Théâtre

Le cirque Le Roux s’invite à Bobino

          L’année dernière, j’avais eu la chance d’avoir deux invitations pour du cirque à Bobino avec la compagnie Les 7 doigts de la main. C’avait été un véritable coup de foudre ! Je crois bien que c’est le plus beau spectacle de cirque qu’il m’ait été donné de voir. Simplement magnifique. Quand cette année j’ai entendu parler du cirque Le Roux, dont les membres ont justement appartenu – entre autres – à la compagnie Les 7 doigts de la main, et qui se produisent à Bobino, forcément, j’ai eu très envie de découvrir leur univers. Je m’étais un peu renseignée sur internet et les images qui j’avaient vu, avec un style rétro en noir et blanc, me faisaient terriblement envie. Je remercie donc infiniment leur attachée de presse de m’avoir donné l’occasion d’aller les voir (et de m’avoir offert une place en or !).

Cirque Le Roux, Bobino
Cirque Le Roux ©Francesca Torracchi

          L’arrivée des acrobates sur scène m’a fait forte impression. La mise en scène est très soignée, la lumière est très travaillée et les costumes réussis. Le cadre semble être en noir et blanc, on se croirait dans un vieux film américain. Il y a d’ailleurs un générique de début qui finit de nous plonger dans cette ambiance. Je m’attendais donc à en prendre plein la vue pendant un peu plus d’une heure. Malheureusement, le début m’a un peu déçue. J’ai trouvé qu’il y avait un problème de rythme. La première moitié du spectacle tient plus du théâtre que du cirque. Ca parle pas mal, ça crie, ça gesticule, tout ce que je déteste. On est dans le vaudeville surjoué, un humour potache qui me laisse de marbre (et encore, je suis gentille…). Je me suis même dit que si je n’avais pas été au beau milieu d’une rangée, je serais certainement partie. Heureusement que la musique est très bien choisie. L’humour un peu lourd tranche avec le raffinement du cadre et surtout, c’est long, très long. Les meilleures blagues sont toujours les meilleures. Il faut dire aussi que je suis très peu réceptive à ce genre d’humour, autour de moi, le public riait aux éclats, on peut donc supposer que je suis juste une fois de plus la rabat-joie de service. Côté acrobaties, ça commence doucement mais on ne peut pas dire que ça s’enchaîne avec beaucoup de fluidité. C’est dommage parce qu’elles sont belles, très bien chorégraphiées, et surtout, l’humour muet qu’ils y pratiquent fonctionne à merveille, j’aurais aimé qu’ils jouent plus cette carte-là.

Cirque Le Roux, Bobino
Cirque Le Roux ©Francesca Torracchi

          Et puis, tout change. Le décor reste le même, toujours aussi élégant (avec même une petite surprise que j’ai trouvée magnifique), mais d’un coup les acrobaties s’enchaînent, le rythme est plus soutenu et surtout, qu’est-ce que c’est beau ! On en prend plein la vue. Certaines acrobaties sont très impressionnantes. Le porteur du groupe m’a sidérée, j’ai rarement vu pareil colosse, et sa stature permet des choses assez osées. On a l’impression que rien ne peut l’ébranler, il ne tremble à peu près jamais (même si les pyramides humaines ne valent pas celles de la compagnie XY). En revanche, j’ai été scotchée par un numéro d’équilibres particulièrement poétique puis par la dynamique d’une chorégraphie à quatre où les acrobaties s’enchaînent sur un rythme effréné. Le spectacle se finit sur un numéro de mat très réussi. Si individuellement les artistes ne sont pas les meilleurs que j’ai vus dans la discipline, en groupe, ils font des merveilles. Ils signent tour à tour la descente la plus élégante qu’il m’ait été donné de voir, puis la plus impressionnante. Finalement, malgré un petit passage à vide, j’ai beaucoup aimé ce spectacle. J’ai rarement vu pareil sens de la mise en scène ! Je n’ai pas trop accroché avec l’humour de la partie plus théâtrale du début mais j’ai apprécié qu’il y ait un réel fil conducteur, qui fonctionne d’ailleurs très bien. Un spectacle très bien pensé qui manque un peu de rythme au début mais se rattrape largement sur la longueur. Des acrobaties impressionnantes dans un décor splendide : un spectacle qui malgré quelques défauts sort largement du lot. A découvrir absolument !

Cirque Le Roux Bobino affiche

Cirque Le Roux
The Elephant in the room

Bobino
14-20 rue de la Gaîté
75014 Paris

Du 28 septembre au 31 décembre 2016

De 23 à 53€ la place

Cinéma·Mes lectures·Série tv

Histoires de famille

Ah la famille ! Elle doit être après l’amour le sujet le plus couru des écrivains et cinéastes. Source d’inspiration inépuisable, pour le meilleur ou pour le pire. De l’amour à la haine, voici quelques histoires de famille dont je me suis délectée ces dernières semaines (voire ces derniers mois vu le retard dans mes chroniques) en films, livres ou séries, il y en a pour tous les goûts.

Béliers, de Grímur Hákonarson

Comédie dramatique islandaise avec Sigurður Sigurjónsson, Theodór Júlíusson, Charlotte Bøving
Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

BéliersDepuis quelques années déjà, je suis fascinée par l’Islande, ses paysages grandioses et son folklore à part. Et plus j’en apprends, pire c’est, il va falloir que je finisse par y aller. En attendant, j’essaie de m’intéresser un peu à la littérature et au cinéma du pays, même si jusqu’à présent les occasions n’ont pas été aussi fréquentes que je l’aurais souhaité. Il y a deux ans, j’étais tombée sous le charme de l’excellent La lettre à Helga. Quand j’ai entendu parler de ce film, j’espérais vraiment y retrouver le même univers avec la campagne islandaise, ses moutons et ses querelles intestines. Ca a plus ou moins été le cas. Je m’attendais à plus accrocher avec le paysage qui est ici assez terne. Pour le reste : deux frères qui ne se parlent plus et des histoires de moutons, c’est tout à fait ce qui était attendu. Il y a une certaine rudesse dans ce film très sobre. Elle tient sans doute tant au climat qu’au caractère de ses protagonistes. Pourtant, il est également loin d’être dénué de poésie, ni même d’humour. J’ai beaucoup aimé découvrir le quotidien assez atypique de ces deux éleveurs de moutons et j’ai trouvé que leur relation difficile sonnait très juste. Un film sensible et rude à la fois qui mérite d’être découvert.

Tempête, de Samuel Coollardey

Drame français avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne
A 36 ans, Dom est marin pêcheur en haute mer et ne rentre que quelques jours par mois à terre. En dépit de ses longues absences, il a la garde de ses deux enfants. Dom fait tout pour être un père à la hauteur. Il rêve même d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils.

TempêteTempête, c’est mon énorme coup de cœur ciné de début 2016. A vrai dire, ce film ne me tentait pas du tout. Ni le sujet intimiste, ni le fait qu’il s’agisse d’acteurs amateurs ne m’inspirait confiance. J’y suis allée un peu par dépit, et beaucoup parce que le monsieur à la caisse me l’a vendu avec force enthousiasme. Je ne le remercierai jamais assez tellement j’ai trouvé ce film beau. Le réalisateur a travaillé pendant un an avec un pêcheur et ils ont réfléchi ensemble à comment raconter son histoire. Il joue son propre rôle, avec toute sa famille. C’est à la fois un peu mis en scène et très proche de la réalité, ni fiction ni documentaire, un hybride intriguant. Au début j’ai trouvé que c’était un peu lent mais je suis rentrée dans l’histoire petit à petit. Les galères s’enchaînent et on s’attache terriblement à cette famille en pleine tempête. Le marin est taillé pour être acteur : quel charisme ! Il porte le film à lui seul, même si les autres sont loin de démériter. L’émotion est palpable de bout en bout alors qu’ils rejouent des moments difficile de leur vie, leur donnant une autre mesure. C’est absolument magnifique, le genre de film à vous réconcilier avec un cinéma intimiste à petit budget.

Ma critique complète est à découvrir ici.

Saint-Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Comédie dramatique franco-belge avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste
Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.

Saint-AmourA l’opposé de Tempête, il y a Saint-Amour, un des pires films vus en 2016 (avec celui dont je vous parle dans la foulée). A vrai dire, je comptais absolument pas le voir. Malheureusement, tête en l’air que je suis je me suis trompée de salle en voulant aller voir Ave, César ! et m’en suis rendu compte trop tard pour corriger mon erreur. J’étais prête à faire un effort pour profiter un minimum du film malgré tout mais franchement, j’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans. Je me suis ennuyée à périr et j’ai à peu près tout trouvé mauvais dans ce film au casting pourtant assez imposant (un peu trop justement). J’ai trouvé ça d’une lourdeur ! L’humour n’a absolument pas fait mouche, je n’ai pas souri une seule fois, et j’ai encore moins été touchée par cette relation père-fils pas très subtile. Bon, il faut dire aussi que les vaches je connais un peu et que le côté « paysan dur et tendre à la fois » ne m’apparaît pas comme très exotique. C’est déjà pas mal quand ça ne sombre pas dans la caricature franchement insultante (ce qui est ici limite le cas). Les problèmes relationnels des uns et des autres m’ont tapé sur le système et l’arrivée de Céline Salette – que pourtant j’adore – n’a rien arrangé à l’affaire, l’histoire tournant alors au grand n’importe quoi. Bref, un des pires films qu’il m’ait été donné de voir dernièrement.

L’avenir, de Mia Hansen-Løve

Drame franco-allemand avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka
Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme.

L'avenirTant qu’on en est aux ratés cinématographiques, parlons donc de L’avenir, film encensé par la critique et qui m’a agacée à un point assez extraordinaire. Dès les premières minutes j’ai senti qu’il y avait bien peu de chances que j’accroche avec cette histoire intello bien pensante. J’aime beaucoup Isabelle Huppert mais je l’avais rarement trouvée aussi maniérée. Je crois qu’il va me falloir un certain temps avant d’arriver à apprécier de nouveau ses performances d’actrice. Le sujet ne m’a pas intéressée le moins du monde. Deux profs de philo, à l’approche de la retraite et qui ont l’air de s’emmerder sérieusement. Bon, bon, bon, voilà quoi, c’est pas qu’on s’en fout mais… ah ben si, c’est exactement ça en fait ! Il la trompe, elle craque pour un jeunot qui a décidé d’aller faire du fromage de chèvre dans un trou paumé, ça aligne cliché sur cliché avec un aplomb déconcertant, rien ne nous est épargné. Visuellement, j’ai trouvé ça plat et sans grand intérêt. Je ne garde aucun souvenir de la musique, à part me semble-t-il un peu de classique par-ci par-là. C’est pompeux et le discours des personnages est absolument imbuvable. Ca pue la pédanterie de l’intello bourgeois parisien. De la même réalisatrice, j’avais détesté Un amour de jeunesse et j’ai retrouvé exactement les mêmes défauts. Des personnages antipathiques, une histoire convenue, un immense moment d’ennui et d’exaspération.

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari.
Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?

D'autres vies que la mienneJe n’avais jusque-là lu qu’un seul livre d’Emmanuel Carrère (Limonov) que j’avais beaucoup apprécié, j’avais donc hâte d’entamer celui-ci. Malheureusement j’ai été assez déçue. J’ai beaucoup aimé le début, la partie qui se passe en Thaïlande suite au tsunami. J’ai trouvé que ça posait des questions intéressantes et que l’effort d’honnêteté était des plus louables. Dommage que ça ne continue pas sur cette lancée. La partie plus axée sur la famille, beaucoup plus intime, m’a profondément ennuyée. Malheureusement elle représente la quasi-totalité du livre. Ce sont souvent des sujets qui m’inspirent assez peu et ça n’a pas vraiment fait exception à la règle. Même le style m’a moins emballée que ce que j’aurais cru. C’est très bien écrit pourtant mais j’y ai trouvé une certaine froideur qui m’a surprise étant donné le sujet (question d’éducation en l’occurrence je pense). Finalement mon intérêt s’est émoussé au fil de la lecture. J’ai trouvé que ce texte manquait d’unité, tant dans le style que dans le sujet du récit. Il y a toutefois quelques moments de grâce au milieu de ce texte assez inégal. Malgré certaines qualités, une lecture très mitigée et plutôt décevante.

Il y a, dit-il, deux espèces d’hommes: ceux qui font souvent le rêve de tomber dans le vide et puis les autres. Les seconds ont été portés, et bien portés, ils vivent sur la terre ferme, s’y meuvent avec confiance. Les premiers au contraire souffriront toute leur vie de vertige et d’angoisse, du sentiment de ne pas exister réellement.

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable.

Pardonnable impardonnableJe n’attendais pas grand chose de ce roman. Le titre ne m’inspirait pas outre mesure et je ne connaissais pas du tout l’auteur. Finalement, je m’y suis assez laissée prendre. Le style n’est pas exceptionnel mais il fait le boulot. C’est simple et plutôt efficace. Quant à l’histoire, bien que ce ne soit a priori pas trop mon genre (un peu trop intime à mon goût), j’ai pris beaucoup de plaisir à la découvrir. J’ai bien aimé l’alternance des points de vue et j’ai trouvé que les sentiments des uns et des autres étaient particulièrement bien décrits. On se retrouve forcément un peu dans au moins une de ces réactions très différentes face au drame qui touche cette famille. L’accident avec lequel commence cette histoire fait éclater cette famille en apparence sans histoires en faisant ressortir des secrets depuis longtemps enfouis. J’ai particulièrement apprécié la première partie, le moment où les tensions se nouent sans qu’on sache encore vraiment de quoi il retourne. La deuxième partie m’a moins emballée, ça va un peu loin je trouve et perd au passage en crédibilité. Heureusement, quand on arrive à ce moment-là de l’histoire, on est suffisamment curieux d’en savoir plus pour pardonner quelques imperfections. Sans être un grand roman, Pardonnable, impardonnable n’est pas dénué d’un certain charme.

J’ignorais, à l’époque, qu’il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie.

Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin

Sur une île méditerranéenne, trois pêcheurs d’une même famille affrontent le passé, les regrets et le silence : Valente Orozco, le père, incapable de se remettre de la mort de sa femme Rocio, Rafa, le grand-père, inflexible avec Valente, et Salvi, le fils, qui a quitté l’île pour fuir un métier ingrat et une société patriarcale.

Même les pêcheurs ont le mal de merUne deuxième histoire de mer et de famille et là encore, un énorme coup de cœur. J’aimais beaucoup le titre de ce roman, pour le reste, j’étais moins sure de moi. J’ai de suite beaucoup accroché avec le style. Il y a un côté un peu rude et en même temps une grande sensibilité. Le récit commence par les doutes d’un jeune homme qui a quitté son île et qui à la mort de son grand père se voit assailli par les regrets. Assez vite, on sent poindre des secrets de famille bien cachés même s’il est difficile de mettre le doigt dessus. On découvre par la suite que le roman se divise en 3 parties (arrêtez de lire si vous voulez garder la surprise, même si ça n’a rien d’indispensable) : la seconde est consacrée au père et la dernière au grand-père (je ne compte pas la dernière, qui fait office d’épilogue). On se rend compte peu à peu que chacun a connu des moments de doutes et a eu une vie qui ne lui correspondait sans doute pas. Une famille de taiseux, qui se ressemblent plus qu’il y paraît et n’ont jamais su se parler. C’est beau, c’est très beau, dur aussi parfois, terriblement juste et émouvant. Un énorme coup de cœur.

J’avais du respect pour eux, pour leur travail éreintant, pour cette existence de misère, mais je ne voulais pas de cette vie-là.

Shameless

Série, comédie dramatique américaine avec William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White
La famille Gallagher est pour le moins tourmentée. La mère, Monica, a abandonné ses enfants pour refaire sa vie avec une femme. Le père, Frank est alcoolique et complètement paumé. Pendant ce temps, Fiona, l’aînée, élève à 20 ans ses 5 frères et sœurs.

ShamelessShameless est le remake américain d’une série anglaise du même nom. Je n’ai pas vu la version anglaise (qui paraît-il est meilleure mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir) mais la version américaine me fait beaucoup rire. Sans parler d’une grande série, elle est pour le moins divertissante. Ca part dans tous les sens, parents, amis, voisins, tous ont des caractères très différents mais sont aussi ravagés les uns que les autres. On suit leurs très nombreux déboires avec une certaine délectation. Ca y va fort en rebondissements, et plus on avance dans les saisons, pire c’est ! Un joyeux bordel assez jouissif. Sexe, drogue et mauvais esprit à volonté. Du point de vue de la réalisation, rien de bien original, c’est assez classique. La bande son en revanche est assez réussie et donne pas mal de peps à l’ensemble. Le rythme est sans nul doute le point fort de cette série complètement déjantée. Les acteurs sont également très bien choisis. Si cette série ne sort pas du lot par sa profondeur ou son esthétique comme certaines de ses consœurs, elle fait le boulot et nous divertit depuis 6 saisons.

Spotless

Série, comédie, drame, thriller franco-britannique d’Ed McCardie et Corinne Marrinan avec Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison
Jean est un français installé à Londres, père de famille, il a monté une entreprise de nettoyage de scènes de crime. Quand son frère Martin débarque chez lui, il ne l’a pas vu depuis des années. Il ramène les problèmes avec lui.

SpotlessPas toujours simple de composer avec sa famille… Spotless en est le parfait exemple. Si la famille n’est pas tout à fait au centre de l’histoire, elle est le cœur du problème. Un frère complètement paumé qui débarque, quelques mauvaises décisions et notre père de famille discret se retrouve plongé dans l’univers du crime organisé. C’est à la fois sombre, caustique et complètement délirant. Cette série franco-britannique a pour elle un sujet original même si le développement est parfois un peu convenu. Le rythme est inégal, alternant entre des rebondissements farfelus et des moments plus intimes qui permettent aux personnages d’acquérir une certaine épaisseur. Sans être une grande série, elle se défend toutefois. Le mélange des genres fonctionne, on se laisse prendre au jeu de cette histoire improbable et on finit même par s’attacher un peu à ces personnages assez particuliers. C’est noir, c’est glauque, c’est drôle, et malgré quelques faiblesses ça fonctionne au final plutôt bien.

Un peu d’humour… en série toujours

Les séries humoristiques sur la famille fleurissent en ce moment. Parmi elles, About a boy, Casual ou encore Catastrophe. Je leur trouve pas mal de points communs : format court et famille déstructurée pour commencer. Elles s’avèrent toutes trois plutôt sympathiques sans arriver à convaincre vraiment. Les intentions de départ sont bonnes mais ça manque un peu de verve. About aboy, c’est l’histoire d’une mère célibataire hippie qui aménage avec son petit garçon assez spécial à côté de chez un musicien oisif. Les personnages sont caricaturaux, pourtant ils sont étrangement attachants et on se prend à sourire à cette amitié improbable. Casual, c’est une mère de famille fraîchement divorcée qui débarque avec sa fille adolescente chez son frère qui a créé un site de rencontres. Le point de départ est plutôt prometteur, les personnages sont sympathiques mais c’est trop sage et ça tourne un peu en rond dès la saison 2. Une rencontre, du sexe et une grossesse non désirée pour Catastrophe. Ca reste malheureusement assez prévisible et retombe assez vite dans la famille « classique » bien que quelque peu névrosée. Trois séries qui jouent un peu sur la même corde de la famille atypique et dysfonctionnelle, avec un résultat plutôt mitigée.

Théâtre

Peck-Balanchine à Bastille

          Dernier spectacle de la saison tous abonnements confondus. Cette année aura été difficile, j’ai raté beaucoup de choses même si j’ai réussi à refiler la plupart de mes places. Je n’ai pas vu beaucoup de pièces de théâtre, par contre côté ballet je ne me suis pas trop mal débrouillée. Ma culture en terme de danse est assez limitée et j’ai été très heureuse de découvrir de nouvelles choses. Je n’avais pas fait attention en prenant mon abonnement mais c’était très « Balanchine » cette année (mon avis ici et ). Même si c’est assez classique, j’ai dans l’ensemble beaucoup aimé ce qu’il fait. Je remarque d’ailleurs après 3 ans à me remettre un peu à m’intéresser au ballet que mes goûts évoluent peu à peu. Moi qui adorais le classique, je m’intéresse à des choses plus modernes.

Peck-Balanchine, Bastille, affiche

          Ce spectacle est découpé en deux parties. J’aime assez les ballets qui permettent de confronter des univers différents, même si le lien ne saute pas toujours au yeux quand on est novice en la matière. La première est signée Justin Peck. Je n’avais jamais rien vu de lui (pas que je sache en tout cas – je me rends compte en cherchant le lien vers mes anciens article que j’avais pourtant vu une petite chorégraphie de lui récemment que j’avais appréciée) mais il faut dire aussi que ce jeune américain est tout juste âgé de 29 ans. J’ai vraiment beaucoup aimé cette chorégraphie très intrigante. Les costumes sont vraiment superbes bien que plutôt sobres. Justaucorps noirs avec uniquement des coutures en couleur sur le haut et une bande sur le pantalon pour les hommes et pour les femmes, de longues robes fluides, noires également, mais avec un pan de tissus multicolore qui s’ouvre comme un éventail au moindre mouvement : simple mais magnifique, je rêverais d’avoir une robe pareille ! Tous les danseurs portent un genre de masque rond coloré sur le visage qui ne semble pas laisser la possibilité d’y voir quoi que ce soit. Assez perturbant mais plutôt esthétique. La chorégraphie – sur une musique de Poulenc, compositeur que j’aime beaucoup – s’inspire clairement du ballet classique mais lui apporte une bonne dose de liberté et de fraîcheur. Ce qui marque c’est la fluidité des mouvements, c’est élégant, harmonieux et plein de vivacité. J’aurais aimé que ça dure plus longtemps. Une très belle découverte que ce jeune chorégraphe talentueux ?

Justin Peck, Entre chien et loup
© Francette Levieux / OnP

          Après ce début sur les chapeaux de roues, j’ai eu plus de mal à revenir au classicisme de Balanchine. Les costumes signés Karl Lagerfield sont pourtant réussis. Les tutus gardent leur forme traditionnelle mais quelques touches de noir leur donnent un côté à la fois graphique et élégant. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec le style au début. C’est beau mais après une première partie très originale ça semble un peu soporifique. Il faut quand même admettre que c’est impeccable techniquement et incroyablement gracieux. Mais j’ai d’un coup compris ce que voulais dire Benjamin Millepied quand il disait que le ballet de l’Opéra de Paris était une excellente troupe de danse contemporaine mais moins convaincante en classique (incroyable hein ?!). Si les danseurs dégagent une énergie folle dans un répertoire contemporain, quand on repasse à des choses plus sages, on sent une certaine tension, ils semblent étrangement coincés. Il manque le petit plus qui vous prend aux tripes. Enfin, c’est quand même beau, très beau, dans le genre grands tutus, grands ensembles, sauts et portés. La musique romantique colle parfaitement à l’ensemble même si Brahms me touche moins que les romantiques russes. J’ai trouvé ça un peu long mais la dernière partie, avec ses costumes slaves, a été ma préférée, beaucoup plus enlevée, elle termine ce spectacle en beauté.

Geoge Balanchine, Quartet
© Francette Levieux / OnP

          Même si la deuxième moitié m’a moins emballée que la première que j’ai vraiment beaucoup aimée, ce spectacle a clôturé cette saison 2015/2016 en beauté. Je n’ai pas repris d’abonnement ballet pour la rentrée (ni de théâtre d’ailleurs, snif) faute de moyens et par peur que me santé m’empêche encore d’en profiter comme il se doit mais je le regrette déjà, ça va terriblement me manquer. Pareil pour le théâtre évidemment, j’ai le plus grand mal à m’en passer, j’espère que j’aurai quand même l’occasion d’y aller de temps en temps, c’est qu’on y prend goût à ces choses-là !

Expositions·Photo

Rouen impressionnée

          Pour sa 3° édition, Rouen Impressionnée invite des graffeurs du monde entier à redessiner le visage de la ville. L’exposition qui s’intègre au festival Normandie Impressionniste – dont les affiches pullulent dans Paris – propose 3 parcours dans différents quartiers de la ville. Il y aura en tout 25 œuvres monumentales inédites, certaines temporaires, d’autres amenées à rester. Des œuvres existantes ont également été intégrées à ces parcours avec des acteurs de la scène locale. Le parcours est conçu comme une exposition à l’échelle de la ville. Le commissaire d’expo, Olivier Landes, n’en est pas à son coup d’essai puisque c’est lui qui avait créé In situ au fort d’Aubervilliers. Au programme Bault, Brusk, Ramon Martins, Robert Proch, Satone et bien d’autres pour l’un des événements majeurs de l’art urbain en Europe en 2016.

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          Trois quartiers sont concernés par cet événement : le quartier des Sapins – qui est un quartier populaire sur les hauteurs de Rouen, le centre-ville et les docks. Dans le quartier des Sapins, la population a été consultée afin de savoir ce qu’elle attendait des fresques. Elles doivent représenter l’identité du quartier. Les fresques peuvent ainsi se lire comme une sorte de portrait chinois du quartier et de ses habitants. J’ai trouvé cet aspect du travail des artistes très intéressant : une part de social essentielle pour que leurs œuvres soient acceptées et s’intègrent à leur environnement. Le pari semble réussi puisque des jeunes se sont proposés spontanément pour organiser des visites guidées de leur quartier cet été.

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          Au centre-ville, le travail des artistes se fait plus discret. En effet, le centre de Rouen est classé et une contrainte chromatique a été imposée afin que les oeuvre ne tranchent pas trop dans ce quartier historique. Tout n’était pas encore en place au moment où j’y suis allée (il devrait notamment y avoir des choses à voir du côté de la gare) mais j’ai vu un beau collage et surtout une oeuvre monumentale sur la façade technique d’un cinéma. Le dégradé de couleurs et l’aspect abstrait du dessin sur une si grande surface sont tout bonnement fascinants. L’artiste joue avec les volumes de manière magistrale et sa peinture semble se fondre avec le ciel. C’est époustouflant, le gros coup de cœur de la journée.

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          Du côté des docks, la liberté était plus grande du fait de l’absence d’habitants. Les œuvres se font moins figuratives et on assiste à une véritable explosion de couleurs. La promenade le long de la Seine, en cours d’aménagement, est très agréable et permet de découvrir des styles de peinture éclectiques. La calamar géant est une oeuvre éphémère particulièrement impressionnante. Même si je n’ai pas tout aimé, j’ai également trouvé que la peinture des portes du musée maritime lui donnait un sacré cachet ! Le quartier est en plein mouvement et j’ai trouvé que ça participait à sa dynamique avec des choses moins sages, même si dans l’ensemble ça me correspond aussi un peu moins.

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          Tout n’était pas fini au moment de mon passage à Rouen mais j’ai trouvé le parcours vraiment sympa, avec des choses très différentes. Deux artistes travaillaient ce jour-là et j’ai beaucoup aimé voir comment ils bossaient, leurs inspirations, etc… On peut tout voir dans la journée – même si ça demande un peu d’organisation, ou décider de ne faire qu’une partie du parcours, ce qui à vrai dire serait un peu dommage vu le diversité qui est offerte. Des modules où seront réalisées des œuvres éphémères seront à voir tout l’été devant le musée des beaux-arts. Je m’y connais très peu en street-art mais j’ai aimé quasiment tout ce que j’ai vu et ça m’a donné envie de me pencher de plus près sur ce qui se faisait dans le domaine. Une belle exposition qui redessine le visage de la ville et permet de l’appréhender autrement.

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Rouen impressionnée

Du 2 juillet au 26 septembre 2016

Inauguration le 2 juillet dans le quartier des Sapins

Informations auprès de l’office de tourisme

25 place de la Cathédrale
76 000 ROUEN

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Théâtre

Culture : trois sorties pas toujours convaincantes

          Voici un article qui risque de s’avérer bien bref. En raison d’une fatigue prononcé et d’un problème de cheville qui n’en finit plus, j’ai vu assez peu de spectacles dernièrement (je n’en ai pas raté tant que ça non plus cela dit). Trois spectacles vus ces dernières semaines. J’ai dû me faire violence mais j’ai réussi à m’extraire de mon canapé et à ne pas abandonner mes abonnements à leur triste sort. Pour quel résultat ? Eh bien pas terrible du tout. Il y a des jours où on ferait clairement mieux de rester chez soi. Sur trois spectacles il y en a un que j’ai aimé mais dont je me souviens finalement assez peu (pour sa défense c’est sans doute plus dû à la piètre qualité de ma mémoire qu’à celle de la chorégraphie), un où j’ai dormi quasiment de bout en bout, et enfin un que j’ai détesté. Finalement des fois il vaut mieux rester chez soi avec un bon film ! Résumé donc en quelques lignes pour les curieux, avis à prendre comme vous l’aurez compris avec des pincettes.

Ratmansky / Balanchine / Robbins / Peck, à l’Opéra Garnier

 

          Un spectacle dont je ne sais pas trop quoi dire (heureusement que j’avais pris quelques notes…), c’est fâcheux. Je sais que dans l’ensemble j’avais beaucoup aimé et pourtant je ne me souviens de rien. Il faut dire que j’ai déjà vu des ballets de Balanchine et de Robbins cette année, je finis par confondre un peu avec ma mémoire à trous. Heureusement, les images du site de l’opéra m’ont un peu rafraîchi la mémoire. On peut dire que j’ai trouvé ces quatre chorégraphies plutôt classiques, même si on va vers un peu plus de modernité quand on passe de l’une à l’autre. Le tout est assez homogène, ce que j’ai apprécié : il n’y a pas vraiment de rupture dans le spectacle et on ressent le lien et les influences entre ces chorégraphes. Côté musique, le piano est à l’honneur, pour mon plus grand bonheur avec notamment Stravinsky et Chopin. C’est très beau. Les costumes sont minimalistes, des justaucorps aux teintes neutres. On n’en perçoit que mieux la grâce des danseurs. Petite préférence tout de même pour la chorégraphie de Peck qui joue sur la symétrie et des formes plus géométriques. Bien que ce n’ait pas été le spectacle le plus marquant de l’année, j’ai apprécié l’unité et la grâce qui se dégagent de ce ballet. 

In creases - Justin peck - Opéra Garnier

La Mer, d’Edward Bond,  à la Comédie Française

 

          Je ne connaissais pas du tout cette pièce, ni même son auteur, ce qui est finalement plutôt rare pour les pièces jouées salle Richelieu (la grande salle de la Comédie Française, réputée pour son absolu classicisme). Pour une fois, j’étais très en avance à ce spectacle après une journée agréable où le soleil avait enfin pointé le bout de son nez. A peine assise – à une place plus que médiocre soit dit en passant – j’ai senti les premiers signes de fatigue s’annoncer. Ca commence assez bien, avec un gros orage et des hommes perdus en mer en pleine tempête. On s’y croirait. J’ai trouvé la mise en scène très immersive assez fascinante. Tellement hypnotisant que je me suis endormie pour me réveiller une heure après. Jamais je n’avais fait pareille sieste au théâtre ! Je me suis donc réveillée aux 2/3 de la pièce en n’ayant aucune idée de ce qu’il se passait. Le marin du début avait péri noyé et les survivants (fiancée, tante, amis) s’écharpaient lors de l’enterrement dans une scène complètement improbable où une jeune femme fait des vocalises au milieu des pleurs. Difficile de vous parler d’une pièce que je n’ai pas vu mais ça m’est apparu comme un drame burlesque, mélange des plus improbable entre une histoire triste et un traitement comique. Je ne vous dirai pas si c’est réussi ou pas mais ça m’a intrigué et j’ai beaucoup aimé le décor. Le public quant à lui semblait mitigé. En tout cas les rires ont fusé plus d’une fois. Une pièce dont je n’ai pas profité mais qui m’a semblé plutôt loufoque malgré un sujet grave. A découvrir jusqu’au 15 juin.

La mer, Edward Bond, comédie française

Maguy Marin, Les applaudissements de se mangent pas, à l’Opéra Garnier

 

          Voilà un ballet qui m’intriguait assez. C’était la première fois qu’il était joué à l’Opéra Garnier et j’avais peu d’informations, ce qui n’a fait qu’exciter ma curiosité. Quelques vidéos de portés réalisés un peu partout dans l’Opéra m’avaient donné envie d’en voir plus. Le décor est très simple mais assez joli je trouve : un rideau fait de fines bandes multicolores entoure la scène – ça m’a fait penser au rideau qu’utilisait ma grand-mère l’été pour empêcher les mouches de rentrer mais je vous assure, j’ai bien aimé, c’est même ce que j’ai préféré dans ce spectacle. Pas de costumes mais ça ne m’a pas spécialement dérangée. Les danseurs sont dans des tenues « de ville » tout ce qu’il y a de plus classique. Jusque-là, ça va encore. Pour tout le reste, c’est bien simple, je n’ai rien aimé (et ça encore, c’est la version franchement sympa). J’ai absolument détesté la chorégraphie – ou plutôt devrais-je dire l’absence de chorégraphie ? Les danseurs courent dans tous les sens et tombent comme des mouches. Il y a bien quelques portés, mais s’ils semblent assez techniques, ils ont la grâce de pyramides humaines réalisées par une classe de 6° désabusée (notons toutefois que c’est plutôt photogénique). La musique quand à elle m’a fait penser le plus souvent à un énorme ampli mal réglé (chrrr, krrrr, iiiiiii…). Que du bonheur ! J’ai passé l’heure que dure le ballet à regarder ma montre et à lancer des coups d’oeil désespérés à mes voisins. Sans aucun doute ma plus grosse déception à ce jour en terme de ballet.

Maguy Marin, Les applaudissements ne se mangent pas, opéra Garnier
© Laurent Philippe / OnP