Divers

Octobre, le bilan

          Un mois d’octobre comment dire ? Ah oui, pourri. Voilà, ça c’est dit. De nouveau malade, de nouveau mal, de nouveau fatiguée. Non parce qu’après presque 10 jours de forme relative il fallait bien que ça revienne à la normale quand même, c’est qu’il ne faudrait pas s’habituer. Je dirais bien que j’en ai profité pour lire mais pas tellement plus que d’habitude. J’ai beaucoup lu au début du mois, j’ai un peu plus patiné avec mes lectures suivantes pour un mois finalement dans la moyenne de l’année avec 9 livres lus (dont 2 abandonnés). Trois coups de cœur ce mois-ci. Le dernier Serge Joncour, Repose-toi sur moi, tout en délicatesse, la suite de Mille femmes blanches de Jim Fergus, La revanche des mères, un des événements littéraires de cette rentrée, dans la droite lignée du premier opus, et plus surprenant, Whatership Down, un roman d’aventure empreint d’humanité chez les petits lapins.

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          Côté cinéma, c’est toujours la bérézina même si je m’efforce de reprendre un rythme à peu près potable. Avec 3 films vus, on ne peut pas dire que ce soit miraculeux… Je peux déjà affirmer que ce sera ma pire année ciné depuis des lustres. Pas de gros coup de cœur ce mois-ci mais j’ai tout de même bien aimé Captain Fantastic.
Peu de films vus depuis chez moi également. Mais moins de navets, c’est important de le signaler. J’ai beaucoup aimé A peine j’ouvre les yeux et Made in France. Deux films engagés totalement d’actualité. Quelques séries même si là aussi je patine un peu. La suite de Braquo, la saison 3 d’Halt and Catchfire, la saison 2 d’American crime (que j’ai préférée à la première) et les 2 premiers épisodes de The young pope dont je ne sais trop encore que penser.
Pas de nouveaux jeux de sociétés ou jeux vidéos (je joue les ermites et mon ordinateur est en train de rendre l’âme), je me contente de tuer mes journées en jouant aux Sims 3. Palpitant…

          Contre toute attente et malgré un nombre d’annulations de ma part absolument scandaleux, j’ai tout de même réussi  voir 2 spectacles ce mois-ci. Le très beau The elephant in the room du cirque Le Roux à Bobino et le très bon Valjean à la Folie Théâtre. Etant donné mon état de santé et le fait que je n’ai pris aucun abonnement cette année, je n’est finalement pas si mal.
Très très peu d’autres sorties. C’était le mois des annulations et de la sieste à volonté. Côté blog, même si je n’ai pas atteint l’objectif que je m’étais fixé, un peu plus d’articles tout de même. Ca repart doucement avec des visites en dent de scie. Je vais essayer de me tenir à un rythme un peu plus soutenu dans les prochaines semaines. Rendez-vous dans un mois pour le bilan.

Mes lectures

L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira

          La traite et l’esclavage furent le premier système économique organisé autour de la transportation forcée de populations et de l’assassinat légal pour motif de liberté, pour marronnage. Ce système a perduré pour l’Europe durant plus de quatre siècles, pour la France durant plus de deux siècles. Il ne s’agit pas de se morfondre ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et respecter l’histoire forgée dans la souffrance.

          De nos ministres passés et présents (voire même très probablement futurs), Christiane Taubira est de loin ma chouchoute en matière d’éloquence. Quel style ! Elle manie la langue de Molière avec un certain brio et ne lésine pas sur la métaphore. Je n’avais jamais eu l’idée de lire quoi que ce soit d’elle mais quand j’ai vu ce petit livre sur l’esclavage, je me suis dit que c’était l’occasion. Dès les premières lignes j’ai été assez époustouflée par le style. Elle parle au moins aussi bien qu’elle écrit. Même si sur la longueur c’est presque trop d’emphase à mon goût. D’ailleurs ça m’a parfois dérangée dans la mesure où le texte est présenté comme un dialogue avec sa fille, a priori adolescente, et qui utilise le même style très travaillé avec des questions d’une pertinence rare : ça fait légèrement artificiel (à moins qu’elle n’ait une fille particulièrement intelligente et qui parle comme Aimé Césaire, on ne sait jamais).

Christiane Taubira, L'esclavage raconté à ma fille

          Le sujet m’intéressait. Etrangement, je me rends compte que je ne sais pas grand chose sur l’esclavage. Bien sûr j’ai quelques notions de base mais je me rends compte que ce que j’en sais vient surtout du cinéma américain. Pas très global comme vision donc. J’ai bien aimé l’idée de ce dialogue avec sa fille, ça permet de simplifier un peu une histoire riche et complexe afin de la rendre plus facile à appréhender. J’ai bien aimé le début, sur l’histoire de l’esclavage, ses avantages économiques et son organisation. C’est expliqué de manière succincte mais avec clarté. Les implications dans la société actuelle – même si elles sont sans doute en partie discutables – sont très intéressantes et m’ont ouvert certaines perspectives. Dommage que les réponses à donner ne soient pas assez poussées. La première partie sur le passé est donc à mon sens bien plus réussie que la seconde sur le présent et l’avenir qui peine plus à trouver ses marques même si des pistes de réflexion sont amorcées.

          Comme on peut s’en douter, l’auteur est clairement de parti près et, comment dire ? très passionnée ! J’ai beau partager en grande partie ses idées sur le sujet, ça m’a tout de même parfois dérangé. La passion c’est bien mais là ça donne l’impression d’une absence d’objectivité qui n’est pas loin de desservir la cause qu’elle cherche à défendre. Même si au fond, le personnage étant bien connu pour ses opinions très tranchées, je suppose que ce sont quand même plutôt des lecteurs acquis à sa cause qui lisent ses ouvrages. J’ai trouvé que sur la fin, quand on en vient aux réponses concrètes à apporter aujourd’hui pour se défaire des séquelles de l’esclavage, ça devenait plus brouillon et perdait un peu en clarté. Bien que ce livre n’aille pas assez loin dans la réflexion à mon goût et fasse preuve parfois d’une verve démesurée, il présente les bases d’un pan essentiel de l’histoire dans un style magnifique et donne envie de s’y intéresser de plus près.

Christiane Taubira

La France, qui fut esclavagiste avant d’être abolitionniste, patrie des droits de l’homme ternie par les ombres et les « misères des Lumières », redonnera éclat et grandeur à son prestige aux yeux du monde en s’inclinant la première devant la mémoire des victimes de ce crime orphelin.

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Une histoire de violence et de beauté.
Il se peut que la beauté l’emporte.

Cinéma

Comancheria et infiltrator : action et suspens au rendez-vous

  • Comancheria

Western, thriller, drame américain de David Mackenzie avec Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster
Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

Comancheria, afficheSi j’avais vu les affiches de ce film ainsi que quelques articles (que je n’avais pas lus), je n’avais pas la moindre idée de quoi il pouvait bien retourner. J’y suis donc allée parfaitement a pif. Une bonne vieille méthode qui a encore une fois fait ses preuves. Ce film a été une vraie bonne surprise. L’histoire déjà avait tout pour me plaire. Voler la banque à laquelle on doit des sous pour la rembourser, c’est tout de même plutôt osé. Le récit ne manque pas de piquant donc. Le décor est assez désolé, il y a pourtant quelques très belles images, avec notamment une lumière très travaillée. C’est sobre et soigné. J’ai beaucoup aimé cette esthétique qui n’en fait pas trop. Le film est plus construit qu’il n’y paraît et pose des vrais problèmes de société. L’histoire est très prenante et l’action ne manque pas – la violence non plus d’ailleurs. Ce n’est pas franchement joyeux mais pas dénué d’un certain humour noir qui n’était pas pour me déplaire. On se laisse prendre à ce jeu du chat et de la souris et bien que les personnages principaux soient moyennement sympathiques, on tremble tout de même un peu pour eux et on ne peut s’empêcher de se mettre à leur place. Il me paraissait difficile de bien finir ce film sans être ni défaitiste ni moralisateur. C’est finalement un pari plutôt réussi. Ce film aura été une bonne surprise jusqu’au bout. Un film sombre et intelligent où la beauté et la violence se mêlent au désespoir. Un coup de cœur aussi total qu’inattendu.

 

  • Infiltrator

Thriller américain de Brad Furman avec  Bryan Cranston, Diane Kruger, John Leguizamo
L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passé, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.

Infiltrator, afficheVoilà un film qui me tentait beaucoup, à la fois pour son sujet et pour son acteur principal. J’aime beaucoup les films d’espionnage et je trouve l’infiltration assez fascinante. Et Bryan Cranston : quel acteur ! J’ai plus souvent l’occasion de le voir dans des séries que dans des films et j’avais hâte de le découvrir dans ce rôle. Je n’ai pas été déçue. Il livre une prestation extrêmement convaincante. Pourtant je reste un peu mitigée sur ce film. J’ai beaucoup aimé le côté infiltration et changement d’identité et les questions que ça pose avec la difficulté à jouer entre plusieurs vies, plusieurs personnages, sans oublier qui on est et à qui accorder sa confiance et son amour. J’ai trouvé cette partie-là intéressante et réussie. En revanche, l’intrigue est assez complexe et il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans. il faut dire aussi que je n’étais pas très concentrée (la faute à mon voisin très dissipé qui se connaîtra s’il me lit). Pas facile de suivre les subtilités de l’histoire : à un moment j’ai bien cru que je n’allais jamais arriver à comprendre ce film. Les choses ont fini par se mettre en place peu à peu. La tension monte et même si la fin est assez prévisible on prend un certain plaisir à suivre cette intrigue. Dommage que l’ensemble manque un peu de rythme. Le film fonctionne plutôt bien mais j’ai trouvé que ça manquait de fluidité. Malgré pas mal de qualités, une demie-réussite.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016 : littérature étrangère

M comme Mabel, d’Helen Macdonald

 

Enfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale son père s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique.

M pour Mabel, couvertureJe suis assez fascinée par la fauconnerie même si je n’y connais absolument rien et que je n’ai jamais eu l’occasion de m’y intéresser. Quand j’ai lu la 4° de couverture de ce roman, je me suis dit que ça pourrait me plaire et changer un peu des sujets abordés habituellement. Au début, j’ai vraiment cru que ça allait me plaire. Le style est travaillé et assez agréable et la construction du roman semblait plutôt intéressante. Pourtant, j’ai très vite décroché ! Il y a de très longs passages entièrement axés sur la fauconnerie (je sais, c’est un peu le sujet du livre…) et bien qu’ils ne soient pas particulièrement techniques, je n’ai pas du tout réussi à rentrer dedans et à partager un tant soit peu les émotions du personnage. J’ai trouvé ça très froid et assez dénué de sensibilité. Il y a un côté un peu guindé qui m’a bloquée. J’ai eu beau essayer de m’intéresser à cette histoire, je n’ai pas pris le moindre plaisir à cette lecture, alors même que j’ai trouvé le style assez beau. J’ai fini par abandonner avant de me lasser davantage. On sent l’auteur passionnée par son sujet et bien que j’aie eu envie de découvrir cet univers, je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer dedans. Dommage.

Il existe un mot pour dire le deuil, en anglais. Bereavement. Ou encore bereaved ou bereft, « endeuillé ». Du vieil anglais bereafian, qui signifie « priver de », « ôter », « saisir », « dérober ». Dérobé.Saisi. Cela arrive à tout le monde, mais on le ressent seul.

Yaak Valley, Montana, de Smith Henderson 

 

Dans le Montana, en 1980, autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue, Luke, son frère recherché par la police, Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche.

Yaak Valley Montana, couvertureJe le découvre uniquement à présent mais ce livre est un premier roman et aurait donc eu bien plus sa place dans mon article qui leur était consacré (surtout que c’est un des premiers livres de cette rentrée que j’ai lus…). Le mal est fait et, après avoir hésité à le mettre parmi les polars, le voilà finalement en littérature étrangère. J’ai bien aimé l’univers très sombre de ce livre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar mais il emprunte parfois au thriller. Ce roman m’a clairement fait penser aux classiques du nature writing et aurait pu entrer dans la collection noire de Gallmeister. Ca tombe bien, c’est un genre que j’adore et que je lis bien trop peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont les personnages sont construits. Chacun a ses faiblesses et tous semblent constamment au bord du gouffre, créant une certaine tension dans ce récit dont l’anti-héros est attachant. Un livre qui explore les marges de la société avec beaucoup de justesse et une certaine sensibilité sous des abords plutôt rudes. Il met en avant les contradictions d’un pays qui ignore ceux qui sortent de la norme et m’a donné envie d’en découvrir les aspects cachés autant que les paysages. Un style sobre, un univers assez noir et la découverte d’une Amérique déshéritée. Un très beau roman.

Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque chose. Mais la plupart d’entre nous traînent de sacrées casseroles en plus de leurs valises.

Les règles d’usages, de Joyce Maynard

 

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération.

Les règles d'usage, couvertureJ’ai découvert Joyce Maynard il y a deux ans avec L’homme de la montagne, que j’avais beaucoup aimé. Je ne sais pas trop pourquoi, j’avais dans l’idée que c’était une sorte de polar alors que pas du tout. J’avais totalement oublié la 4° de couverture et c’est tant mieux, j’ai ainsi eu la joie de la découverte, même si le sujet n’est pas exactement facile. Joyce Maynard y traite avec beaucoup de délicatesse le deuil et l’adolescence. Moi qui ne suis pas très friandes de ces sujets, j’ai trouvé que ce roman était d’une grande justesse. Autant que le processus de deuil, la peinture qu’elle fait de l’adolescence est touchante. La manière dont l’auteur dépeint la journée du 11 septembre est saisissante et j’en ai sans doute plus encore ressenti l’horreur en lisant ce roman que le jour des faits, où j’étais sans doute un peu jeune pour en saisir l’ampleur. On s’attache peu à peu aux personnages qui sont très soignées, avec des personnalités rendus intéressantes par nombre de petits défauts. Le style est toujours aussi convaincant et l’auteur parvient à mettre une certaine tension en place, alors qu’on s’y attendrait cette fois un peu moins. Le rythme de ce roman est assez lent, pourtant on a envie de connaître la suite et je dois avouer que ma lecture a eu un côté assez frénétique. J’ai vraiment adoré ce livre qui pour moi est un des grands romans de cette rentrée littéraire. Extrêmement touchant.

On continue à se lever chaque matin en sachant que ça durera peut-être dix mille matins de plus. On préférerait être celui qui est mort. En quoi ce serait mieux ?

Les vies de papier, de Rabih Alameddine

 

Aaliya Saleh, 72 ans, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle a été répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion… Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Une seule passion l’anime: la littérature.

Les vies de papier, couvertureLe résumé de ce livre me laissait un peu perplexe, je me suis toutefois laissée tenter parce que comme vous devez le savoir à présent, dès qu’il est question d’un roman sur livres, librairies ou bibliothèques, je finis toujours par céder à la tentation. Que voulez-vous, faible je suis. Au début, j’ai été assez agréablement surprise. Le personnage me semblait plutôt sympathique, j’accrochais bien avec le style, tout allait bien. Et puis je me suis lassée. Vite même. Ce roman se lit très bien, c’est plutôt bien écrit, facile à lire mais pas insipide ; de ce côté-là tout va bien. En revanche, les souvenirs de vieille dame bon… Pourtant à Beyrouth il y a de quoi faire ! Mais là ça part dans tous les sens. Etant casanière, elle n’a finalement pas grand chose à raconter et survole tout les sujets, passant de l’un à l’autre avec une inconstance qui devient lassante. Quant à son amour pour les livres, je m’y suis moins retrouvée que j’aurais cru et j’ai parfois trouvé la débauche de citations un peu lourde (même si je dois admettre qu’elles sont relativement bien intégrées et qu’il y a bien pire dans le genre). Il n’y a qu’à la toute fin que j’ai connu un vague regain d’intérêt mais il était un peu tard. Malgré certaines qualités, un roman qui ne m’a pas trop convaincue, voire même ennuyée.

Nulle perte n’est ressentie avec autant d’acuité que celle de ce qui aurait pu être. Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n’ont jamais existé.

Watership Down, de Richard Adams

 

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves lapins choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Watership Down, couvertureBien qu’il se soit vendu à une flopée d’exemplaires, je n’avais jamais entendu parler de ce roman, ni de son auteur. J’ai eu un peu peur en voyant le pavé que c’était. Sans doute en raison de la couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez sombre et j’ai été déroutée de me retrouver face à des petits lapins dans leur garenne… J’ai failli abandonner, 550 p de petits sauts et de pissenlits me semblaient de trop. Et puis, j’ai continué ma lecture et, passé l’effet de surprise, je me suis totalement laissée embarquer dans les aventures de nos amis rongeurs. Impossible de quitter ce livre une fois qu’on l’a entamé ! Qui eut cru que les histoires de garennes puissent être aussi palpitantes ? Je me suis prise d’affection pour la troupe de lapinous et j’ai tremblé à chacune de leurs embûches et de leurs rencontres avec des vilous (les prédateurs en tous genres). L’auteur parvient à créer un univers assez décalé et très attachant. Ses lapins sont empreints d’une philosophie de vie insoupçonnée qui ne laisse pas indifférent. L’écriture est fluide et quelques touches d’humour complètent le tableau. J’ai finalement pris goût à cette aventure que j’ai lu quasiment d’une traite. Un roman fleuve palpitant et terriblement mignon.

Les créatures qui n’ont ni livre ni horloge sont aussi sensibles aux secrets du temps qui passe qu’à ceux du temps qu’il fait ; elles savent également s’orienter, comme en témoignent leurs extraordinaires migrations.

1816, l’année sans été, de Gillen d’Arcy Wood

 

En avril 1815, près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. Ignoré des livres d’histoire, ce bouleversement climatique fait des millions de morts. On lui doit aussi de profondes mutations culturelles.

1816, l'année sans été, couvertureJ’aimais beaucoup la couverture de ce livre et son titre assez intriguant, j’ai donc décidé de me lancer. Pour d’obscures raisons, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un roman (le titre encore je crois, je n’avais pas dû lire le sous-titre…), quelle ne fut donc pas ma surprise en constatant que c’était en réalité un essai sur le rapport entre climatologie et climat qui expose en particulier les conséquences désastreuses de l’impact de l’éruption du Tambora en 1815. La bonne nouvelle, c’est que c’est très intéressant. La mauvaise c’est que quand on veut lire un roman, on se retrouve quand même avec quelque chose d’un peu plus ardu que prévu… L’auteur parvient assez bien à vulgariser son propos pour qu’il soit compréhensible par tous. Les schémas et graphiques peuvent aider à mieux visualiser les concepts évoqués. Il y a vraiment un gros effort de fait pour rendre le texte accessible, ce que j’ai beaucoup apprécié. De nombreux domaines sont évoqués : vulcanologie et  climatologie bien sûr mais aussi sociologie ou culture avec les impacts à long terme et l’influence de cet événement sur l’art que j’ai trouvé très intéressant. J’aurais en revanche aimé des chapitres organisés différemment. On passe d’une chose à l’autre sans vraiment approfondir, pour y revenir plus tard, ce qui l’a un peu gênée. Un essai intéressant et assez facile à appréhender mais que j’ai parfois eu du mal à suivre par son côté un peu dispersé. Intéressant tout de même.

Un bouleversement climatique catastrophique a provoqué un changement dans les idées à l’échelle du monde autant qu’un traumatisme global.

La vengeance des mères, de Jim Fergus

 

Margaret et Susan Kelly, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

La vengeance des mères, couvertureJ’avais a-do-ré Mille femmes blanches, énorme coup de cœur il y a quelques temps déjà. Quand j’ai su qu’une suite allait sortir 15 ans après le premier roman, je ne tenais plus en place, trop heureuse de retrouver l’immensité des plaines et la culture cheyenne. Je me demandais comment l’auteur allait s’en sortir avec cette suite étant donnée que la fin du premier roman sonnait comme plutôt définitive (pour ne pas trop en révéler). Finalement, il gère ça on ne peut mieux ! L’intrigue se situe quelques mois après la fin des événements précédents mais l’ambiance reste la même. Le style quant à lui change un peu et s’avère plus fluide. J’ai pris un énorme plaisir à replonger dans les cultures indiennes, si riches et intéressantes, mais aussi dans leur histoire. Bien sûr, je ne vous apprendrai rien en vous disant que le récit est plutôt tragique. Pourtant, il est aussi plein d’espoir et d’humanité. J’ai lu ce livre à une vitesse folle et ne l’ai refermé qu’à grand regret, tant je me suis attachée à cet univers et les personnages qui le peuplent. J’espère que le troisième (et dernier tome) ne se fera pas trop attendre. Une roman d’une grande richesse qui nous emporte dans un monde si différent du notre et donne envie de s’intéresser de bien plus près aux cultures amérindiennes. Tout simplement magnifique.

Certaines blessures, profondes et durables, ne se referment pas, ne guérissent pas. Les paroles, la compassion ne peuvent apporter de réconfort, car ces plaies-là restent constamment à vif.

Théâtre

Valjean à la Folie théâtre

          J’ai un peu honte de le dire mais je n’ai jamais lu Les Misérables. J’ai encore plus honte de l’avouer mais ce pavé en deux énormes tomes me fait quand même un peu peur. J’en connais tout de même les grandes lignes pour en avoir lu des extraits mais surtout pour avoir vu deux adaptations cinématographiques dont celle avec Gérard Depardieu. Le personnage de Jean Valjean m’a toujours fascinée. Un homme bon (ou en tout cas qui essaie de se racheter) et une force de la nature. Un héros comme on les aime. Et puis il se choisit comme nouveau nom Monsieur Madeleine, forcément ça crée des liens.

Valjean, A la folie théâtre, affiche

          Je trouvais que c’était une très bonne idée de centrer une pièce sur ce personnage haut en couleurs et qui a une vie si pleine de rebondissements. Seul en scène, le comédien nous conte l’histoire de ce grand héros littéraire comme il nous raconterait ses mémoires. Nul besoin de connaître l’oeuvre d’Hugo donc pour en profiter pleinement. J’ai trouvé la réécriture très intelligente. Les grands moments du romans sont là et on ne peine pas du tout à s’y retrouver, même si j’ai trouvé que la fin aurait mérité d’être abrégée au profit d’autres passages un peu survolés mais c’est là une simple histoire de goûts, je n’ai guère de penchants pour le sentimentalisme. La mise en scène est simple mais les efforts faits sur les accessoires, les lumières et le son m’ont séduite, ils permettent de se plonger plus encore dans l’ambiance du XIXe.

Valjean, A la folie théâtre

          L’acteur est impressionnant. Non seulement il a le physique de l’emploi mais sa voix est fascinante. C’est un réel bonheur de l’écouter durant 1h15. Il livre une prestation remarquable. Cet homme a une sacrée prestance ! J’ai été totalement emportée par son récit. Valjean nous livre au fil du récit une belle leçon de vie. Un texte intimiste, fort et touchant à la fois. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose qui m’ait autant convaincue et que j’aie envie de soutenir. De plus, l’acteur est tout à fait abordable et prêt à répondre aux questions après la représentation. Un petit livre est disponible avec le texte, des photos et l’explication des choix de réécriture. Je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de le lire mais il semble très bien fait et complète parfaitement la représentation. Une pièce tout en simplicité, intelligente et riche en émotions : à voir absolument !

Valjean

D’après Victor Hugo
Adaptation : Christophe Delessart
Mise en scène : Elsa Saladin
Avec : Christophe Delessart

A la folie théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris

Du 15 septembre 2016 au 19 janvier 2017, les jeudis à 19h
Plein tarif 20€
Tarif réduit 15€

A la folie théâtre