Mes lectures

Trois BD historiques

Communardes ! L’aristocrate fantôme

1871. Élisabeth Dmitrieff, une belle jeune femme russe devient la présidente du premier mouvement officiellement féministe d’Europe. Véritable passionaria socialiste et va-t-en-guerre, elle est envoyée par Karl Marx lui-même ! Sa beauté et sa verve, qui la distinguent des autres insurgées.

Communardes ! L'aristocrate fantomeVoici une BD que j’ai beaucoup aimée. Elle appartient à une série sur les femmes qui en 1871 se sont engagées dans la Commune de Paris. Vous pouvez en apprendre plus sur la naissance de cette série de Wilfrid Lupano ici. Elle compte trois tomes – dont L’aristocrate fantôme – dessinés chaque fois par un dessinateur différent, avec des histoires indépendantes, chacune sur une communarde. Le dessin est assez classique et très travaillé, j’ai vraiment beaucoup aimé (il est ici signé Anthony Jean). Il nous replonge immédiatement dans cette ambiance de révolte. Le personnage de l’aristocrate fantôme est fascinant. Je connais assez mal la période de la Commune et j’ai été ravie d’en apprendre plus à travers ce personnage haut en couleurs. Cette lecture m’a donné très envie de lire les autres tomes de la série, même si les histoires sont indépendantes. Une BD historique et féminine qui m’a pleinement convaincue.

Le maître d’armes

1537. Au fin fond du Jura, un envoyé de l’Église exacerbe la haine religieuse de montagnards catholiques afin qu’ils lancent une chasse à l’homme contre un jeune protestant et son guide. Leur crime ? Vouloir faire passer une Bible traduite en français jusqu’en Suisse pour la faire imprimer. Une hérésie ! Commence une traque impitoyable.

Le maitre d'armesAutre BD, autre contexte avec cette fois une lutte entre rapière et épée. Moi qui suis assez amatrice d’histoires de capes et d’épées, je ne pouvais qu’être séduite par ce récit. J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire signée Joël Parnotte (au dessin) et Xavier Dorison (au scénario). Visuellement, c’est très beau, avec un univers particulièrement riche. Les personnages ne manquent pas de caractère et sont attachants. Le dessin est magnifique, c’est bien écrit et quelle histoire ! De l’action, de l’aventure, ça nous tient en haleine de bout en bout. J’ai été totalement embarquée par ce récit qui nous entraîne dans un autre temps. Outre l’aspect guerrier, le côté historique avec les débuts du protestantisme est absolument passionnant. Pour la peine j’ai vraiment regretté qu’il n’y ait qu’un seul tome, j’aurais bien continué l’aventure en compagnie du maître d’armes moi. Une BD comme je les aime, aussi belle que palpitante, un gros coup de cœur ! 

Les aigles de Rome

À l’heure où Rome et l’histoire antique suscitent à nouveau l’engouement du public, Marini seul aux commandes, nous propose une toute nouvelle série ancrée au cœur de l’Empire romain. Un récit initiatique où l’on retrouve les ingrédients des meilleures aventures : combats, obstacles, rivalité, amitiés, amour.

Les aigles de Rome t1J’ai beaucoup moins accroché avec le premier tome de cette BD de Marini qui dormait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Là aussi on est sur un dessin classique mais pour la peine, il l’est trop, même pour moi. Je ne lui trouve absolument aucun charme, aucune poésie. Quant au texte, il est très rare que j’y prête réellement attention dans une BD. Je me dis rarement que c’est bien ou mal écrit, tant que l’histoire fonctionne j’oublie très facilement le style, mais là, j’ai fait exception : c’est très mal écrit. On ne peut pas dire que ce soit criant de vérité. L’histoire avance par à coups, on change sans cesse de lieu, j’ai trouvé que ça empêchait de se plonger dans l’histoire et de s’attacher aux personnages. Ca ne m’a absolument pas donné envie d’aller au bout de cette lecture (et ce n’est que le tome 1) qui plairait peut-être plus à  un public adolescent par les thèmes abordés (la guerre, l’amour, l’amitié). Une BD avec laquelle je n’ai pas du tout accroché, à tous points de vue.

Actualité·Mes lectures

Prix littéraires 2016 : les lauréats

          Cette année, je ne vous ai pas tenu informés sur le blog des différentes sélections pour les prix littéraires parce que l’air de rien il y en a beaucoup et ça prend un temps fou. Mais à défaut de vous donner toutes les étapes, voici au moins les résultats. Comme vous allez le voir, j’ai lu beaucoup de romans cette rentrée mais peu de lauréats. Si vous voulez en savoir plus sur ces romans, cliquez sur le titre pour le résumé Babelio.

  • Prix Nobel

Commençons par le seul grand prix international dont je vais vous parler. La récompense suprême qui récompense cette année… Bob Dylan ! Autant vous dire que la nouvelle a sacrément fait parler d’elle.

  • Prix Goncourt

– Chanson douce de Leïla Slimani – Gallimard

  • Prix Femina Les vies de papier, couverture

– Le Garçon de Marcus Malte – Zulma
– Etranger : Les vies de papier de Rabih Alameddine (mon avis pas très enthousiaste ici) – Les Escales
– Essai : Charlotte Delbo, la vie retrouvée de Ghislaine Dunant – Grasset

  • Grand prix du roman de l’académie française

Le dernier des nôtres d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre – Grasset

  • Prix Renaudot

Babylone de Yasmina Reza – Flammarion

  • Prix Médicis

Laetitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka – Le Seuil
– Etranger : Les élus de Steve Sem-Sandberg – Robert Laffont
– Essai : Boxe de Jacques Henric – Le Seuil

  • Prix Décembre

Comment Baptiste est mort d’Alain Blottière – Gallimard

  • Prix Interallié Repose-toi sur moi, couverture

Repose-toi sur moi de Serge Joncour (ma critique très enthousiaste ici) – Flammarion

          Encore une belle récolte pour Galligraseuil mais aussi pour Flammarion (enfin re-Gallimard quoi). Une fois n’est pas coutume, quasiment que des auteurs que je n’ai jamais lus et dont je n’ai même jamais entendu parler dans cette liste. Maaaiiiiis… maaaiiiis… voilà, Serge Joncour enfin récompensé !!! Depuis le temps qu’on attendait un grand prix pour cet auteur si talentueux (et tellement hors système). Vous ne pouvez pas imaginer ma joie, je suis presque aussi heureuse que si c’était moi qui l’avait eu tellement je n’y croyais plus. Un petit clin d’oeil au passage à Virginie du blog Les lectures du mouton, au moins aussi enthousiaste que moi à l’annonce de la nouvelle. Et félicitations à l’auteur s’il passe par ici, pour ce prix bien sûr, mais aussi et surtout pour son très beau roman.

Mes lectures

L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira

          La traite et l’esclavage furent le premier système économique organisé autour de la transportation forcée de populations et de l’assassinat légal pour motif de liberté, pour marronnage. Ce système a perduré pour l’Europe durant plus de quatre siècles, pour la France durant plus de deux siècles. Il ne s’agit pas de se morfondre ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et respecter l’histoire forgée dans la souffrance.

          De nos ministres passés et présents (voire même très probablement futurs), Christiane Taubira est de loin ma chouchoute en matière d’éloquence. Quel style ! Elle manie la langue de Molière avec un certain brio et ne lésine pas sur la métaphore. Je n’avais jamais eu l’idée de lire quoi que ce soit d’elle mais quand j’ai vu ce petit livre sur l’esclavage, je me suis dit que c’était l’occasion. Dès les premières lignes j’ai été assez époustouflée par le style. Elle parle au moins aussi bien qu’elle écrit. Même si sur la longueur c’est presque trop d’emphase à mon goût. D’ailleurs ça m’a parfois dérangée dans la mesure où le texte est présenté comme un dialogue avec sa fille, a priori adolescente, et qui utilise le même style très travaillé avec des questions d’une pertinence rare : ça fait légèrement artificiel (à moins qu’elle n’ait une fille particulièrement intelligente et qui parle comme Aimé Césaire, on ne sait jamais).

Christiane Taubira, L'esclavage raconté à ma fille

          Le sujet m’intéressait. Etrangement, je me rends compte que je ne sais pas grand chose sur l’esclavage. Bien sûr j’ai quelques notions de base mais je me rends compte que ce que j’en sais vient surtout du cinéma américain. Pas très global comme vision donc. J’ai bien aimé l’idée de ce dialogue avec sa fille, ça permet de simplifier un peu une histoire riche et complexe afin de la rendre plus facile à appréhender. J’ai bien aimé le début, sur l’histoire de l’esclavage, ses avantages économiques et son organisation. C’est expliqué de manière succincte mais avec clarté. Les implications dans la société actuelle – même si elles sont sans doute en partie discutables – sont très intéressantes et m’ont ouvert certaines perspectives. Dommage que les réponses à donner ne soient pas assez poussées. La première partie sur le passé est donc à mon sens bien plus réussie que la seconde sur le présent et l’avenir qui peine plus à trouver ses marques même si des pistes de réflexion sont amorcées.

          Comme on peut s’en douter, l’auteur est clairement de parti près et, comment dire ? très passionnée ! J’ai beau partager en grande partie ses idées sur le sujet, ça m’a tout de même parfois dérangé. La passion c’est bien mais là ça donne l’impression d’une absence d’objectivité qui n’est pas loin de desservir la cause qu’elle cherche à défendre. Même si au fond, le personnage étant bien connu pour ses opinions très tranchées, je suppose que ce sont quand même plutôt des lecteurs acquis à sa cause qui lisent ses ouvrages. J’ai trouvé que sur la fin, quand on en vient aux réponses concrètes à apporter aujourd’hui pour se défaire des séquelles de l’esclavage, ça devenait plus brouillon et perdait un peu en clarté. Bien que ce livre n’aille pas assez loin dans la réflexion à mon goût et fasse preuve parfois d’une verve démesurée, il présente les bases d’un pan essentiel de l’histoire dans un style magnifique et donne envie de s’y intéresser de plus près.

Christiane Taubira

La France, qui fut esclavagiste avant d’être abolitionniste, patrie des droits de l’homme ternie par les ombres et les « misères des Lumières », redonnera éclat et grandeur à son prestige aux yeux du monde en s’inclinant la première devant la mémoire des victimes de ce crime orphelin.

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Une histoire de violence et de beauté.
Il se peut que la beauté l’emporte.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016 : littérature étrangère

M comme Mabel, d’Helen Macdonald

 

Enfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale son père s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique.

M pour Mabel, couvertureJe suis assez fascinée par la fauconnerie même si je n’y connais absolument rien et que je n’ai jamais eu l’occasion de m’y intéresser. Quand j’ai lu la 4° de couverture de ce roman, je me suis dit que ça pourrait me plaire et changer un peu des sujets abordés habituellement. Au début, j’ai vraiment cru que ça allait me plaire. Le style est travaillé et assez agréable et la construction du roman semblait plutôt intéressante. Pourtant, j’ai très vite décroché ! Il y a de très longs passages entièrement axés sur la fauconnerie (je sais, c’est un peu le sujet du livre…) et bien qu’ils ne soient pas particulièrement techniques, je n’ai pas du tout réussi à rentrer dedans et à partager un tant soit peu les émotions du personnage. J’ai trouvé ça très froid et assez dénué de sensibilité. Il y a un côté un peu guindé qui m’a bloquée. J’ai eu beau essayer de m’intéresser à cette histoire, je n’ai pas pris le moindre plaisir à cette lecture, alors même que j’ai trouvé le style assez beau. J’ai fini par abandonner avant de me lasser davantage. On sent l’auteur passionnée par son sujet et bien que j’aie eu envie de découvrir cet univers, je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer dedans. Dommage.

Il existe un mot pour dire le deuil, en anglais. Bereavement. Ou encore bereaved ou bereft, « endeuillé ». Du vieil anglais bereafian, qui signifie « priver de », « ôter », « saisir », « dérober ». Dérobé.Saisi. Cela arrive à tout le monde, mais on le ressent seul.

Yaak Valley, Montana, de Smith Henderson 

 

Dans le Montana, en 1980, autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue, Luke, son frère recherché par la police, Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche.

Yaak Valley Montana, couvertureJe le découvre uniquement à présent mais ce livre est un premier roman et aurait donc eu bien plus sa place dans mon article qui leur était consacré (surtout que c’est un des premiers livres de cette rentrée que j’ai lus…). Le mal est fait et, après avoir hésité à le mettre parmi les polars, le voilà finalement en littérature étrangère. J’ai bien aimé l’univers très sombre de ce livre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar mais il emprunte parfois au thriller. Ce roman m’a clairement fait penser aux classiques du nature writing et aurait pu entrer dans la collection noire de Gallmeister. Ca tombe bien, c’est un genre que j’adore et que je lis bien trop peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont les personnages sont construits. Chacun a ses faiblesses et tous semblent constamment au bord du gouffre, créant une certaine tension dans ce récit dont l’anti-héros est attachant. Un livre qui explore les marges de la société avec beaucoup de justesse et une certaine sensibilité sous des abords plutôt rudes. Il met en avant les contradictions d’un pays qui ignore ceux qui sortent de la norme et m’a donné envie d’en découvrir les aspects cachés autant que les paysages. Un style sobre, un univers assez noir et la découverte d’une Amérique déshéritée. Un très beau roman.

Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque chose. Mais la plupart d’entre nous traînent de sacrées casseroles en plus de leurs valises.

Les règles d’usages, de Joyce Maynard

 

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération.

Les règles d'usage, couvertureJ’ai découvert Joyce Maynard il y a deux ans avec L’homme de la montagne, que j’avais beaucoup aimé. Je ne sais pas trop pourquoi, j’avais dans l’idée que c’était une sorte de polar alors que pas du tout. J’avais totalement oublié la 4° de couverture et c’est tant mieux, j’ai ainsi eu la joie de la découverte, même si le sujet n’est pas exactement facile. Joyce Maynard y traite avec beaucoup de délicatesse le deuil et l’adolescence. Moi qui ne suis pas très friandes de ces sujets, j’ai trouvé que ce roman était d’une grande justesse. Autant que le processus de deuil, la peinture qu’elle fait de l’adolescence est touchante. La manière dont l’auteur dépeint la journée du 11 septembre est saisissante et j’en ai sans doute plus encore ressenti l’horreur en lisant ce roman que le jour des faits, où j’étais sans doute un peu jeune pour en saisir l’ampleur. On s’attache peu à peu aux personnages qui sont très soignées, avec des personnalités rendus intéressantes par nombre de petits défauts. Le style est toujours aussi convaincant et l’auteur parvient à mettre une certaine tension en place, alors qu’on s’y attendrait cette fois un peu moins. Le rythme de ce roman est assez lent, pourtant on a envie de connaître la suite et je dois avouer que ma lecture a eu un côté assez frénétique. J’ai vraiment adoré ce livre qui pour moi est un des grands romans de cette rentrée littéraire. Extrêmement touchant.

On continue à se lever chaque matin en sachant que ça durera peut-être dix mille matins de plus. On préférerait être celui qui est mort. En quoi ce serait mieux ?

Les vies de papier, de Rabih Alameddine

 

Aaliya Saleh, 72 ans, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle a été répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion… Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Une seule passion l’anime: la littérature.

Les vies de papier, couvertureLe résumé de ce livre me laissait un peu perplexe, je me suis toutefois laissée tenter parce que comme vous devez le savoir à présent, dès qu’il est question d’un roman sur livres, librairies ou bibliothèques, je finis toujours par céder à la tentation. Que voulez-vous, faible je suis. Au début, j’ai été assez agréablement surprise. Le personnage me semblait plutôt sympathique, j’accrochais bien avec le style, tout allait bien. Et puis je me suis lassée. Vite même. Ce roman se lit très bien, c’est plutôt bien écrit, facile à lire mais pas insipide ; de ce côté-là tout va bien. En revanche, les souvenirs de vieille dame bon… Pourtant à Beyrouth il y a de quoi faire ! Mais là ça part dans tous les sens. Etant casanière, elle n’a finalement pas grand chose à raconter et survole tout les sujets, passant de l’un à l’autre avec une inconstance qui devient lassante. Quant à son amour pour les livres, je m’y suis moins retrouvée que j’aurais cru et j’ai parfois trouvé la débauche de citations un peu lourde (même si je dois admettre qu’elles sont relativement bien intégrées et qu’il y a bien pire dans le genre). Il n’y a qu’à la toute fin que j’ai connu un vague regain d’intérêt mais il était un peu tard. Malgré certaines qualités, un roman qui ne m’a pas trop convaincue, voire même ennuyée.

Nulle perte n’est ressentie avec autant d’acuité que celle de ce qui aurait pu être. Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n’ont jamais existé.

Watership Down, de Richard Adams

 

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves lapins choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Watership Down, couvertureBien qu’il se soit vendu à une flopée d’exemplaires, je n’avais jamais entendu parler de ce roman, ni de son auteur. J’ai eu un peu peur en voyant le pavé que c’était. Sans doute en raison de la couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez sombre et j’ai été déroutée de me retrouver face à des petits lapins dans leur garenne… J’ai failli abandonner, 550 p de petits sauts et de pissenlits me semblaient de trop. Et puis, j’ai continué ma lecture et, passé l’effet de surprise, je me suis totalement laissée embarquer dans les aventures de nos amis rongeurs. Impossible de quitter ce livre une fois qu’on l’a entamé ! Qui eut cru que les histoires de garennes puissent être aussi palpitantes ? Je me suis prise d’affection pour la troupe de lapinous et j’ai tremblé à chacune de leurs embûches et de leurs rencontres avec des vilous (les prédateurs en tous genres). L’auteur parvient à créer un univers assez décalé et très attachant. Ses lapins sont empreints d’une philosophie de vie insoupçonnée qui ne laisse pas indifférent. L’écriture est fluide et quelques touches d’humour complètent le tableau. J’ai finalement pris goût à cette aventure que j’ai lu quasiment d’une traite. Un roman fleuve palpitant et terriblement mignon.

Les créatures qui n’ont ni livre ni horloge sont aussi sensibles aux secrets du temps qui passe qu’à ceux du temps qu’il fait ; elles savent également s’orienter, comme en témoignent leurs extraordinaires migrations.

1816, l’année sans été, de Gillen d’Arcy Wood

 

En avril 1815, près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. Ignoré des livres d’histoire, ce bouleversement climatique fait des millions de morts. On lui doit aussi de profondes mutations culturelles.

1816, l'année sans été, couvertureJ’aimais beaucoup la couverture de ce livre et son titre assez intriguant, j’ai donc décidé de me lancer. Pour d’obscures raisons, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un roman (le titre encore je crois, je n’avais pas dû lire le sous-titre…), quelle ne fut donc pas ma surprise en constatant que c’était en réalité un essai sur le rapport entre climatologie et climat qui expose en particulier les conséquences désastreuses de l’impact de l’éruption du Tambora en 1815. La bonne nouvelle, c’est que c’est très intéressant. La mauvaise c’est que quand on veut lire un roman, on se retrouve quand même avec quelque chose d’un peu plus ardu que prévu… L’auteur parvient assez bien à vulgariser son propos pour qu’il soit compréhensible par tous. Les schémas et graphiques peuvent aider à mieux visualiser les concepts évoqués. Il y a vraiment un gros effort de fait pour rendre le texte accessible, ce que j’ai beaucoup apprécié. De nombreux domaines sont évoqués : vulcanologie et  climatologie bien sûr mais aussi sociologie ou culture avec les impacts à long terme et l’influence de cet événement sur l’art que j’ai trouvé très intéressant. J’aurais en revanche aimé des chapitres organisés différemment. On passe d’une chose à l’autre sans vraiment approfondir, pour y revenir plus tard, ce qui l’a un peu gênée. Un essai intéressant et assez facile à appréhender mais que j’ai parfois eu du mal à suivre par son côté un peu dispersé. Intéressant tout de même.

Un bouleversement climatique catastrophique a provoqué un changement dans les idées à l’échelle du monde autant qu’un traumatisme global.

La vengeance des mères, de Jim Fergus

 

Margaret et Susan Kelly, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

La vengeance des mères, couvertureJ’avais a-do-ré Mille femmes blanches, énorme coup de cœur il y a quelques temps déjà. Quand j’ai su qu’une suite allait sortir 15 ans après le premier roman, je ne tenais plus en place, trop heureuse de retrouver l’immensité des plaines et la culture cheyenne. Je me demandais comment l’auteur allait s’en sortir avec cette suite étant donnée que la fin du premier roman sonnait comme plutôt définitive (pour ne pas trop en révéler). Finalement, il gère ça on ne peut mieux ! L’intrigue se situe quelques mois après la fin des événements précédents mais l’ambiance reste la même. Le style quant à lui change un peu et s’avère plus fluide. J’ai pris un énorme plaisir à replonger dans les cultures indiennes, si riches et intéressantes, mais aussi dans leur histoire. Bien sûr, je ne vous apprendrai rien en vous disant que le récit est plutôt tragique. Pourtant, il est aussi plein d’espoir et d’humanité. J’ai lu ce livre à une vitesse folle et ne l’ai refermé qu’à grand regret, tant je me suis attachée à cet univers et les personnages qui le peuplent. J’espère que le troisième (et dernier tome) ne se fera pas trop attendre. Une roman d’une grande richesse qui nous emporte dans un monde si différent du notre et donne envie de s’intéresser de bien plus près aux cultures amérindiennes. Tout simplement magnifique.

Certaines blessures, profondes et durables, ne se referment pas, ne guérissent pas. Les paroles, la compassion ne peuvent apporter de réconfort, car ces plaies-là restent constamment à vif.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016 : littérature française

L’indolente, de Françoise Cloarec

 

Qui est Marthe Bonnard ?
Toujours jeune, souvent nue, on la voit sur les toiles des plus beaux musées du monde, pourtant elle reste mystérieuse. Elle se dissimule dans la lumière du peintre Pierre Bonnard, avec qui elle partage sa vie entre 1893 et 1942.

L'indolente, couvertureUn livre que j’attendais pas mal, d’un part parce que j’aime bien Pierre Bonnard comme peintre, d’autre part, parce que j’avais beaucoup aimé le roman Elle par bonheur et toujours nue, sur le même thème. Je dois dire que j’ai été assez déçue… Je n’ai pas du tout accroché avec le style. Ce n’est pourtant pas mal écrit mais le ton m’a dérangée. Je me suis constamment sentie coincée entre essai et roman sans trop savoir sur quel pied danser. Je n’ai pas trop aimé que l’auteur prête à Pierre et Marthe Bonnard foule de sentiments tout en gardant beaucoup de distance. J’aurais préféré que le choix soit plus net entre quelque chose de très factuel ou au contraire de franchement romancé. Marthe ne m’est pas apparue comme particulièrement sympathique et j’ai eu beaucoup de mal à accrocher avec son histoire. J’ai trouvé ça dépourvu de sensibilité. Bien que ce ne soit ni mal écrit ni inintéressant je n’ai pas réussi du tout à accrocher avec ce livre et je n’ai finalement pas eu l’envie de continuer ma lecture jusqu’au bout.

Je crois qu’on la regarde parce que personne n’arrive à cerner qui elle est, les mots ne la racontent pas. Bonnard, lui, par les représentations qu’il fait d’elle, donne une image à son corps. Comme si il lui disait : « Regarde, tu es cela.. »

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, de Thierry Beinstingel

 

La confusion a régné un instant à l’hôpital de la Conception à Marseille. Un homme est mort, dont on ignore le nom, mais qu’on présente par erreur à Isabelle Rimbaud comme son frère. C’est d’un inconnu qu’elle fait transporter la dépouille pour l’enterrer à Charleville. Pendant ce temps, déjouant les pronostics des médecins, Arthur guérit.

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, couvertureDeuxième roman français (pour une fois, c’est la littérature étrangère qui est à l’honneur chez moi en cette rentrée), seconde déception. Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Je me méfie toujours un peu de ce genre d’élucubrations autour de la vie d’un artiste. En même temps, quand c’est bien fait, ça peut être génial. Et puis j’adore Rimbaud (je sais, comme tout le monde), je n’ai pas su résister. La bonne nouvelle, c’est que c’est très bien écrit, même si le style est parfois un peu trop ampoulé. Le point de départ est un peu tiré par les cheveux mais une fois les premières pages passées, on l’oublie assez vite et on commence à s’intéresser à cet homme qui essaie de se construire une nouvelle vie. Ca aurait pu fonctionner si ce n’était pas aussi long, et surtout si l’auteur ne se mettait pas de temps en temps à citer du Rimbaud à tout va en égrenant des anecdotes sur sa vie. Ce total manque de subtilité m’a largement dérangée, au point que j’ai fini par abandonner cette lecture pourtant pas désagréable. J’aurais aimé quelque chose de moins figé et qui ressemble moins à un inventaire de chaque moment de la vie de Rimbaud. Un roman improbable qui manque de fantaisie, c’est bien le comble !

Posons un postulat : la littérature est dans tout et vice-versa, elle n’est pas en marge , elle ne s’affaisse pas entre les pages d’un livre , elle court , on ne peut la retenir.

La légende, de Philippe Vasset

 

Le narrateur, fonctionnaire au Vatican, fabrique des saints, cercle leurs auréoles et organise leurs cultes, tout en reconnaissant qu’ils n’inspirent plus grand monde. En compagnie de Laure, elle aussi soucieuse de renouvellement, il se met en quête d’autres figures et d’autres modèles, hors des villes et de l’Eglise, mais aussi de sa propre vocation.

La légende, couvertureBon, bon, bon, comment dire ? J’ai mal commencé avec la littérature française cette année puisque ce roman a lui aussi été une déception. Je m’attendais à des histoires croustillantes sur le Vatican, ses dessous, ses secrets. C’est d’ailleurs comme ça qu’est vendu le livre. C’est l’histoire d’un prêtre défroqué qui évite soigneusement de parler de la cause de sa déchéance. On pressent le gros scandale mais il tarde à venir sur le tapis. Finalement, après une attente interminable que l’auteur passe à tourner autour du pot, on en vient au cœur du problème avec certes un comportement assez douteux mais qui paraît bien gentillet face aux problèmes de pédophilie auxquels se confronte l’Eglise. Tout ça pour ça… C’est ce que je me suis dit en découvrant le pot aux roses. Quant aux arcanes du pouvoir, on les voit finalement assez peu. On se perd plutôt dans des digressions sans fin sur des vies de saints. J’ai peiné à voir où c’était sensé en venir – et je ne vous parle même pas des passages sur des personnages étranges, je ne comprends même pas ce qu’ils font là ! En gros, c’est assez chiant. Heureusement, ce n’est pas trop mal écrit, c’est toujours ça de pris. Un roman dont l’histoire se disperse bien trop à mon goût et qui ne m’a guère convaincue.

Voilà le problème, conclus-je : on produit du saint à la chaîne – quatre cent quatre-vingt-deux sous le dernier pontificat, rendez-vous compte ! –, mais leurs chapelles restent vides et les fidèles les boudent. Qui les blâmeraient ?

L’archipel d’une autre vie, d’Andréï Makine

 

Une chasse à l’homme à travers l’infini de la taïga, au crépuscule de l’ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ?

L'archipel d'une autre vie, couvertureAh, Andreï Makine ! Depuis la lecture de La musique d’une vie il y a une quinzaine d’année, l’un de mes auteurs préférés. La qualité de ses romans est une peu inégale mais j’aime la mélancolie qui se dégage de ses textes et j’espère toujours que la magie va une fois de plus opérer. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il publiait un nouveau roman en cette rentrée (comme tous les deux ans grosso modo). Cette fois, ce n’est pas tant une histoire d’amour qui est mise qu’un récit d’aventure, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Une fois de plus, l’auteur nous emmène dans sa Sibérie natale, et le voyage mérite le détour ! Il y aurait presque des airs de Jack London ou de Sylvain Tesson dans ce roman-là, autant vous dire que j’étais aux anges. On retrouve une fois de plus une certaine lenteur dans l’écriture d’Andreï Makine qui dépeint comme personne la taïga enneigée (ou pas enneigée d’ailleurs). J’aime ce rythme particulier qui se met en place et donne envie de savourer chaque ligne. Le genre de roman qui nous fait voyager. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de ce livre. On s’attache peu à peu au personnage principal, on se met dans sa peau et on espère avec lui un peu de liberté. C’est subtil et c’est beau. A n’en pas douter, un Makine grand cru.

L’imminence du retour me donnait une sensation troublante, celle de me retrouver devant une maison cachée dans la forêt, de m’apprêter à pousser le portail, puis d’y renoncer, retournant vers ma vie d’avant. Les autres aussi devaient voir dans cette fin d’errances la chance évanouie de franchir un seuil inconnu…

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

 

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Repose-toi sur moi, couvertureJ’ai découvert Serge Joncour il y a une dizaine d’années et je suis de suite tombée sous le charme de son humour noir et de son cynisme à tout épreuve. Commencer un de ses roman, c’est l’assurance de passer un bon moment. J’avais adoré son livre d’il y a quatre ans, L’amour sans le faire, pas drôle du tout pour la peine mais 400 pages de pure délicatesse. J’espérais vraiment le retrouver dans cette veine. Ca tombe bien, parce que c’est le cas. Les histoires d’amour et moi, ça fait deux. Sauf quand elles sont racontées par Serge Joncour. Ce roman-là est romantique, c’est indéniable, certains lui ont d’ailleurs reproché, pourtant, je suis de suite rentrée dedans. Le rythme est lent mais les personnages m’ont de suite été sympathiques (enfin, lui surtout, je m’y retrouve bien plus) et j’ai pris un grand plaisir à les découvrir. Leur histoire est à la fois prévisible et improbable mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une certaine beauté. Pour être franche, plus que l’histoire, c’est le style qui me fait fondre, c’est tellement subtil, je m’y sens comme dans un cocon : c’est si douillet, on a envie de s’en envelopper comme d’un plaid tout doux. Avec une plume pareille l’auteur pourrait me raconter n’importe quoi. J’ai été touchée par la solitude de ces deux êtres, ça sonne tellement juste ! On pourrait regretter la manière un peu improbable dont les choses se mettent en place mais l’ensemble est fluide et agréable à lire. J’ai été happée par l’univers qui se met en place peu à peu et j’ai dévoré ce livre à toute vitesse. Serge Joncour s’est surpassé avec cette histoire d’amour tout en délicatesse, un de mes coups de cœur de la rentrée.

Parfois, à des petits carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l’assurance qu’il y ait vraiment quelque chose de solide en-dessous, ni quelqu’un, pas uniquement du vide, et alors on réalise qu’on en fait plus pour les autres qu’ils n’en font pour nous.

La suture, de Sophie Daull

 

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de 16 ans, l’auteure se penche sur le passé de sa mère, Nicole, disparue trente ans auparavant. A partir de quelques lettres et photographies, elle tente de reconstituer son existence, entreprenant de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu.

La suture, couvertureJ’attendais beaucoup du second roman de Sophie Daull. J’avais été profondément émue par Camille mon envolée, son premier roman, sorti l’année dernière. Elle y raconte la mort de sa fille et son deuil de manière extrêmement touchante. C’avait été mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2015. Je dois tout de même avouer que je ne voyais pas bien comment elle pourrait renouveler l’exploit tant ce livre était dans l’émotion mais je n’en étais que plus curieuse. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien écrit. La jeune auteur a décidément un sacré style ! En revanche l’histoire… comment dire ? … on s’en fout ! Je sais, c’est horrible, c’est la recherche des origines, ça devrait me toucher un minimum mais franchement, impossible de m’y intéresser un tant soit peu. J’ai trouvé ça d’un ennui mortel, d’autant plus qu’elle ne découvre finalement pas grand chose. On est loin du déferlement d’émotions du roman précédent. J’avoue avoir eu le plus grand mal à me plonger dans cette lecture – sans jamais d’ailleurs y arriver vraiment – et j’en suis venue à bout avec difficulté. Malgré une belle écriture, un roman qui m’a laissée sur ma faim, une petite déception de la rentrée.

De cette mathématique du fracas et de la perte, je vais poser une équation à deux inconnues : le passé de ma mère, le futur de ma fille. Brouillons éternels. Clairement, ces deux inconnues le resteront pour toujours.