Mes lectures

Patrick LAPEYRE, La vie est brève et le désir sans fin

          Deux hommes, tous deux amoureux de la même femme, l’un à Londres, l’autre à Paris. Une femme indépendante, énigmatique, insaisissable. Une femme qui fait souffrir mais qui aussi rend heureux. Un homme terre à terre, jeune, beau, brillant et riche. L’autre flegmatique, sans ambition, vieillissant et sans le sous. Elle papillonne entre eux deux, paraissant ne jamais devoir se poser.

          Ce roman a reçu le prix Femina l’année dernière. Il attendait depuis plus de 6 mois dans ma bibliothèque et c’est avec joie que je me suis enfin lancée dans cette lecture. Dès le début, j’ai moyennement accroché avec le style. C’est assez décousu, on suit tour à tour les différents personnages et le changement est parfois assez déstabilisant. Le personnage principal est un peu vaporeux, il semble sans consistance. Ce n’est pas en soi une mauvaise idée (ça m’a un peu rappelé le commissaire Adamsberg par certains côtés) seulement on a du mal à lui trouver le moindre charme. Les personnages sont d’ailleurs dans l’ensemble un brin caricaturaux, ils manquent de profondeur.

          L’histoire commence bien. Classique mais efficace : une femme partagée entre deux hommes que tout oppose. Malheureusement, si j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de bonnes idées, tant dans le fond que dans le style, ça ne fonctionne pas vraiment. Le tout est un peu nonchalant. Il y manque le petit quelque chose en plus qui fait qu’on a envie de continuer la lecture. J’y ai retrouvé quelque chose dans le style de La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint, mais avec un talent bien moindre. Ce livre n’est pas mauvais, plutôt moyen disons. Il y en a de meilleurs dans la même veine. Des bonnes choses cependant : une certaine poésie, de la justesse dans le ragard porté sur les relations de couple. Il lui manque ce petit rien qui marque la différence et nous séduit ; une écriture qui mériterait sans doute de mûrir encore un peu. Pas mal mais un peu fade, dommage.

Blériot ne ait pas ce qui l’angoisse le plus, de devoir un jour quitter sa femme ou de vieillir avec elle.

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Nora marchant à son bras comme s’ils étaient mari et femme, l’un marchant bouche ouverte pour avaler le bonheur, et l’autre – c’est évidemment lui – bouche fermée pour l’empêcher de s’échapper.

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Et en même temps, alors qu’ils marchent tous les deux dans la rue, il se doute bien qu’il ne peut pas continuer à balancer ainsi pendant des mois entre l’angoisse de l’infidélité et et la dépression de la fidélité – puisque dans ce genre de situation il n’y a pas de normalité.

Bars, restaurants·Divers

Angelina

          Un peu de gourmandise pour finir la semaine en beauté avec le célèbre salon de thé Angelina. Situé rue du Rivoli, la maison est une des maisons les plus chic de la capitale depuis plus d’un siècle. Un lieu mythique dans un décor d’époque tout en dorures (et avec des serveuses habillées façon 1900). L’endroit est dans le même esprit que Ladurée et possède également une salle immense. Si vous venez le week-end à l’heure du thé, vous risquez d’être confrontés à une queue immense et devrez attendre de longues minutes (heures ?) avant de pouvoir déguster votre pâtisserie. Pensez donc à arriver juste un peu avant 16h pour échapper au flot des gourmands. Une fois installé, ne vous pressez pas, on ne met pas le client dehors et on ne le pousse pas à la surconsommation.

          Je m’attendais évidemment à ce que tout soit hors de prix. Certes c’est cher, mais les prix restent comparables avec ceux proposés dans le reste de la capitale : aux vues du quartier et de la réputation de l’établissement, c’est presque raisonnable (7€ pour un thé ou un chocolat, 8 ou 9€ pour une pâtisserie). Le thé était bon, la pâtisserie (une tartelette chocolat-franboise-cème vanille) absolument divine, le tout servi dans des assiettes en porcelaine fine avec des couverts en argent, bien sûr !, et dans des quantités tout à fait convenables. Les gâteaux sont clairement leur point fort, classiques ou originaux, vous n’aurez que l’embarras du choix. Je suis assez difficile en pâtisserie mais les leurs sont excellentes, parmi les meilleures que j’aie goûtées. Aucune chance de refaire la même chose à la maison, même en étant bon pâtissier ! Elles existent également à emporter, moins chères que sur place (autour de 5€). La salle, trop grande à mon goût manque malheureusement un peu de charme. Une adresse que je vous recommande pour un goûter luxueux.

Angelina Rivoli

226 rue de Rivoli

75001 Paris

Cinéma

Un amour de jeunesse, de Mia HANSEN-LOVE

          Comédie dramatique française avec Lola Creton, Sebastian Unzerdowsky et Magne Harvard Brekke.

          Camille aime Sullivan. Quand il décide de partir faire un long voyage en Amérique du Sud sans elle, elle sombre dans la mélancolie. Quand au bout de quelques mois il arrête de lui écrire, elle fait une tentative de suicide. Elle mettra longtemps à tomber de nouveau amoureuse, mais cet amour résistera-t-il au retour de Sullivan ?

          Admettons-le, le titre annonçait déjà la couleur : pas un film pour moi. Pourtant j’y suis allée optimiste face aux critiques élogieuses. Finalement, je me suis ennuyée à périr. C’est convenu. Les acteurs sont terriblement mauvais (surtout celui qui joue Sullivan), ou au mieux c’est leur personnage qui est insupportable. L’histoire est classique. Plutôt bien menée. C’est vu et revu mais ça marche assez bien (bon, pas mon genre du tout, mais pourquoi pas, on s’y retrouve tous un peu au fond). En revanche, le film ne brille pas par la profondeur de ses dialogues : c’est creux, ça sonne faux (à moins que ce ne soit la faute au jeu d’acteurs justement…).

          Quand on est comme moi aussi émue par les élans romantiques que par le bruit du camion-poubelle le matin, il est difficile de s’intéresser un tant soit peu à cette histoire somme toute banale. Toutefois, je comprends le charme qu’on peut trouver à ce film : ça rappelle l’adolescence (la mienne ne doit pas être assez loin, point encore de nostalgie de cette époque), les premiers amours, les vacances au soleil, tout ça. Quelques belles images, heureusement. Pas que du mauvais donc mais rien de bien intéressant, ça m’a beaucoup rappelé D’amour et d’eau fraîche, histoire approchante, titre dans le même goût, même manière de filmer… Le commentaire pourrait être le même : insipide.

Cuisine·Musique

Le piano cocktail

          C’est l’été, la très bonne émission sur la musique classique de Jean-François Zygel, « La boîte à musique », a repris. J’en entends déjà raler « mouais la musique classique, j’aime pas, c’est chiant, ça m’endors ». Que nenni, ce que l’on classe sous « musique classique » est très varié, il y a forcemment un compositeur qui vous inspirera. Cet émission propose de dépoussiérer l’image un peu terne que se trimballe la musique classique, en invitant des célébrités qui ne s’y connaissent pas forcemment (même si sur les trois il y a toujours au moins 1 ou 2 musiciens), en présentant des instruments rares mais surtout en y mettant un enthousiasme et une passion communicatifs, Jean-Fronçois Zygel arrive à nous captiver. Même le solphège en devient intéressant (sisi !). Enfin une émission dont on ressort moins bête (en tout cas si on a une culture classique peu développée, les puristes doivent être beaucoup moins enthousiastes…).

          La semaine dernière, l’émission se penchait sur le lien entre cuisine et musique et invitait Pierre Gagnaire (chef étoilé qui a sorti un livre chez Flammarion avec Chili Gonzalez où ils proposaient d’associer recettes et musique). Une émission plutôt intéressante, notamment la partie sur la musique de table sous Louis XIV. Mais ce que je voulais vous présenter avant tout, c’est l’instrument rare de la semaine : le piano cocktail. Pure invention littéraire, le piano cocktail a fait son apparition chez Huysmans (À rebours, que je regrettes pour la peine de ne pas avoir fini) puis s’est retrouvé de manière plus développée chez Boris Vian dans L’écume des jours. Il s’agit comme son nom l’indique d’un piano qui permet de faire des cocktails : chaque note est reliée à une fiole qui déverse du liquide quand on joue. À la fin du morceau, un cocktail nous attend et on peut boire notre musique. Et une bande de géniaux musiciens-bricoleurs a réussi à le construire, pour notre plus grand bonheur, la preuve en images.

          Bravo donc à la compagnie La Rumeur. Une réalisation que je leur piquerais bien afin de l’installer dans mon salon (si j’en avais un, évidemment)…

Club lecture

En juillet on lit…

         Kyoko de Ryo Murakami. L’histoire d’une jeune japonaise qui part aux États-Unis pour retrouver l’homme qui lui a appris à danser quand elle était enfant. Là-bas, c’est un malade en phase terminale du sida qu’elle va retrouver et elle va l’aider à réaliser on dernier souhait.

          Nous changeons de lieu ce mois-ci et nous retrouverons à « La belle Hortense ». Une cave-librairie qui se situe au 31 rue Vieille du Temple, dans le 4° arrondissement. Le rendez-vous est donné à 20h, ce jeudi 28 juillet. N’hésitez pas à vous joindre à nous.