Si le corps féminin est souvent mis à nu et placé sous le feu des projecteurs, le corps masculin est plus souvent délaissé. Le Musée d’Orsay a choisi de le remettre sur le devant de la scène en lui consacrant une grande exposition cet automne. Venez découvrir l’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours.
On avait beaucoup parlé de cette exposition et j’étais curieuse de la découvrir étant donné que j’ai toujours beaucoup aimé le nu (même si j’ai sans aucune originalité une préférence pour le nu féminin). Pourtant, amère fut ma déception. Dès les premières salles, j’ai ressenti comme un problème de cohérence dans l’accrochage. Impossible de déterminer selon quelle logique il avait été réalisé : visiblement, il n’a rien de chronologique puisque des toiles du XIX° s. se retrouvent confrontées à des travaux bien plus contemporains sur la photographie ; thématique alors ? c’est ce qu’il semblerait, pourtant, si je n’avais pas lu les panneaux explicatifs, je ne suis pas sure que j’aurais compris de moi-même et je n’aurais en tout cas jamais pu dégager de près ou de loin les grands thèmes abordés. Un gros raté du côté de la conception donc.
Mais une exposition peut-elle plaire malgré un tel problème de cohérence ? Si les toiles exposées avaient été vraiment merveilleuses, peut-être. Il m’est sans doute arrivé d’aller voir des expositions thématiques et d’y voir des toiles sans lien apparent, de les trouver juste belles et de m’en contenter très largement. Seulement là, c’est très loin d’être le cas ! Il y a un peu de tout, quelques grands noms représentés bien sûr (on est à Orsay tout de même !), aussi bien en peinture qu’en photographie ou sculpture, avec des choses classiques et d’autres plus contemporaines. Cependant, malgré une grande variété dans les œuvres, bien peu m’ont touchée. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de redites dans les choix qui étaient faits et que ceux-ci n’étaient pas toujours très judicieux et représentatifs de la production artistique. Une exposition qui manque de cohérence et de force mais aussi et surtout de belles œuvres à présenter.
Félix Vallotton est un peintre de la fin du XIX° – début XX° s. proche des nabis. Son oeuvre est moderne et son style très personnel, inclassable. Parmi ses travaux, des huiles, des gravures mais aussi des sculptures, des critiques d’art et même des romans. Il a peint aussi bien des portrait que des paysages, des nus que des natures mortes. Un artiste prolifique et surprenant à découvrir en ce moment au Grand Palais.
Si je connaissais Vallotton de nom, je dois bien admettre que c’est à peu près tout. Je situais vaguement l’époque et le style mais j’aurais été incapable de citer une seule de ses toiles et je ne sais même pas si j’en avais déjà vu une auparavant. Etant assez férue de cette période j’étais curieuse d’en découvrir un peu plus et j’avais donc hâte d’inaugurer ma carte Sésame pour aller voir de plus près de quoi il retournait. Dès les premières salles, j’ai été agréablement surprise. En effet, la diversité des styles est assez incroyable : du portrait le plus classique à des paysages proche de l’impressionnisme ou des scènes d’intérieur qui ne sont pas sans rappeler Hopper ; une grande richesse dans les sujets et les formes d’expression qui m’a ébahie.
Né en 1865, l’artiste Suisse a étudié à Paris, à l’Académie Julian où se sont formé de nombreux artistes de l’époque. Il a rapidement acquis une renommée internationale grâce à ses gravures sur bois qui rencontrent un vif succès dans l’avant-garde parisienne et lui permettent d’intégrer le groupe des nabis. A partir de 1899, il préférera la peinture et laissera à sa mort en 1925 plus de 1700 tableaux. Il s’est essayé à tous les genres : portrait, nu, paysage, nature morte, sujet mythologique, peinture d’histoire… Mais s’il a peint des choses très diverses, ses toiles se distinguent toujours par un dessin précis aux formes bien découpées, des tons recherchés et un aspect lisse. Le cadrage et le perspective s’inspirent souvent de l’estampe ou de la photographie dans une réappropriation de différentes techniques qui est intéressante. Une oeuvre qui peut sembler un peu fourre tout et de laquelle se dégage pourtant un semblant d’unité. Le toiles sont réunies autours de 10 thèmes tels que l’esthétique, la politique, le double féminin… Cette exposition est la première d’envergure consacrée au peintre à Paris depuis près de 50 ans.
Je dois avouer que j’ai eu un véritable coup de cœur pour cet artiste. Bien sûr, étant donnée la variété de la production, c’est un peu inégal mais ses nus sont de toute beauté, certains m’ont vraiment sidérée. Il y en a un notamment qui m’a clouée sur place. Je suis restée plusieurs minutes figée à l’admirer. Rien pourtant d’exceptionnel dans ce tableau, pas de débauche de technique : c’est simple et beau. Certains paysages sont également très intéressants, avec de belles lumières et des perspectives inattendues. Comme souvent lors des expositions, j’ai noté les tableaux dont je voulais me souvenir et rarement la liste avait été aussi longue ! J’ai par moment eu peine à croire que c’était le même homme qui avait peint des choses si différentes, et parfois à la même époque, pour revenir ensuite vers ce qu’il faisait avant. Même si en cherchant bien, un petit quelque chose dans le trait demeure toujours, qui n’appartient qu’à lui.
J’ai trouvé que ce côté touche à tout correspondait finalement assez à la manière dont j’envisageais les choses, bien plus en tout cas que celle qui consiste à choisir une voie et de la pousser à l’extrême, comme Braque (dont je venais justement d’aller voir l’exposition monumentale juste à côté) ou Picasso, même si c’est cela sans doute qui fait des révolutions artistiques. Malgré quelques ratés – dont les sujets mythologiques, franchement sans intérêt – l’exposition m’a dans l’ensemble séduite. Une débauche de formes, de couleurs, de sujets en tous genres qui m’a laissée sous le charme. Quelques réels moment d’émotion et déjà l’envie de retourner voir si la magie opérera une seconde fois.
– Le catalogue de l’exposition : Félix Vallotton, Le feu sous la glace. 250 tableaux assortis d’un texte riche. Le hic, le prix et l’encombrement. Ca reste toutefois un joli cadeau de Noël à offrir ou se faire offrir. RMN, 45€.
– Vallotton, L’expo. Une sorte de mini catalogue. 170 œuvres et leur cartel ainsi que les panneaux pédagogiques, soit très exactement le contenu de l’exposition : ni plus, ni moins. RMN, 18€.
–Le petit dictionnaire Vallotton en 21 obsessions: en une centaine de pages et 80 illustrations l’auteur présente l’oeuvre de l’artiste à travers ses complexes, ses désirs, ses névroses. Un livre qui est une bonne introduction à l’univers de ce peintre pour le néophyte et s’avère très agréable à lire comme à feuilleter, selon l’envie du moment. Laurence de Cars, RMN, 12€.
Un cabaret délabré de Buenos Aires change de mains. C’est le Chanteclair, un lieu mythique de la capitale du tango. L’occasion pour le vieil homme contraint de le céder de se plonger dans ses souvenirs. Souvenirs d’amour et de danse, la passion de toute une vie.
J’attendais avec impatience cette comédie musicale autour du tango qui se présentait comme l’événement 2013 de la programmation du théâtre du Châtelet. La promotion était énorme : très belles affiches partout dans le métro, jolie bande-annonce. Après hésitation nous n’avons pas lésiné sur les moyens et nous sommes payé des places en 2° catégorie afin d’être bien placées. Le jour J, j’avais hâte d’enfin découvrir ce spectacle dont on parle tant. Première déception, comme toujours au Châtelet – à moins peut-être d’être en 1° catégorie – on ne se trouve jamais assez bien placé pour le prix payé ! Nous étions au 1° rang du 2° étage ce qui donne certes une bonne vue sur la scène mais est aussi très haut. Mais tracasseries techniques mises à part, ce ne fut bizarrement pas la seule déception de la soirée.
Présenté comme une comédie musicale, ce spectacle est plutôt du tango traditionnel très théâtralisé. La mise en scène est très belle, avec des décors travaillés, tout comme les costumes d’ailleurs. J’ai trouvé que ça mettait un peu de temps à démarrer. Quant au fait qu’il y ait une véritable histoire, c’est une excellente idée, mais qui toutefois s’est avérée moins exaltante que prévu. En effet, la trame est extrêmement complexe et il n’est pas toujours simple d’en comprendre tous les ressorts en l’absence de paroles. Les premières grosses scènes de danse m’ont semblé longues à arriver. Même si on avait déjà quelques petits moments de danse, j’avais hâte d’en prendre plein les yeux et quand ça arrive enfin, j’étais déjà un peu ailleurs.
Ce spectacle m’a laissé une impression étrange. Mis à part le début qui est un peu lent, le reste est très beau. Des scènes impressionnantes, de beaux décors, des danseurs impeccables : on en prend plein la vue. Pourtant à aucun moment je n’ai été touchée, émue. J’ai trouvé cela assez lisse et sans âme tout en voyant la beauté pourtant. Je crois finalement que j’aime les choses moins sophistiquées. J’ai tendance à préférer les tableaux conviviaux où tous dansent ensemble plutôt que les couples qui entrent en scène les uns après les autres pour démontrer leur talent. Ici, se sont surtout les portés qui sont mis en valeur, toujours très impressionnants mais qui cassent le rythme lorsqu’on en abuse. Finalement, je suppose que je les spectacles plus traditionnels me conviennent mieux par leur simplicité et leur chaleur. Un très beau spectacle, impeccablement exécuté et impressionnant mais auquel il a manqué pour moi le petit plus qui fait toute la différence.
La biennale de la photographie « Photoquai » s’installe pour sa 4° édition sur les quais de la Seine et dans les jardins du musée du quai Branly. Pendant 2 mois, 40 photographes non européens s’exposent et vous pouvez les découvrir gratuitement.
Je ne connaissais pas Photoquai et à vrai dire ne me suis pas déplacée spécialement pour l’occasion. J’étais dans le quartier et venait voir ce qu’il se passait au musée du quai Branly : à savoir rien puisque nous étions avant l’ouverture de l’exposition Kanak (dont je vous parlerai bientôt) et après la fermeture de la précédente. Voyant ces grands panneaux en face, je me suis donc dit que j’allais en profiter pour aller voir de quoi il s’agissait. Il faisait beau le jour où je m’y suis rendue et il y avait pas mal de monde. Certains semblaient venus pour les photos, d’autres étaient visiblement des passants arrivés là par hasard. Un public hétéroclite comme on en voit finalement assez rarement.
A chaque bout de l’exposition, des agents du musée distribuaient les dépliants sur l’exposition et en expliquaient le principe. J’ai trouvé très bien qu’ils soient là pour répondre aux questions du public qui finalement va beaucoup plus vers eux qu’au sein même du musée et n’hésite pas à se renseigner. Les grands panneaux sur lesquels sont exposés les photographies en grand format forment comme un chemin sur lequel le promeneur peut déambuler tout en découvrant les univers des différents artistes, venus du monde entier. Cette année, le thème était la figure humaine, un sujet qui a donné naissance à beaucoup de portraits, mais pas seulement. Il est intéressant de voir comment ces 40 artistes ont traité ce même thème de manière souvent totalement différente, ou avec des ressemblances au contraire parfois. Des photos qui se répondent et se complètent pour un parcours dépaysant.
Lorna Simpson : Pour la première fois en Europe, une exposition d’envergure était consacrée cet été à l’oeuvre de l’artiste américaine. Née en 1960 à Brooklin, elle allie son travail photographique ou ses vidéos à de courts textes, sur les thèmes des origines, du genre, de la culture ou de l’identité. La représentation du corps est très présente, presque toujours en noir et blanc, dans un jeu de contraste. Elle se prend également parfois comme propre sujet, travaillant sur le souvenir. Les quelques images que j’avais vu de l’exposition me faisaient envie et je m’étais dit que pour une fois j’allais aller voir ce qu’il se passait du côté du jeu de Paume. S’il y a en effet quelques très belles images, je dois avouer être restée dans l’ensemble plutôt hermétique au travail de l’artiste, assez conceptuel dont le sens m’a souvent échappé. Mis à part quelques beaux tirages, seul l’incroyable montage d’autoportraits m’a impressionnée voire touchée. Dans l’ensemble, une exposition qui m’a laissée un peu perplexe malgré des aspects intéressants et une indéniable esthétique.
Ahlam Shibli : Le Jeu de Paume a consacré une exposition a cette photographe palestinienne née en 1970 qui travaille surtout sur la notion de foyer et ses contradictions. Six séries de photographies étaient proposées sur les territoires palestiniens occupés, le souvenir de la 2nde Guerre Mondiale en France ou encore la place de corps travesti dans la société orientale. Si tout ne m’a pas emballé dans ce travail, les scènes de guerre notamment me laissant assez froide, certaines choses m’ont toutefois interpellée. Certaines photographie des orphelins dans un internats polonais sont intéressantes et j’ai beaucoup aimé la série sur les travestis, que j’ai trouvé particulièrement belle. Si j’ai apprécié certains aspects du travail de cette photographe, j’ai trouvé qu’on était plus proche du reportage que d’une vision artistique à proprement parler, me laissant un peu sur ma faim malgré quelques beaux clichés.