et de la perte, je vais poser une équation à deux inconnues : le passé de ma mère, le futur de ma fille. Brouillons éternels. Clairement, ces deux inconnues le resteront pour toujours.