Mes lectures

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

          Dans un petit village de montagne corse, il n’est pas facile de trouver un gérant au seul café du coin. Et puis contre toute attente, ce sont deux enfants du pays partis étudier la philosophie à Paris qui le reprennent : l’un est né là et y a grandi, l’autre y vient en vacances depuis son enfance et à toujours rêvé d’y vivre. Ils vont redonner vie non seulement au bar et au village mais à la région toute entière ; on viendra de loin pour aller chercher chez eux un peu de chaleur. Mais le bonheur est éphémère et peu à peu, il vont voir le paradis qu’ils avaient créé s’effondrer. 

          Commençons par quelques mots de l’auteur pour expliquer le choix de ce titre bien mystérieux : « Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. » L’auteur nous raconte la fin des rêves de ces deux jeunes gens, la fin du monde qu’ils s’étaient construit, la fin de l’enfance, aussi. Le roman est construit comme un parallèle entre cette histoire somme toute banale et le discours de Saint-Augustin sur la chute de Rome qui lui donne une toute autre dimension. Un texte qui oscille habillement entre réalité quotidienne et philosophie.

          J’ai beaucoup aimé l’histoire de ces deux jeunes qui rentrent au pays et des difficultés qu’ils rencontrent. J’ai par moments eu un peu plus de mal avec les passages sur Saint-Augustin (ah, la philo et moi !) mais ils sont assez peu nombreux et amènent une profondeur très intéressante, donnant tout son relief à ce texte. L’écriture est sans trop de fioritures mais très subtile. L’auteur parvient à créer une tension dans son texte, l’attente de la chute annoncée. J’ai particulièrement apprécié ce texte au petit arrière goût de sombre mélancolie. Une écriture profonde et chargée d’émotion qui possède pourtant le recul nécessaire pour prendre un air d’universel. C’est beau et simple, tendre et solide à la fois. Un texte magnifique, l’un de mes coups de coeur de cette rentrée. Jérôme Ferrari est encore en lice pour le Goncourt, je lui souhaite le meilleur.

Virginie n’avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s’apparenter, même de loin, à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l’inaction et de la nonchalance et elle semblait bien décidée à aller jusqu’au bout de sa vocation.

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Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

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Il était comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours.

Cinéma

The we and the I

          Comédie dramatique américaine de Michel Gondry avec Michael Brodie, Teresa Lynn, Lady Chen Carrasco.

          C’est le dernier jour de l’année scolaire. Des lycéens plutôt dissipés montent dans un bus pour un dernier trajet entre l’école et chez eux avant les vacances. Ce trajet banal est l’occasion de montrer la violence ordinaire : insultes, bousculades, railleries. Mais au fur à mesure des arrêts, le bus se vide et la force du groupe s’étiole. Les personnalités de chacun commencent à se détacher et les rapports s’apaisent en même temps que chacun laisse apparaître ses fêlures.

          N’aimant pas trop les huis clos et moins encore les engueulades au cinéma, j’étais quelque peu réticente en allant voir ce film. Cependant, connaissant le talent et la créativité de Michel Gondry, je ne pouvais laisser passer son dernier film, toujours gage de nouveauté. Ainsi, j’allais plus voir ce film en tant qu’expérience cinématographique qu’en m’attendant à être réellement emballée. Eh bien, eh bien, ne faisons pas durer le suspens plus longtemps, mes craintes se sont dissipées dès les premières minutes pour laisser place à un réel enthousiasme.

          J’ai beaucoup aimé ce film. C’est filmé de manière assez sobre, ce qui rend le jeu de ces adolescents très naturel. On ne se sent pourtant pas dans un mauvais documentaire (ni un bon d’ailleurs), grâce à une grande inventivité dans la mise en scène : des flash-back nous aident à comprendre les histoires de ces jeunes, le dessin est utilisé pour évoquer leurs rêves, c’est visuellement assez varié et on sort finalement régulièrement de ce bus pour prendre une petite bouffée d’air. J’ai trouvé ce film extrêmement réaliste et pourtant Michel Gondry parvient à dépasser cette réalité par un oeil extérieur à la fois juste et bienveillant. Il parvient à retranscrire la violence sans créer le malaise, rendant même ces adolescents plutôt sympathiques, il nous fait rire de leurs maladresse sans pour autant se montrer moqueur, il nous émeut même. Entre documentaire et film d’auteur, à la sobre et créatif, il se dégage de ce film une force incroyable. Un petit bijou d’esthétisme, humaniste et intelligent. Ce film n’est peut-être pas renversant, il n’impressionne pas, il n’en met pas plein la vue, mais Michel Gondry arrive pourtant à un équilibre et une justesse qu’on ne voit que trop rarement. Il n’y a qu’une chose à dire, bravo.

Cuisine

Petits flans à la noix de coco

Pour 8 flans :

4 oeufs

1/2 litre de lait

10 cl de crème liquide

50 g de sucre

50 g de noix de coco râpée (plus une pincée pour la décoration)

Un peu de rhum

          Préchauffez le four ) 180 °C (th. 6). Battez les oeufs avec le sucre. Ajoutez le lait et la crème. Mélangez. Versez le rhum (environ 1/2 bouchon). Enfin, ajoutez la noix de coco râpée. Versez le tout dans des ramequins et faites cuire 20 minutes. Laissez refroidir et saupoudrez de noix de coco. Conservez au frais.

          Une recette ultra-simple et rapide mais efficace. Vous pouvez également y ajouter quelques raisins secs. Si vous souhaitez utiliser un moule familial, allongez un peu le temps de cuisson. Notez toutefois qu’il s’agit d’un flan aux oeufs agrémenté de noix de coco – celle-ci se concentre à la surface du dessert – et non d’un flan crémeux à la noix de coco comme on peut en trouver dans certains restaurants asiatiques. Précision utile afin d’éviter de cruelles déceptions. La recette peut être adaptée avec n’importe quel parfum, épice, fruit, alcool ou autre.

A vos fourneaux !

Actualité

Prix Goncourt, 2° sélection

          Dans la série des prix littéraires 2012 toujours, l’Académie Goncourt vient de livrer sa 2° sélection. Restent en lice pour le fameux prix :

Vassilis Alexakis L’enfant grec (Stock)
Thierry Beinstingel Ils désertent (Fayard)
Patrick Deville Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)
Mathias Enard Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Linda Lê Lame de fond (Bourgois)
Joy Sorman Comme une bête (Gallimard)

          Une assez jolie liste, pas très originale mais qui me semble plutôt de bonne qualité. Parmi les ouvrages lus je dois admettre avoir un petit faible pour Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, que j’ai hâte de chroniquer. Même si le Mathias Enard, Rue de voleurs, est aussi de très bonne qualité. Quant au Patrick Deville, dont je vous parlerai plus longuement bientôt, s’il ne m’a pas emballée plus que ça, on est forcé de reconnaître son brio et il semble avoir la préférence des journalistes comme des jurés des différents prix.

Verdict le 7 novembre !

Culture en vrac

Septembre, le bilan

          Ce mois de septembre fut des plus enthousiasmants côté lectures. Comme vous le savez déjà, parce que je radote un peu, j’avais pris la grande décision de ne lire que des nouveautés en ce mois de septembre. Une résolution qui m’a particulièrement bien réussi. Au compteur, 7 romans, dont 6 que j’ai appréciés. Difficile pour moi de dégager mes coups de coeur du mois tant la qualité était au rendez-vous. Mais puisque choix il faut faire, le voici : l’heureux élu sera donc pour ce mois de septembre… roulements de tambour… L’amour sans le faire de Serge Joncour. Un roman sensible qui, s’il n’est pas le plus saisissant de cette rentrée, celui à l’écriture la plus éclatante et à l’histoire la plus renversante, est celui qui par sa réserve, sa pudeur et sa justesse m’a le plus touchée. Un texte sobre et juste qui cheminera sans doute longtemps en moi.

          Pour ce qui est de l’écriture la plus époustouflante, je nommerai sans hésiter Pour seul cortège de Laurent Gaudé. Un style d’une puissance incroyable. L’histoire la plus marquante est sans doute celle que nous propose Mathias Enard dans Rue des voleurs. Un roman à la fois intéressant et surprenant. Enfin, mention spéciale à Jérôme Ferrari pour son très réussi Le sermon sur la chute de Rome. Un texte fort qui aborde des thèmes intéressants avec beaucoup de subtilité.

          Septembre, ç’a aussi été la reprise côté cinéma. J’ai enfin repris un rythme à peu près respectable, il était temps ! Aucune hésitation quant à mon coup de coeur de mois, que je n’ai pas encore eu le temps de commenter ici : The We and the I de Michel Gondry. Un film que je suis allée voir par curiosité, plus par intérêt pour la forme, sans en attendre spécialement plus. Ce film a été une véritable claque. Je ne m’attendais pas à tant de justesse, de subtilité. Un film extrêmement bien construit, inventif et touchant. Une très belle réussite.

          Une très belle exposition vue également ce mois-ci, Gerhard Richter, Paorama, au Centre Pompidou. Je ne suis habituellement pas très réceptive à l’art contemporain mais j’ai beaucoup aimé son travail, très créatif, et sa grande diversité. J’ai également vu les deux expositions du Quai Branly, Les saveurs du palais et Cheveux chéris, qui si elles ne m’ont pas autant éblouie (c’eût été difficile), m’ont bien plu également. Je vous en parlerai d’ici quelques jours. Enfin, septembre a aussi été la découverte de la Bretagne et de ses côtes splendides. Un petit week-end marin qui m’a enchantée. Un mois bien rempli et enrichissant.

          Rendez-vous le mois prochain pour la suite de mes aventures, avec des nouveautés littéraires, du cinéma et surtout un retour vers le théâtre.

Bon mois d’octobre à tous !