Actualité·Expositions

Les expos de l’été

          Vous le savez peut-être, Paris en été est un peu ville morte malgré de gros efforts faits ces dernières années. Les théâtres ferment pour la plupart leurs portes – hormis quelques théâtres de boulevard qui font de la résistance, les musées ne proposent souvent plus que leurs collections permanentes, délaissant les expositions pour quelques semaines, et même les parisiens semblent fuir, mais ça, c’est plutôt une bonne nouvelle pour ceux qui restent.

          Comme l’an passé, j’essaierai de vous proposer des articles sur des idées de sorties estivales avec les festivals, concerts ou cinés en plein air qui changent le visage de la capitale en été et lui donnent un petit air de vacances fort appréciable. En attendant, voici une liste de 25 expositions proposées cet été dans la capitale (désolée pour les autres, évidemment, je prêche avant tout pour ma propre paroisse). Liste non-exhaustive mais tout de même relativement complète je pense. N’hésitez pas à ajouter en commentaire vos suggestions en cas d’oubli. Attention tout de même la majorité des expositions prennent fin courant juillet.

334113_vincent-van-gogh-antonin-artaud-le-suicide-de-la-societe_retailleVan Gogh / Artaud, le suicidé de la société : deux génies qui ont flirté avec la folie. Qui de mieux placé qu’Artaud pour comprendre la peinture de Van Gogh ? Il écrit en 1947 Le suicidé de la société, l’exposition en reprend des extraits pour confronter les deux œuvres. Vous pouvez retrouver mon article sur cette exposition ici. Magnifique et passionnante. Musée d’Orsay jusqu’au 06 juillet.

LIEP_AFFICHE_100x150Les impressionnistes en privé : cent œuvres des maîtres impressionnistes venues de collections privées ont été rassemblées. L’occasion de découvrir des toiles méconnues de Corot, Manet, Boudin ou Cézanne. C’est l’histoire de l’impressionnisme qui est réécrite à travers cet accrochage exceptionnel. Musée Marmottan-Monet jusqu’au 06 juillet. 

watteau-fragonard-JA-300x225De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes : les fêtes galantes, un genre pictural qui connaît un réel succès au début du XVIII° siècle. Mis au goût du jour par Watteau, Lancret, Boucher ou Fragonard se l’approprieront tour à tour. Une soixantaine de toiles pour découvrir ce genre champêtres et lumineuses, tout en légèreté. Mon avis sur le parcours iciMusée Jacquemard-André jusqu’au 21 juillet.

734364_241772109341274_253819861_nLes archives du rêve, dessins du musée d’Orsay : carte blanche à Werner Spies : le dessin, terrain d’expérimentation et de liberté. Le musée d’Orsay compte près de 80 000 dessins dans ses réserves, rarement exposés en raison de leur fragilité. Werner Spies, ami d’Ernst et Picasso a choisi 200 dessin dans ce fonds autour du thème du rêve. L’occasion de découvrir des œuvres délicates et méconnues. Musée de l’Orangerie jusqu’au 30 juin.

10372035_10152530685784265_5346693964367470260_nHarunobu, un poète du féminin : Suzuki Harunobu est un peintre japonais du 18° siècle, maître de la couleur des des estampes brocard. Il se consacre particulièrement aux représentations féminines. Les 44 estampes présentées sont fortement inspirées de la littérature. Musée Guimet jusqu’au 22 septembre.

eugene-delacroix-le-plus-legitime-des-fils-de-shakespeare_xlEugène Delacroix, le plus légitime des fils de Shakespeare : cette exposition entre dans le cadre du 450° anniversaire de la naissance de William Shakespeare. L’auteur tient une place de choix dans l’oeuvre de Delacroix avec notamment des lithographies pour Hamlet. L’exposition met en avant ce lien. Musée Eugène Delacroix jusqu’au 31 août.

afficheParis 1900, la ville spectacle : début du XX° siècle, Paris accueille l’Exposition Universelle et attire tous les regards. La ville du luxe est un symbole de raffinement dans le monde entier. Les précurseurs en matière d’art et de mode s’y donnent rendez-vous. Une exposition qui nous replonge dans cette effervescence artistique du début de siècle. Mon avis est par-là. Petit Palais jusqu’au 17 août.

cliquer-sur-l-affiche-pour-plus-d-infos Le mythe de Cléopâtre : Cléopâtre, une figure mythique de l’Egypte ancienne. Cette reine fut tour à tour la maîtresse de Jules César et Marc-Antoine. Ses amours et sa fin tragique fascinent et ont inspiré peintres, écrivains et cinéastes. Une exposition qui entre réalité et fantasme, décortique un mythe. Pinacothèque de Paris jusqu’au 07 septembre.

T13970404114235Indiens des plaines : une exposition qui présente l’art et les traditions des Indiens des plaines du XVI° au XX° siècles. Une culture qui réunit des peuples d’origines et de cultures très diverses. Les Indiens ont fait naître bien des légendes et on en a souvent une image très éloignée de la réalité. Cette exposition est l’occasion de les découvrir dans leur quotidien. Ma chronique ici. Musée du Quai Branly jusqu’au 20 juillet.

0db91364f2458237bd4f7d2a9c6c86c9Il était une fois l’Orient-Express : l’Orient-Express, un train mythique a découvrir en ce moment sur le parvis de l’Institut du Monde arabe. Après la visite des wagons, le visiteur peut déambuler dans une vaste exposition où objets, affiches et photographies sont une invitation au voyage. Institut du Monde Arabe jusqu’au 03 août.

couv-la-chine-au-musee-arts-decoratifs De la Chine aux Arts Décoratifs : l’art chinois dans les collections du musée : les Arts Décoratifs possèdent une grande diversité d’objets chinois dans leur fonds. Une exposition qui permet de découvrir des savoir-faire artisanaux à travers des objets qui longtemps ont été à la mode en France. Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 11 janvier 2015.

3110237545_200x200_rsL’Envol du dragon, art royal du Vietnam : au Vietman, le dragon occupe une place choix dans le bestiaire fabuleux. Il est le gardien des eaux pouvant déclencher sécheresse et innondations. L’exposition se concentre sur les années de croisement entre les cultures française et vietnamienne. Musée Guimet jusqu’au 15 septembre.

tatoueurs-tatouesTatoueurs / tatoués : le tatouage, une mode qu’un retrouve de nos jours dans le monde entier et dans toutes les tranches de la société mais qui a des origines anciennes et une histoire complexe. En Orient, en Afrique ou en Océanie, dans certaines sociétés, le tatouage à un rôle religieux, myau musée du mystique ou social depuis la nuit des temps. Au contraire, il a longtemps été en Occident la marque de la criminalité. Histoire d’une mondialisation. Musée du Quai Branly jusqu’au 18 octobre.

465142843_640Nuit : les cieux étoilés, la vie nocturne, le sommeil mais aussi les monstres nés du noir. De nombreuses disciplines se croisent et la scénographie recrée une ambiance nocturne pour mieux découvrir la nuit qui fascine et inquiète. Museum d’histoire naturelle jusqu’au 3 novembre.

294229_jeux-video-l-expoJeux vidéo l’expo :  sommes-nous tous des joueurs et joueuses ? C’est en tout cas ce qu’essaie de démontrer cette exposition consacrée au jeu vidéo. Bornes d’arcanes, consoles de salon, jeux sur PC ou sur smartphone, tous sont réunis ici. Une exposition qui veut aussi bien initier les non joueurs que divertir les passionnés. Cité des Sciences jusqu’au 24 août.

339375_l-art-des-super-heros-marvelL’art des super héros Marvel : Spider Man, Hulk, les X-Men, Captain America ou les Avengers, autant de héros appartenant à l’univers Marvel. Des planches historiques aux illustrations et objets pour les adaptations cinématographiques, découvrez tous les dessous de la naissance de vos héros préférés. Musée des arts ludiques jusqu’au 31 août.

culture-tv.-saga-de-la-television-francaise__xlCulture TV, saga de la télévision française : l’exposition revient sur 80 ans de télévision française. Les Arts et Métiers présentent les innovations technologiques qui ont marqué l’histoire de la télévision. L’évolution des programmes est aussi évoquées, tout comme l’avenir de ce média si populaire. Musée des arts et métiers jusqu’au 8 mars 2015.

iran-4fev.jpg.crop_displayUnited history, Iran 1960-2014 : composée de plus de 200 œuvres, cette exposition propose un regard nouveau sur l’art iranien des années 60 à aujourd’hui. Beaucoup des oeuvres exposées sont inédites en France et permettent de porter un regard différent sur la société iranienne. Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 24 août.

small_martial_raysse_0255_aMartial Raysse : un artiste visionnaire en marge des courants dominants à découvrir à travers plus de 200 œuvres, aussi bien peintures, sculptures, films photographies ou dessins. Rétrospective de cet artiste qui depuis plus de 30 ans reste en marge la scène contemporaine. Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre.

tristans-ascensionBill Viola : l’oeuvre de Bill Viola, célèbre représentant de l’art vidéo, s’expose au Grand Palais. Autour de ses thèmes de prédilection que sont la vie, la mort et la transfiguration des tableaux en mouvement et des œuvres monumentales sont rassemblées pour nous faire découvrir son travail de 1977 à aujourd’hui. Grand Palais jusqu’au 21 juillet.

afficheParis libéré, Paris photographié, Paris exposé : une exposition présentée dans le cadre des 70 ans de la Libération et du mois de la Photographie. Dès septembre 1944, le musée du Carnavalet recueille des documents sur la Libération songeant au travail des historiens à venir. L’exposition d’aujourd’hui revient sur celle réalisée en 1944 et l’enrichit. Musée du Carnavalet jusqu’au 1° février 2015.

c8c4e71960aff24b906b75d070d37438Robert Mapplethorpe : un grand maître de la photographie, aux compositions très travaillées en noir et blanc. Portrait, natures mortes et nus, plus de 200 clichés pris sur une vingtaine d’années sont exposés ici pour faire découvrir cette oeuvre éminemment érotique. Grand Palais jusqu’au 13 juillet. A découvrir également Mapplethorpe – Rodin : 50 sculptures et une centaine de photographies pour une confrontation de deux oeuvres qui ont magnifié le corps. Musée Rodin jusqu’au 20 juillet.

expo-photo-paris-emmet-gowinEmmet Gowin : plus de 130 tirages du photographe américain sont présentés ici. L’exposition retrace son parcours des années 60 à aujourd’hui dans lequel on trouve aussi bien des photographies aériennes, des papillons de nuits ou des portraits plus intimes. Fondation Cartier-Bresson jusqu’au 27 juillet.

oscar-munoz_protographies_jeu-de-paumeOscar Muñoz. Protographies : Oscar Muñoz est un artiste colombien majeur et reconnu sur la scène internationale. Son travail photographique est axé sur la mémoire. L’exposition présente les thèmes majeurs exploités par l’artiste à travers plusieurs séries. Musée du jeu de Paume jusqu’au 21 septembre.

mpn02-tt-width-836-height-550-fill-1-bgcolor-000000 Marie-Paule Nègre, Mine de rien… : la photographe s’inscrit dans la tradition du reporter. Elle a commencé son travail sur le jazz avant de se rendre au Burkina-Fasso, au Guatémala ou au Rajastan. Autant de témoignages de souffrance, recueillis aux 4 coins du monde. Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 31 août.

          Evidemment, certaines de ces expositions me tentent plus que d’autres mais j’ai essayé d’être assez éclectique dans mes choix et toutes ont éveillé ma curiosité pour des raisons très différentes. Malheureusement, je sais bien que je ne les verrai pas toutes mais j’espère me débrouiller pour en rater le moins possible. Comme à chaque fois que je prépare ce genre d’article, j’ai envie d’aller courir les musées ! Vous retrouverez bien sûr mes articles sur mes visites dans les prochaines semaines ou les prochains mois.

Et vous, lesquelles de ces expositions souhaiteriez-vous voir ?

Théâtre

Frederick Sigrist, un humoriste qui va faire parler de lui à découvrir d’urgence au Point Virgule

          Les catastrophes naturelles, les procès en cours, le djihad, le compte Tweeter du pape, le mariage gay et bien sûr surtout et avant tout, les travers des politiques, Frederick Sigrist refait l’actu au Point Virgule. Il porte un regard affûté sur la société et n’épargne personne. Présentation d’une plume acérée.

          La semaine dernière, quand Filou m’a gentiment proposé 2 places pour aller voir un humoriste au Point Virgule, j’ai bien évidemment sauté sur l’occasion ! Je vois très peu de one man show? Rares sont les humoristes qui me parviennent à me faire rire. Il faut dire que j’ai un humour assez particulier, assez noir. Je suis plus adepte du cynisme que de la farce et suis souvent en décalage avec la plupart des gens de ce point de vue. D’ailleurs il n’aura pas échappé à ceux qui me suivent qu’au cinéma je vois peu de comédies et suis assez difficile à satisfaire en la matière. Si j’étais contente d’avoir l’occasion de découvrir un artiste dont je n’avais même jamais entendu parler et de me rendre pour la première fois au Point Virgule, célèbre pour avoir vu naître bien des carrières, je dois avouer que j’étais assez circonspecte et n’était pas du tout sure d’apprécier ma soirée.

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          Dès les premières minutes, mes craintes ont été effacées. Je ne l’avais pas trouvé très drôle en vidéo mais sur scène, il a une telle présence, Je ne sais pas bien parler d’humour, n’ayant pas l’habitude d’analyser ce type de spectacle, mais on sent de suite une certaine finesse dans l’écriture. Bien souvent, je trouve les comiques simplement méchants. Par exemple, voir quelqu’un tomber ne m’a jamais fait rire, ça peut m’inquiéter, me faire de la peine, éventuellement me laisser indifférente si je suis mal lunée, mais rire certainement pas. Beaucoup d’humoristes jouent sur notre tendance naturelle à nous moquer des autres, de préférence les plus faibles. Non seulement je ne trouve pas ça drôle mais ça me semble être d’une bêtise sans nom. On est tout à l’opposé de ça ici, ce qui se fait suffisamment rare pour être noté.

          Si Frederick Sigrist rit bien sûr des autres (c’est son fond de commerce hein), ce n’est jamais fait avec cruauté mais avec une certaine tendresse. Il amène un regard critique qui rappelle celui du caricaturiste dans la presse écrite. Il nous livre une analyse assez fine de la société à travers l’actualité. Il n’hésite pas non plus à se moquer de lui-même. Une autodérision fort appréciable. En effet, à mon humble avis, si on veut pouvoir rire des autres, il faut commencer par savoir rire de soi-même. Ses textes sont très écrits et n’épargnent personne. En revanche, ils tombent rarement dans la facilité et sont très justes. Je suis allée voir ce spectacle avec une amie qui a des convictions politiques très éloignées des miennes et pourtant nous avons toutes les deux rit aussi bien des sketchs concernant la droite que la gauche, ce qui n’était pas gagné. S’il y a quelques passages légèrement en dessous du reste, l’ensemble est tout de même assez homogène. Rares sont les moments où j’ai arrêté de rire durant la grosse heure que dure ce spectacle. Un spectacle décapant, je n’ai qu’un conseil à vous donner : courez-y !

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Le Point Virgule

7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie

75004 Paris

Du mercredi au samedi à 19h

18€

 

Expositions

Paris 1900, la ville spectacle à découvrir d’urgence au Petit Palais

          Paris 1900 : l’exposition universelle et l’émergence ou la prolongation de nombreux courants dans une grande émulation artistique. L’âge d’or de Rondin, Cézanne ou Renoir et la naissance de l’Art Nouveau. Que de choses nouvelles en ce début de siècle ! Elle sont à découvrir au Petit Palais, lui même enfant de 1900.

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          Je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant voir cette exposition. Je crois que je pensais surtout qu’il y aurait beaucoup de photographies et de tableaux assez classiques. Le thème en tout cas me tentait beaucoup ! D’ailleurs, je ne suis visiblement pas la seule à avoir eu cette idée : à la première tentative, il y avait beaucoup de monde et le vigile nous a conseillé de réserver avant de venir et de venir tôt en raison du grand nombre d’œuvres exposées, au deuxième essai, il n’y avait plus de places disponibles à la réservation, la troisième fois fut la bonne. Il est rare de voir tant de monde au Petit Palais qui propose pourtant toujours des expositions très intéressantes (parmi les très belles surprises Jordaens en début d’année ou Félix Ziem la saison passée).

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          Dès la première salle, j’ai été assez surprise par cet accrochage. Le début de l’exposition est consacré à l’Exposition Universelle. J’ai appris plein de choses, notamment les dates de constructions du Petit et du Grand palais que je pensais bien plus anciennes. Il y a beaucoup de dessins de projets architecturaux qui n’ont jamais vu le jour et que j’ai trouvé très intéressants. Après ce premier grand thème, une grande salle magnifique est consacrée à l’Art Nouveau. C’a été une excellente surprise ! J’avais été très déçue par l’exposition Art Nouveau à la Pinacothèque et j’ai trouvé dans celle-ci ce qui m’avait manqué dans l’autre : du beau mobilier, des bijoux, des tableaux… Une diversité qui nous plonge dans cette période avec délices. Et bien sûr, Mucha est à l’honneur.

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          Mais ce n’est pas la dernière surprise que réserve cette exposition. En effet, après l’Art Nouveau, on passe aux peintres et sculpteurs exposés alors au Salon : Renoir, Cézanne, Rodin… Tous les grands noms sont au rendez-vous, ce à quoi je ne m’attendais pas vraiment. Il y a certains artistes également que je ne connaissais pas et dont j’ai trouvé le travail très intéressant. Il y a une profusion de toiles surprenante. L’éclairage n’est pas forcément très réussi et ne met pas beaucoup en valeur les œuvres, c’est un peu dommage. Un peu plus loin, sont également présentées des robes et autres pièces vestimentaires qui donnent un bon aperçu de la mode de l’époque (là aussi ça rappelle une exposition récente, Roman d’une garde-robe, mais avec un peu plus de réussite). Bien que n’étant pas passionnée par les chiffons j’avoue avoir apprécié cette salle qui m’est apparue en quelque sorte comme une pause légère dans le parcours.

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          Viennent ensuite les cabarets. Là aussi, beaucoup de choses intéressantes et une pièce sur les maisons de plaisir avec un mur de photos très réussi. Il y avait beaucoup de monde et certaines pièces sont assez exigües, j’ai bien cru qu’une dame allait décrocher un tableau avec son sac à dos en regardant une vidéo dans un endroit particulièrement étroit. La scénographie est parfois un peu chargée et l’éclairage assez chiche ne met guère les toiles en valeur dans certaines salles. Toutefois dans l’ensemble, il n’y a pas grand chose à reprocher à cette exposition d’une grande richesse. Elle couvre des domaines très variés et permet de se faire une idée de la vie parisienne des années 1900. Une belle exposition qui par sa richesse et sa variété saura séduire le plus grand nombre. N’hésitez pas à aller découvrir les petites merveilles qu’elle vous réserve.

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Paris 1900, la ville spectacle

Petit Palais

Avenue Winston Churchill

75008 Paris

Du 2 avril au 17 août 2014

Du mardi au dimanche de 10h à 18h, 20h le jeudi

11€

Théâtre

Philippe Torreton, émouvant Cyrano

          Cyrano aime Roxane, sa jolie cousine qui est éperdument amoureuse du beau Christian. Christian manque d’éloquence, et Cyrano d’allure. Ce dernier va prêter son verbe à son ami pour l’aider à conquérir sa belle et vivre un peu de cet amour à travers lui.

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           Cyrano, un texte magnifique que j’ai toujours rêvé de voir sur les planches. Je n’avais pas réussi à avoir de places lorsqu’il était passé à la Comédie Française il y a quelques années, mis en scène par Denis Podalydès. Quand j’ai vu qu’il passait au théâtre de l’Odéon avec Philippe Torreton dans le rôle de Cyrano, j’ai sauté sur l’occasion. J’avoue que quand je suis allée jeter un oeil à la bande-annonce, mon enthousiasme s’est vu quelque peu refroidi… Le décor comme la mise en scène me semblaient pour le moins particuliers. Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre en entrant dans le théâtre. Sur scène, Cyrano de dos dans un fauteuil. Autour de lui, un décor digne d’un hôpital : carrelage blanc, mobilier en inox, néons. C’est surprenant et particulièrement froid comme ambiance. Puis les acteurs arrivent sur scène, en jogging, gesticulant et hurlant. On se demande si Cyrano n’a pas atterri chez les fous. C’est déstabilisant et à vrai dire bien peu engageant.

 crédit photo Brigitte Enguérand
©Brigitte Enguérand

          J’ai eu beaucoup de mal avec le début de la pièce à cause de cette mise en scène franchement déroutante avec laquelle je n’ai guère accroché. Le côté surjoué en mode asile psychiatrique m’a profondément dérangée et j’ai peiné à voir où le metteur en scène voulait en venir. Il est vrai que le texte est bourré d’humour mais l’émotion est pour moi ce qui le caractérise le mieux. Cette pièce est tout en finesse, nous faisant constamment passer du rire aux larmes et j’ai trouvé que la mise en scène ne lui rendait pas hommage, la transformant en grosse farce. Sans parler de la musique, parfois plutôt bien choisie, certes, mais toujours surprenante. J’ai bien cru que jamais je ne m’habituerais à cet univers très particulier et bien loin de l’image que je me faisais de Cyrano. Et pourtant…

crédit photo Brigitte Enguérand
©Brigitte Enguérand

          Et pourtant, malgré toutes les bizarreries et les excès, peu à peu, on oublie ce décor aseptisé et on se laisse submerger par la beauté du texte. Par petites touches d’abord – quelques passages épars nous touchent plus que d’autres – et puis de plus en plus, jusqu’à se laisser porter par l’émotion que charrient les mots. L’interprétation de Philippe Torreton est d’une incroyable puissance et il m’a totalement embarquée avec lui au fur et à mesure de l’avancée de la pièce. Si je n’ai guère accroché avec la mise en scène dans l’ensemble, j’ai trouvé que la scène du balcon était réinterprétée de manière intéressante. Il y a quelques trouvailles qui donnent un certain charme à l’ensemble. Dommage que ce soit un peu inégal et qu’on peine à comprendre certains parti-pris très surprenants, comme celui du décor. Je ne suis pas particulièrement contre un peu de modernité dans l’adaptation de classiques mais encore faut-il en saisir le sens…

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©Brigitte Enguérand

          Vous l’aurez compris, malgré quelques passages réussis, on ne peut pas dire que j’aie particulièrement aimé cette mise en scène qui m’a pour le moins déroutée. Et pourtant, d’une certaine manière, elle fonctionne ! On ne peut que souligner l’audace dont fait preuve Dominique Pitoiset, qui ne paie pas toujours mais en tout cas ne peut guère laisser indifférent. Je me souviendrai longtemps de ce spectacle si particulier. Après avoir été franchement agacée par certaines scènes du début, j’ai fini par entrer dans la pièce et finalement j’ai été extrêmement surprise par l’intensité de l’émotion qui m’a étreinte par moments. Difficile d’expliquer comment le miracle se produit mais il est bien là ! J’ai été au bord des larmes au bord des larmes à plusieurs reprises, subjuguée par la justesse de Philippe Torreton, absolument génial dans ce rôle. J’avais rarement été aussi émue au théâtre. Jamais peut-être. Etrange de ne pas être sûr d’aimer ce que l’on voit et d’être en même temps à ce point bouleversée par ce qu’on entend. La magie du théâtre, tout simplement. 

©Cosimo Mirco Magliocca
©Cosimo Mirco Magliocca

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

Mis en scène par Dominique Pitoiset

Avec Jean-Michel Balthazar, Adrien Cauchetier, Antoine Cholet, Nicolas Chupin, Patrice Costa, Gilles Fisseau, Jean-François Lapalus, Daniel Martin, Bruno Ouzeau, Philippe Torreton, Martine Vandeville, Maud Wyler

Théâtre de l’Odéon

Place de l’Odéon

75006 Paris

Jusqu’au 28 juin 2014

De 6 à 36 €

A lire, l’interview de Philippe Torreton sur la pièce. C’est par ici.

Expositions

Indiens des plaines au Musée du Quai Branly

            Qui n’a pas rêvé enfant devant un western et ses histoires de cow-boys et d’indiens ? Dans l’inconscient collectif, les Indiens d’Amérique sont clairement définis, avec leur tenue en peau, leurs chevaux et la coiffe en plumes de leurs chefs. Sans oublier bien sûr les tipis et autres calumets de la paix. Loin de ces clichés, le mode de vie des indiens des plaines est à découvrir au musée du Quai Branly.

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          On a tous en tête des images faussée des indiens d’Amérique, pour moi, c’est surtout l’image des chefs indiens de Lucky-Luke ; bien que j’en aie vu bien d’autres représentations et que j’ai eu l’occasion de me documenter un peu sur le sujet à travers des livres ou des reportages, cette image continue à me poursuivre. Mais quelle part de réalité dans tout ça ? Ne sommes nous pas très éloignés de ce qui fut la vraie vie de ces peuples ? D’autant que ceux que l’on appelle les « Indiens » d’Amérique n’ont rien d’un peuple uni – ni d’un peuple tout court d’ailleurs tant l’appellation est large, un peu comme si on disait « les africains » ou « les européens » – mais représentent une grande diversité de tribus, plus ou moins importantes, qui possèdent chacune leur langue, leur culture, leurs croyances. Certaines sont proches, alliées parfois, d’autres sont en guerre, beaucoup de se connaissent même pas. En effet, quel lien entre le Sud du Texas et le Nord du Canada ? On oublie souvent l’immensité de ce territoire, avec ses différences de paysage et de climat qui entraînent forcément des modes de vie pour le moins variés. Impossible donc des parler des Indiens au sens large sans se lancer dans des généralisations et des clichés. Comment alors rendre compte de ce que fut la vie de ceux qui vivaient en Amérique avant l’arrivée des colons ? Le Musée du Quai Branly répond en partie à cette question en proposant une exposition axée sur le mode de vie des Indiens des plaines, qui vivaient essentiellement au centre des Etats-Unis.

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          Bien que le restriction soit déjà importante, une carte avec la liste des tribus indiennes et leur territoire respectif montre déjà la grande diversité que recouvre cette dénomination « d’indiens des plaines ». Ils couvrent un territoire assez large, parlent différentes langues et n’ont pas la même culture. Toutefois, des recoupement sont possible de par une certaine unité dans le paysage qui pousse à des modes de vie souvent similaires. Le climat n’est pas le même au sud et au nord mais on trouve toutefois des points communs dans les modes de vie adoptés dans cette zone médiane des Etats-Unis. J’ai trouvé très intéressante la partie qui montre cette diversité, carte à l’appui. Cela aide à prendre conscience d’une réalité qui semble aller de soi en y réfléchissant mais qui étrangement m’avait en partie échappée, sans doute en grande partie à cause des représentations simplistes dont nous sommes abreuvés. J’ai simplement trouvé un peu dommage que cette foule d’informations soit rassemblée à l’entrée et qu’on ne revienne pas dessus par la suite. J’ai malheureusement retenu très peu de choses en raison du flot de donné qui m’est tombé dessus d’un coup et j’aurais bien aimé, que des points de détails soient repris par la suite pour aider à la mémorisation.

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          J’ai été plus mitigée sur la suite du parcours. On commence par les œuvres modernes, ce que je trouve assez illogique. En effet, pour voir en quoi l’art moderne puisse dans les traditions et les réinvente, ne faut-il pas déjà avoir une certaine connaissance de celles-ci ? Vous me direz que bien sûr on voit tous à peu près à quoi ressemble l’art indien, ses coiffes en plume, ses tuniques de peau ornées de perles et ses patchworks. Mais justement, n’avons nous pas en tête des images erronées qui demandent à être ajustées en se confrontant à la réalité de ces objets devenus mythiques ? Personnellement, je n’avais jamais vus certains de ces objets avant (et pour les autres je les avais justement découvert au Quai Branly il n’y a pas si longtemps…). Bref, il me semblait plus logique de nous montrer d’abord l’artisanat traditionnel afin de comprendre plus finement comment l’art moderne s’en inspire.

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          Après les objets des XX° et XXI° siècles (dont certains très intéressants par ailleurs), nous passons à l’artisanat traditionnel, dans l’ordre chronologique cette fois. Il y a des pièces absolument splendides et j’ai été impressionnée par l’incroyable état des conservation de la plupart d’entre elles. J’ai trouvé cela vraiment émouvant. J’aurais parfois aimé avoir un peu plus d’explications sur certains objets à l’usage ou à la confection un peu obscurs. Toutefois, je crois que l’audioguide répondait à la plupart de ces zones d’ombres (un ami l’avait pris et a donc éclairé ma lanterne). L’exposition est riche et m’a pourtant laissé un peu sur ma faim. Tous les objets traditionnels sont exposés dans la même pièce, qui est vraiment immense. L’avantage c’est que la chronologie saute ainsi aux yeux de par le sens du parcours et, plus terre à terre, on se marche moins dessus, même en cas de grande affluence (ce qui était le cas, il y a avait un monde fou avec des enfants et des poussettes partout, je n’avais jamais vu ça !). Le revers de la médaille c’est que j’ai trouvé ça extrêmement froid (et je ne parle pas de la température glaciale qui y règne).

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          Je suis sans doute un peu futile mais c’est vrai qu’un bel accrochage m’aide à me concentrer sur ce qu’il y a dans les vitrines. Une exposition trop linéaire finit par me lasser quelque peu. Je trouve d’habitude le Quai Branly extrêmement imaginatif et j’aime beaucoup la manière dont ce musée joue généralement avec l’espace. Ce côté empilage dans un hangar m’a donc un peu déçue. Les panneaux explicatifs sont accrochés au plafond, ce qui est plutôt une bonne idée sauf qu’en cs d’affluence majeure, s’arrêter pour les lire est presque suicidaire ; dommage. Un grand mur est dédié à des points d’histoire particuliers (Buffalo Bill par exemple). L’idée est bonne, simplement, il faut choisir entre suivre le parcours qui zigzague dans le pièce selon une logique chronologique impeccable ou s’arrêter sur ces panneaux. Nous avons fait le choix de suivre d’abord l’exposition et une fois au bout, je dois avouer que j’avais moyennement envie de jouer des coudes pour retraverses toutes la pièce afin d’aller lire les textes. J’en ai donc ratés pas mal, ce que je regrette un peu (je me rattraperai si j’y reviens un jour où il y a moins de monde).

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          Malgré l’intérêt des pièces exposées, j’ai eu du mal à me faire une idée précise du mode de vie des indiens des plaines. Beaucoup d’objets du quotidien n’étaient pas ou peu présents (arcs et flèches par exemple, ou attrape-rêves qu’on retrouve pourtant à la boutique souvenir). J’ai eu l’impression de voir essentiellement des vêtements, certes splendides, mais qui ne m’ont pas suffi à appréhender le mode de vie de ces tribus de manière plus globale même si la chasse ou la croyance dans les esprits sont évoqués à diverses reprises. J’aurais sans doute aimé que ces questions aient une place plus centrale. C’est un pari-pris très compréhensible mais pas de traces non plus des représentations « caricaturales » des Indiens. Quelques dessins ou extraits de films en fin de parcours auraient permis de comprendre comment ces représentations se sont construites et ainsi de mieux combattre les a priori profondément ancrés.

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          Le sujet abordé est très vaste et il était bien entendu impossible de tout dire, de tout montrer. J’ai malheureusement trouvé que l’exposition peinait à trouver un fil conducteur et à s’y tenir même si les contraintes étaient énormes et qu’on peine à voir comment ils auraient pu s’en sortir à moins de faire une exposition qui se serait étendue sur l’ensemble du musée et qu’il aurait fallu deux jours pour visiter. J’ai aimé ce que j’ai vu, réellement. J’ai été bouleversée comme rarement devant un porte-bébé ou une robe brodée dont l’éclat m’a subjuguée. Ce qui n’empêche pas d’éprouver certains manques. Je crois que j’ai trouvé le tout un peu froid. Malgré l’intérêt porté à chaque chose, j’ai eu du mal à me représenter la vie de ses gens dont pourtant on a tous vu maintes représentations. Une exposition riche, intéressante et belle mais qui laisse des vides béants et manque de vie. Malgré ses trésors, elle ne parvient pas à nous transmettre l’esprit de ces Indiens des plaines.

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Indiens des plaines

Musée du Quai Branly

37 quai Branly – 75007 Paris

Du 8 avril au 20 juillet

Tous les jours sauf lundi de 11h à 19h ou 21h selon les jours

9€ exposition seule, 11€ avec les collections permanentes