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Le maître des livres

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          À la bibliothèque pour enfant « La rose trémière » vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu’il peut laisser paraître, c’est un professionnel de premier ordre. Aujourd’hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu’il leur trouvera le livre salvateur.

Le maître des livres, couverture

          Vous le savez peut-être, je lis très peu de mangas, pour ne pas dire pas du tout. J’ai totalement échappé à la déferlante étant adolescente, leur préférant les classiques, version gros pavés de préférence. Ensuite j’ai rarement croisé leur route et je n’ai pas eu de coup de cœur suffisant pour un titre pour me donner l’envie de découvrir toute l’œuvre d’un auteur. J’en pioche donc un par-ci par-là sur les conseils d’amis ou quand la thématique m’intéresse. Il va s’en dire qu’avec un titre pareil celui-ci ne pouvait que m’intriguer. Il se trouve en plus qu’après l’avoir acheté j’ai lu pas mal de critiques positives dessus, j’avais donc hâte de me plonger dans ma lecture.

          Dès les premières pages, la déception a pointé le bout de son nez et j’ai senti que ma relation à ce livre risquait d’être compliquée. C’est… mièvre ! Ca dégouline de bons sentiments, c’est moralisateur, ça manque totalement de subtilité dans le message, bref, ça ne passait pas. Je me suis dit que j’allais quand même lui laisser une chance, après tout, ça pouvait très bien s’améliorer par la suite et devenir peut-être plus complexe. Je dois avouer que même l’arrivée du bibliothécaire passionné et acariâtre n’a pas suffit à m’adoucir. Je n’ai pas accroché du tout avec ce manga que j’ai trouvé terriblement niais par certaines réflexions et assez lourd. Une série que j’aurais pourtant tellement voulu aimer, j’en suis presque désolée.

Arriver à trouver le livre qui nous plaît parmi tout ce choix…C’est comme une sorte de chasse au trésor.
A quoi cela sert d’enlever ce plaisir aux enfants ?

Mon programme pour la rentrée littéraire

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Cette année encore, je plonge allégrement dans les sorties de la rentrée littéraire avec une sélection sans réelle ligne conductrice, il faut bien l’avouer. Mes auteurs favoris ne publient a priori rien en cette rentrée (à moins que cela m’ait échappé, c’est tout à fait possible, je n’ai pas épluché tous les catalogues avec beaucoup d’attention…), à quelques rares exceptions près, je me suis donc centrée sur des auteurs que je voulais découvrir mais surtout sur des romans dont j’ignorais tout en dehors d’une quatrième de couverture alléchante. J’ai un peu eu l’impression de partir à la chasse aux trésors. Au final, j’ai en main une quinzaine de romans. Un ou deux devraient encore arriver je pense. Voici ma première liste de lecture par ordre de parution :

  • Les vents noirs d’Arnaud de la Grange
  • Summer de Monica Sabolo
  • Le jour d’avant de Sorj Chalandon
  • Le ciel ne parle pas de Morgan Sportès
  • La Fontaine : une école buissonnière d’Erik Orsenna
  • L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard d’Isabelle Duquesnoy
  • Au nom des nuits profondes de Dorothée Werner
  • Les terres dévastées d’Emiliano Monge
  • Les complicités involontaires de Nathalie Bauer
  • Mon autopsie de Jean-Louis Fournier
  • La maison des Turner d’Angela Fournoy
  • Le ciel n’existe pas d’Ines Fernandez Moreno
  • Un jour, tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard
  • Paysage perdu de Joyce Carol Oates

Quelques romans devraient venir s’y greffer comme chaque année : auteurs que je suis et qui avaient échappé à ma vigilance, conseils de mon libraire/mes amis/divers blogs et autres médias, cadeaux… J’ai déjà l’impression d’en sélectionner beaucoup mais je trouve toujours le moyen d’en rajouter de nouveaux, c’est sans fin ! 581 romans sortent cette rentrée, impossible de tout lire. Le choix est cruel. Les 15 romans de ma listes sont tous des services de presse, n’y figurent pas la plupart des grandes maison : Flammarion, Gallimard, Albin Michel, Actes Sud, Minuit… Eh oui, après 7 ans de chroniques consciencieuses, je suis encore loin d’avoir accès à tout ce qui me tenterait. Ce qui explique aussi que tous les romans que je compte lire ne soient pas dans cette première liste.

J’ai donc déjà repéré une dizaine de romans que j’aimerais lire quand j’en aurai fini avec ceux-ci. Désolée, je n’ai pas mis les noms des auteurs, ne les ayant pas toujours noté. Internet fait des siennes et il m’est difficile de les retrouver dans l’immédiat.

  • Une histoire des loups
  • Bakhita
  • C’est le coeur qui lâche en dernier
  • De l’influence de David Bowie…
  • La légende d’un dormeur éveillé
  • La Serpe
  • Sigma
  • Réveiller les lions
  • La gloire des maudits
  • Le courage qu’il faut aux rivières

Je n’aurai probablement pas le temps de les lire tous mais les trois derniers rejoindront ma bibliothèque, c’est certain. Réveiller les lions car le premier roman de l’auteur, Une nuit Markovitch a été mon gros coup de cœur de la rentrée 2016. La gloire des maudits parce que de Nicolas d’Estienne d’Orves j’avais adoré Les fidélités successives, et Le courage qu’il faut aux rivières pour avoir vu le film Vierge sous serment sur le même sujet que j’avais beaucoup aimé. Encore une rentrée qui s’annonce chargée donc côté lectures. Ca ne tombe pas si mal, n’étant pas très en forme ces jours-ci, je lis un peu plus. Avec un peu de chance, je serai venue à bout de ma première sélection d’ici fin septembre. J’ai déjà lu quelques uns de ces livres et pour le moment, bien qu’ils soient plus sombres les uns que les autres, j’ai été très agréablement surprise. Mais je vous reparler de tout ça bientôt.

Les 7 ans du blog : concours

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          Déjà 7 ans, que le temps passe vite ! C’est incroyable. Et dire que je ne pensais pas tenir plus de quelques semaines. C’est vrai que le rythme de publication est moins soutenu qu’au début, mes problèmes de santé m’ont forcée à ralentir sérieusement, mais depuis quelques temps que suis revenue à des publications plus régulières. Les visites ont drastiquement baissé, j’essaie de m’y habituer, ça va forcément avec l’activité du blog. Il y a eu des hauts et des bas, j’ai même songé à arrêter à un moment mais 7 ans, ça a surtout été tellement de bons moments !

          J’ai pris un énorme plaisir à écrire la plupart des articles de ce blog, surtout les articles thématiques, plus long à mettre en place et souvent peu lus mais tellement intéressants à écrire. Les 4 premières années, j’ai écrit chaque jour ou presque. J’ai ensuite eu des problèmes de santé qui m’ont forcée à ralentir sérieusement le rythme. Après une grosse période creuse, je m’en tiens actuellement à un article tous les 3 jours. Il n’y a dans l’ensemble pas autant de retours que je le souhaiterais, surtout depuis que je me suis mise aux réseaux sociaux, mais en revanche j’ai fait beaucoup de belles rencontres. Certains lecteurs sont devenus des amis et ça, ça n’a pas de prix. Qui aurait cru à l’ouverture de ce blog qu’il me permettrait de faire autant de rencontres enrichissantes ?

          7 ans, c’est plus 1500 articles. J’ai beau avoir réduit le rythme, ça en fait des lignes écrites ! Relativement peu de commentaires en revanche, environ 3500. 350 abonnés sur le blog, 800 sur Twitter, beaucoup moins sur Facebook et Instagram que je délaisse un peu. Au fond, ce n’est pas tant que ça vu la durée de vie du blog mais je m’en satisfait assez bien. D’autant plus que je ne passe franchement pas ma vie à faire de la pub. Même sur internet, le réseautage et moi, ça fait deux. Mais j’avoue que si j’ai mis du temps à en comprendre le fonctionnement, j’aime bien Twitter – enfin, en dehors des périodes électorales en tout cas.

          Depuis sa création, le blog c’est 460 000 pages vues. La meilleure année du blog a été 2014 avec jusqu’à 350 visites par jour en moyenne (on en est bien loin aujourd’hui !). Vos articles préférés sont toujours sensiblement les mêmes depuis déjà plusieurs années : Culture occitane, les troubadours avec 14 000 vues, Les plus belles bibliothèques de Paris avec 22 000 vues et On n’est pas sérieux quand on a 17 ans de Barbara Samson avec 24 000 vues ! Je dois avouer que je suis assez surprise du succès de certains articles. La plupart de mes visites aujourd’hui viennent d’articles déjà anciens, ce qui est parfois un peu frustrant.

Anniversaire

          CONCOURS : Je ne fais quasi jamais de concours mais pour cet anniversaire j’avais envie de vous gâter un peu. Je propose donc 3 lots à gagner. Ces livres proviennent tous de ma bibliothèque, il est donc possible qu’ils ne soient pas en parfait état, certains sont des services de presse. Tous ne sont pas des livres que j’ai aimé mais j’espère qu’ils vous plairont. Je les ai rassemblés autour de 3 thèmes.

Lot 1 : Déjanté
Indian psycho d’Arun Krishnan, Gangsterland de Tod Goldberg et La vie sexuelle des sœurs siamoises d’Irvine Welsh.
Lot 2 :  Malsain
Fermez les yeux de C. J. Cooper, Les élues de Maggie Mitchell et The girls d’Emma Cline.
Lot 3 : Court
Crash et Invisible d’Alex Jestaire, Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin, La femme au colt 45 de Marie Redonnet et Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis de Nicolas Rey.

          Il y aura de petites surprises dans chacun. Pour participer, précisez en commentaire pour quel lot vous jouez et pourquoi vous aimez ce blog. Je me réserve le droit d’invalider une participation, ce concours étant avant tout une occasion de récompenser mes fidèles lecteurs. N’hésitez pas à partager sur les réseaux sociaux. Tirage au sort le 20 juin.

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Mes lectures de janvier

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          Pour la rentrée littéraire de janvier, je comptais vous faire de jolis articles thématiques, avec les polars d’un côté, les romans étrangers de l’autre et même peut-être un petit article sur la littérature française. Bref, je voulais faire les choses bien. Tout avait bien commencé, on était à peine mi-janvier que j’avais déjà lu la moitié des titres reçus, j’étais dans les temps, la vie était belle. Et puis, j’ai commencé un nouveau roman sur ma liseuse, sans bien savoir de quoi il s’agissait. Ca me plaisait mais ma lecture semblait ne jamais avancer alors je suis allée voir sur internet de quoi il retournait… 960 pages ! J’avais commencé un monstre de 960 pages en grand format ! C’était il y a 2 semaines et je suis encore bien loin de la fin. Heureusement, j’aime beaucoup, mais ça a ruiné mes chances d’en finir vite avec la rentrée de janvier. Si j’avais su je l’aurais gardé pour la fin, le mal est fait. Je ne me vois pas attendre un mois de plus pour vous parler de livre lus il y a déjà un mois, on va donc revenir à la bonne vieille méthode chronologique : premier arrivé, premier servi. Voici donc mes lectures de janvier.

Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt

Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.
Aussitôt, elle sait.

Danser au bord de l'abîme, couvertureJe n’avais jamais rien lu de Grégoire Delacourt mais j’en avais bien sûr pas mal entendu parler. A vrai dire, ses romans ne m’avaient jamais réellement tentée mais en entendant parler de celui-ci, je me suis dit que ce serait peut-être l’occasion de tenter. Le sujet ne m’inspirait pas plus que ça mais bon, pourquoi pas, on ne sait jamais. J’ai bien aimé le début. L’écriture est agréable et sans que je sache bien pourquoi je me suis attachée à ce personnage et à ses failles. Il y a une certaine fragilité dans ce texte que j’ai trouvée touchante. J’ai un peu moins accroché avec la deuxième partie. Je n’y ai pas retrouvé le même équilibre. Je ne veux pas trop vous en dévoiler mais la fin m’a également un peu déçue, j’ai trouvé que ça manquait de finesse. Dans l’ensemble tout de même, ce roman réserve de bonnes surprises et n’est pas dépourvu de délicatesse. Un peu inégal mais touchant.

Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée.

No home, Yaa Gyasi

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, nées à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Un voyage époustouflant dans trois siècles d’histoire du peuple africain.

No home, couvertureVoici un de mes coups de cœur de cette rentrée de janvier. Le roman suit deux sœurs qui ne se connaissent pas. Deux lignées qui connaîtront des destins bien différents. Le roman alterne les histoires de la famille d’une sœur et de l’autre, passant au fil du temps d’une génération à l’autre. J’ai mis un peu de temps à m’accoutumer au procédé mais finalement ça fonctionne plutôt bien. Ce roman est très ambitieux et le résultat est assez convaincant. A travers ces deux branches d’une même famille, l’auteur revient sur l’esclavage : à la fois ceux qui l’ont subi et les conséquences sur leurs descendants, mais aussi ceux qui y ont contribué et l’impact sur leur culture. C’est tout simplement passionnant ! Bien sûr, étant donnée l’ampleur du sujet, les différents aspects mériteraient parfois d’être approfondis, tout comme on aimerait que certains personnages (la plupart à vrai dire tant ils sont tous réussis) aient plus de place dans l’histoire, il aurait fallu une véritable saga pour cela. On arrive tout de même à saisir les enjeux de ce sujet extrêmement complexe, ce qui est déjà énorme. Un roman passionnant et nécessaire, fort et émouvant.

Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même.

Solovski, Claudio Giunta

Ils étaient trois amis florentins, partis pour cet archipel au nord de la Russie afin de restaurer un monastère pour le compte de l’Unesco. Ils ne sont jamais revenus.

Solovski, couvertureCommencer un polar qui se passe au nord de la Russie un jour de tempête de neige, voilà qui semblait pour le moins adapté. Au moins j’ai de suite été plongée dans l’ambiance ! Le pitch de départ me tentait bien, c’était plutôt alléchant. Quant au résultat… je suis plus mitigée. La bonne nouvelle, c’est que c’est bien écrit, c’est très agréable à lire. Je ne connaissais pas les îles Solovski et j’ai été contente d’en apprendre un peu sur ce petit bout de Russie. En effet, le livre semble bien documenté et j’ai apprécié ses aspects historiques, même s’ils ne sont pas au centre du récit. Dans l’ensemble il ne se passe pas grand chose, il faut bien le dire. Et les personnages ne sont pas très sympathiques, mais ils sont en revanche assez fouillés et « humains » (c’est bien ce qui les rend agaçants d’ailleurs). L’intrigue prend un tout plutôt inhabituel. En effet, plus que le mystère de la disparition de ces trois jeunes hommes, c’est le journaliste qui est au cœur du récit, c’est à peine si l’enquête passe avant ses peines de cœur. Ca donne un roman particulier, qui manque un peu de rythme à mon goût mais parvient à attiser notre curiosité. Pas un grand polar mais un livre assez original qui nous place dans une belle ambiance hivernale.

Comment se fait-il qu’à partir du moment où un être humain montre qu’il a peu ou vraiment besoin d’un de ses semblables, celui-ci s’éloigne ?

Canicule, Jane Harper

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Terrassée par une sécheresse sans précédent qui désespère les fermiers. Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste : Luke a menti.

Canicule, couvertureAprès le grand froid, j’ai plongé dans la canicule : changement total d’ambiance. Je ne savais pas trop qu’attendre de ce roman (les a priori hein…) mais ç’a été une très bonne surprise. Je suis de suite rentrée dans cette ambiance de fournaise, dans une petite ville où les rumeurs vont bon train et où tout le monde est sur les dents à cause de la sécheresse. Avec les deux pieds dans la cheminée, je m’y croyais presque. Le point de départ est simple : une famille assassinée, seul le bébé a survécu, le père est accusé d’avoir procédé au carnage avant de se suicider, son meilleur ami vient pour l’enterrement et décide à contre-coeur d’enquêter. J’avoue être très vite rentrée dans cet univers particulier qui regorge de secrets plus ou moins bien cachés. Les personnages sont complexes et ne manquent pas de nous surprendre. Au fil des pages, les pistes se multiplient et il semble de plus en plus difficile de désigner un coupable, d’autant plus que le passé s’en mêle. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman très bien ficelé qui sait brouiller les pistes : haletant.

La mort modifie rarement les sentiments que l’on éprouve pour quelqu’un. Et quand c’est le cas, la plupart du temps, elle ne fait que les renforcer.

Théâtre, littérature, cinéma : autour de la Shoah

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          Les romans, essais, films ou même pièces de théâtre qui traitent de la Shoah sont légion. Il m’arrive donc de temps à autre de me pencher sur le sujet, d’autant plus qu’il exerce sur moi une certaine fascination. Un besoin de comprendre qui ne peut être assouvi. Comment peut-on en arriver là ? Pourquoi a-t-on laissé faire ? Comment aurions nous réagi dans telle ou telle situation ? J’ai beau connaître les raisons historiques et idéologiques du massacre, il y a tant de choses que ça n’explique pas. Que ça ne pourra jamais expliquer. Je ne me fait guère d’illusions quant à la nature humaine, il y a eu des horreurs commises avant et il y en aura encore. Je ne me fais guère d’illusions sur moi-même non plus, je ne sais pas si j’aurais été du « bon » côté. Si j’aurais su faire preuve de courage, de révolte, d’humanité, dans des temps qui en étaient dépourvus. Ces réponses nous ne les aurons jamais, ce n’est pas une raison pour arrêter de se les poser.

Nécessaire et urgent, d’Annie Zadek

Texte d’Annie Zadek, mise en scène et scénographie Hubert Colas avec Bénédicte Le Lamer, Thierry Raynaud.
Des questions qu’Annie Zadek n’a pas posées aux siens, Juifs polonais et communistes, immigrés moins pour fuir les nazis que pour échapper à une condition sans avenir. Ils voulaient vivre leur jeunesse, leur engagement politique et intellectuel ; leur exil était aussi fait d’élan et de ferveur. À leurs enfants, devenus français, ils n’ont jamais parlé de ce qu’ils avaient laissé derrière eux.

Nécessaire et urgent

Photo ©Hervé Bellamy

Voici une pièce vue il y a quelques mois et dont je ne vous ai pas parlé de suite, attendant de me décider à rédiger cet article, qui traîne dans mes brouillons depuis une éternité. Je ne me voyais pas lui consacrer un article entier vu ce que j’avais à en dire de toute façon, ça pouvait bien attendre. Le topo me plaisait bien : Annie Zadek pose une longue série de questions aux siens, qui ont immigré en 1937 et n’ont jamais parlé de leur passé. 524 questions qui ne trouveront plus de réponse. Une interrogation sur les origines qui aurait pu s’avérer très intéressante. A la place, l’ennui est écrasant. J’ai été au bord du fou rire avec des questions de type : avais-tu un chien ? un chat ? un cochon d’Inde ? un canari ? Eh bien… on s’en fout. La mise en scène exploite un clair-obscur pas inintéressant mais est par moment douteuse, avec une espèce de chambre à gaz que j’ai trouvée plutôt choquante personnellement. Pour le reste, c’est assez mal joué : voix monocorde, posture figée, aucune émotion. Pour la défense des acteurs, il doivent s’ennuyer autant que nous avec ce texte. Une pièce très courte mais d’un ennui mortel. Ma plus grosse déception théâtrale de l’année.

Si c’est une femme : Vie et mort à Ravensbrück, de Sarah Helm

De 1939 à 1945, au camp de Ravensbrück, 132 000 femmes et enfants furent les victimes silencieuses des nazis. Fruit d’un travail d’enquête minutieux à travers le monde à la rencontre des dernières rescapées et des familles des déportées, ce livre exceptionnel redonne la parole à ces femmes, vibrantes héroïnes d’une histoire restée trop longtemps marginale.

Si c'est une femme, couvertureJe lis très peu d’essais et je ne sais plus comment j’ai décidé de me procurer celui-ci. Pour son titre je pense, j’ai évidemment pensé à Si c’est un homme, que j’avais adoré. Je m’attendais plutôt à un témoignage qu’à un essai d’ailleurs. Et surtout je ne m’attendais pas à ce que ça fasse près de 1000 pages ! Le sujet est forcément très pesant, c’est long, il y a beaucoup de choses évoquées. Mais c’est bien écrit et très bien documenté. J’avais déjà lu quelques témoignages sur les camps, j’avais donc quelques notions sur les horreurs qui y ont été perpétrées. Enfin, c’est ce que je croyais, tant ça dépasse ce qu’on peut imaginer. On semble oublier, faute de pouvoir le comprendre ou même ne serait-ce que l’envisager. Je ne connaissais pas l’existence de camps de femmes. Les atrocités qui y ont été commises sont innombrables. L’auteur se concentre sur un camp et essaie de toutes les lister. De parler de tout et de toutes. Difficile parfois de s’y retrouver tant les femmes qui hantent ces pages sont nombreuses, tant il y a de choses à ingurgiter. C’est décourageant par moments, d’autant que c’est un sacré pavé ! D’un autre côté, si ça nuit à la clarté, le fait de refuser de laisser quelque détail que ce soit permet d’offrir une place, si minime soit-elle, à chaque femme dont elle a retrouvé la trace. C’est leur offrir une reconnaissance et un petit bout d’éternité. Un essai passionnant mais trop foisonnant pour se faire une idée d’ensemble claire. Il est toutefois très émouvant et met en avant un pan méconnu de l’histoire.

Je comprenais maintenant ce que le livre devait être : une biographie de Ravensbrück commençant par le commencement pour finir par la fin, où je ferais mon possible pour redonner sa cohérence à une histoire brisée.

Vera Kaplan, de Laurent Sagalovitsch

Après la mort de sa mère, un homme reçoit à Tel Aviv une lettre en provenance d’Allemagne adressée à la défunte. L’expéditeur, un notaire, se réjouit d’avoir retrouvé la fille de sa cliente, Vera Kaplan. Il joint au courrier son testament et un récit de guerre, qui décrit sans complaisance cette femme, juive berlinoise prête à tout pour rester en vie. Inspiré de l’histoire de Stella Goldschlag.

Vera Kaplan, couvertureUn de mes gros coups de cœur de l’automne, conseillé par ma libraire (celle qui n’a pas du tout les mêmes goûts que moi, j’étais donc méfiante). Je m’attendais à un livre sur la Shoa relativement classique, une histoire de déportation, de peur, de survie. Pas du tout. C’est une histoire de collabo. De collabo juive. Sujet rarement traité je trouve. L’auteur lui donne la parole, tente d’expliquer le pourquoi. Et c’est diablement intéressant. Au début, cette jeune fille à la vie plutôt rangée nous est assez sympathique. C’est avant la guerre, un temps de paix où il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Et puis tout tourne mal. La guerre, les persécutions, les choix à faire. L’envie de sauver ses parents. Ce qui ressort de ce roman, c’est la colère de cette jeune fille face à la résignation des siens, son envie de résister par tous les moyens, de vivre quoi qu’il arrive, même si cela doit passer pour elle par la collaboration avec l’ennemi, par la trahison. Ca paraît tellement paradoxal et tellement humain à la fois. Si on ne peut pas franchement se mettre à sa place, on n’arrive pas totalement à la condamner non plus. L’auteur de ne le fait pas non plus d’ailleurs, il se contente de lui donner la parole. C’est le tour de force de ce roman : son absence de jugement. Seule la toute fin est sans doute de trop, et certains passages au contraire auraient peut-être mérité un traitement plus approfondi. Dans l’ensemble, un roman bien construit, très bien écrit et extrêmement prenant sur un sujet délicat. Un très beau texte.

Et cette passivité me rendait folle.
Et cette soumission, je ne l’admettais pas.
Et devant ce spectacle, j’écumais de rage.

          Si je n’ai pas vu de films récemment sur le sujet au cinéma, en voici quelques-uns qui sont relativement récents et que j’ai rattrapés lors de leur passage sur petit écran.

Crosswind, la croisée des vents, de Martti Helde

Drame historique estonien de Martti Helde vec Laura Peterson, Ingrid Isotamm, Mirt Preegel
Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers, sur ordre de Staline. Erna, une jeune mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Durant 15 ans, elle lui écrira pour lui raconter la peur, la faim, la solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver.

Crosswind, afficheQuand ce film est sorti, il me tentait beaucoup mais je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le voir en salles. J’en avais entendu dire beaucoup de bien et l’esthétique semblait tellement belle, un peu du genre d’Ida. Dès qu’il est passé sur Canal+, je me suis donc empressée de le regarder. Et… comment dire ? Impossible de m’y intéresser, je me suis terriblement ennuyée. Du coup je n’ai rien à vous en dire, je n’ai rien suivi. Oui, c’est beau mais alors qu’est-ce que c’est chiant ! J’ai rarement autant décroché d’un film ! Je devrais peut-être lui redonner une chance à l’occasion. Grosse déception donc. Je ne peux même pas vous dire si le film est bien ou pas tellement je suis partie loin, loin, loin…

Phoenix, de Christian Petzold

Drame allemand de Christian Petzold avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Phoenix, afficheDes trois films sur la guerre vus récemment, j’ai finalement trouvé que celui-ci était le plus intéressant. Je m’attendais à quelque chose d’assez romantique mais pas vraiment (voire pas du tout). Difficile de vous en parler sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait dommage, d’autant plus qu’elle est quand même assez riche en rebondissements. Mais ce que je peux vous dire en revanche c’est que c’est quand même bien malsain comme ambiance. Il y a un questionnement très intéressant sur le retour à une vie « normale », l’impossibilité à dire l’horreur, et le peu d’envie des autres de l’entendre. Si le point de départ semble peut-être un peu tiré par les cheveux et que la première moitié manque d’émotion, un film qui pose des questions intéressante et dérange. Une belle surprise.

          Je n’ai pas eu le courage pour Le fils de Saul. J’ai commencé à le regarder mais je n’aime pas trop les formats carrés et encore moins les cadrages serrés, j’ai cru que j’allais étouffer. J’ai reporté à plus tard. Pour aller plus loin sur le sujet vous pouvez aussi aller voir mes articles sur Le labyrinthe du silence (article groupé avec un roman et un livre jeunesse), Le médecin de famille ou Si c’est un homme.