Théâtre

L’oubliée, un joli spectacle à La Villette

          Premier spectacle de Raphaëlle Boitel, venue du cirque, « L’oubliée » est conçue comme  » un conte onirique qui explore les errances de l’inconscient à travers trois destins de femmes ».

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© Frank Berglund

          Je vois assez peu de danse même si j’ai fait pas mal d’efforts cette année – et je vous préviens, vous allez en bouffer toute la saison prochaine parce que j’ai pris un abonnement des plus costauds ! Quand j’ai été invitée à la première de ce spectacle j’étais donc très contente de d’avoir l’occasion de découvrir quelque chose d’un peu plus contemporain que ce que je vais voir habituellement. En plus l’affiche était splendide, je ne pouvais qu’être ravie ! Pourtant, dans les faits, mon enthousiasme a été plus mitigé. Si je sais ce que j’ai réellement aimé dans ce spectacle, ce qui fait que ça n’a pas complètement fonctionné sur moi est un peu plus confus et mettre tout ça en ordre est un peu délicat. Je vais quand même essayer.

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© Vincent Beaume

          Commençons donc par le plus facile, les aspects positifs. Visuellement, ce spectacle est de toute beauté, avec un éclairage très travaillé et particulièrement réussi. La mise en scène joue beaucoup sur le clair/obscur et il y a des tableaux très artistiques que j’ai beaucoup appréciés. Ce qui m’a manqué, c’est un lien entre ces moments disparates. Au début du spectacle, la mise en scène et une voix off nous laissent supposer qu’on va suivre une histoire et si ça semble en effet être le cas au début, on en perd très vite le fil, ce qui assez déstabilisant. Je crois que j’aurais finalement préféré que les différents univers visuels soient clairement séparés plutôt que de chercher vainement un lien qui n’existe pas. D’ailleurs, il aura fallu que j’écrive cet article et aille chercher des infos sur le spectacle pour comprendre qu’il s’agissait de l’histoire de 3 femmes. J’ai vraiment eu le sentiment de passer totalement à côté de la trame de cette mise en scène.

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© Frank Berglund

          Ce qui dans la mise en scène fait office de lien entre les tableaux, ce sont les personnages qui courent constamment d’un bout à l’autre de la scène sans que j’aie jamais vraiment compris pourquoi. Je suppose que ça doit avoir une signification (la fuite ? la recherche effrénée de quelque chose ?) mais ça m’est assez vite sorti par les yeux. J’ai trouvé que ça avait un intérêt artistique pour le moins limité et que ça avait en plus tendance à détourner l’attention des choses autrement plus belles ou spectaculaires qui pouvaient se dérouler sur scène au même moment. Enfin, moi et mes lubies, vous savez : pas d’engueulades au cinéma, pas de gens qui courent dans tous les sens, je suis un peu obtuse parfois, je l’admets ! Le choix de la musique ne m’a toujours convaincue non plus, je l’ai souvent trouvée un peu répétitive et entêtante. Heureusement, il n’y a rien à redire sur les parties dansées, souvent très aériennes, et c’est tellement beau visuellement que ça compense tout de même certains défauts. Malgré certaines faiblesses et un manque d’unité, un spectacle visuellement irréprochable qui offre quelques très beaux moments.

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L’oubliée

Grande Halle de La Villette

Paris 19°

Jusqu’au 12 juillet

20€

Actualité·Culture en vrac

Que faire à Paris cette semaine ?

          A l’heure où les expositions ferment leurs portes les unes après les autres pour la période estivale et que les théâtres prennent pour la plupart le même chemin, il est temps de profiter des plaisirs éphémères qu’offre la capitale en été.

Cinéma : Cette semaine se tient le festival Paris Cinéma. Des films anciens aux avant-premières, le choix est vaste et les tarifs très attractifs. Vous avez jusqu’au 12 juillet pour en profiter (comment ça j’aurais pu vous en parler avant ?).

Théâtre : Le 14 juillet, la Comédie Française propose à 14h une représentation gratuite et sans réservation de Lucrèce Borgia. Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous en parler mais la pièce mérite le détour et ça me donne presque envie d’en profiter pour la revoir ! Je n’ai qu’un conseil : sautez sur l’occasion.

Expos : De nombreuses expositions ferment leurs portes dans les prochains jours, notamment celle sur Robert Mapplethorpe au Grand Palais, le 13 juillet. Les grands rendez-vous de la rentrée étant encore loin, faites le plein d’art pour tenir tout l’été. Pour le récapitulatif des expos du moment, c’est par-là.

Danse : Comme chaque année, le théâtre du Châtelet propose « Les étés de la danse », un rendez-vous incontournable pour les amateurs de la discipline. Ca commence demain, avec 18 représentations jusqu’au 26 juillet. Programme et réservations ici.

Loisirs : La fête des Tuileries a rouvert ses portes le 28 juin dernier et accueillera les petits et les grands jusqu’au 24 août. Des attractions pour tous les goûts en plein cœur de Paris !

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Expositions·Photo

Les photographies de Peter Knapp s’exposent au château de Pommard

          Peter Knapp est un artiste complet qui a connu le succès grâce à ses photographies. Il a tout particulièrement travaillé dans le domaine de la mode avec des collaborations prestigieuses comme le magazine Elle ou le couturier Courrèges. Un travail novateur et varié qu’il poursuit aujourd’hui encore et dont le Château de Pommard propose de découvrir l’un des nombreux aspects.

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          Il y a peu, j’ai été invitée à passer une journée au château de Pommard à l’occasion de vernissage de l’exposition Peter Knapp. Une journée exceptionnelle dans un lieu magnifique dont je vous reparlerai. Le domaine a été racheté il y a 10 ans par Maurice Giraud et pour fêter ça, 10 événements sont prévus cet été. Parmi eux, une exposition des photographies de Peter Knapp sur la vigne. Je dois avouer qu’avant cette invitation, je ne connaissais pas Peter Knapp. Du moins c’est que je croyais car après quelques recherches j’ai découvert que je connaissais nombreux de ses clichés !

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          Peter Knapp est un artiste suisse né en 1931. Il a commencé la photographies en 1945, même s’il a toujours été plus attiré par la peinture. Il s’est installé à Paris dans les années 50 pour poursuivre sa formation et est devenu le directeur artistique des Galeries Lafayettes, puis de Elle. Il a changé le regard porté sur la mode en prenant ses mannequins en mouvement, il a notamment beaucoup travaillé avec le créateur Courrèges. Son travail est très varié et il a été reconnu aussi bien pour son travail photographique que pour ses films et court-métrages. Outre ses photographies de mode, il a également fait des séries sur le ciel bleu, contre le racisme et, ce qui nous intéresse aujourd’hui, avec des ceps de vigne.

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          Ce fut vraiment une très belle rencontre. Peter Knapp a passé la journée à nos côtés et j’ai découvert un homme charmant qui partage avec plaisir autour de son travail. J’avoue que je regrette de ne pas en avoir profité plus de questions mais bon, on ne se refait pas et il me faut toujours un peu de temps pour aller vers les autres. Nous avons toutefois pas mal échangé, ce qui a grandement contribué au succès de cette journée. Si je connaissais quelques unes de ses photographies de mode, j’ai été très heureuse de découvrir le reste de son travail. En introduction à l’exposition, on nous a un peu parlé de sa vie, mais également de ses travaux antérieurs avec notamment une très belle série consacrée au ciel bleu.

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          Les photographies consacrées à la vigne sont particulièrement belles. Il y a souvent un côté très graphique dans ses clichés. On retrouve cet aspect-là dans les photographies de ceps de vignes lancés en l’air sur un ciel très bleu. Le contraste est très marqué et met bien en avant le bois qui prend un aspect très différent, presque irréel. Les ceps de vignes prennent des airs de bonhommes dansants assez intéressants. Les photographies sur les outils nécessaires au travail de la vigne sont plus classiques mais particulièrement belles. On regrette qu’il n’y ait pas plus de clichés exposés mais c’est une très belle initiation au magnifique travail de Peter Knapp que nous propose le Château de Pommard.

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Exposition Peter Knapp

Jusqu’au 24 août

Château de Pommard

15 rue Marey-Monge

21 630 Pommard

Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h30

Théâtre

Le misanthrope : Molière à son meilleur à la Comédie Française

          Alceste est un homme intransigeant qui aime Célimène, veuve depuis peu et éprise de liberté. Il demande à la jeune femme de choisir entre son amour pour lui et celui qu’elle semble porter à deux petits marquis qui lui font la cour. Pendant ce temps, il ne manque pas de reprocher à son ami Philinte  ses complaisances vis-à-vis de la société. 

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          Je n’ai jamais été une inconditionnelle de Molière, loin s’en faut, mais cette pièce est une des rares que j’apprécie dans son répertoire. Je sais, c’est la honte de ne pas aimer Molière, surtout quand on a fait des études de lettres (ça complique les choses, je vous le dis !) mais si je reconnais l’intérêt de ses textes et leur aspect social passionnant, j’ai généralement beaucoup de mal à accrocher avec son humour, ce qui gâche totalement mon plaisir. Mais Le Misanthrope échappe à cette règle. Une pièce pleine de finesse et dont le personnage me parle particulièrement. Quand j’ai vu qu’elle passait à la Comédie Française, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai découvert plus tard par hasard que Loïc Corbery, découvert dans Pas son genretiendrait le rôle principal. J’avais donc hâte de le découvrir sur scène.

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          Au théâtre plus encore qu’au cinéma, la première impression est à mes yeux essentielle. Elle préfigure souvent de ce que sera le spectacle. Et là, dès le début, j’ai su que j’allais aimer cette pièce. Elle démarre le rideau levé, avec Loïc Corbery déjà en scène et un décor assez simple mais efficace. Le jeu d’acteur est particulièrement convaincant et fait tout le charme de cette mise en scène réussie. J’ai cru à un moment que les choses allaient se compliquer, en effet, j’ai eu le plus grand mal avec la voix des actrices. Elles n’y peuvent rien les pauvres, cela n’a rien à voir avec la qualité de leur jeu, mais je me suis rendu compte à cette occasion à quel point la voix pouvait être essentielle au théâtre. Fort heureusement, pour l’une, j’ai fini par m’habituer, notamment grâce à la qualité de son jeu, et l’autre avait assez peu de texte, ça n’a donc eu que peu d’incidence sur mon appréciation de ce spectacle.

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          En revanche, du côté des hommes, j’ai trouvé la prestation vraiment exceptionnelle. Je n’avais jamais vu Loïc Corbery sur scène et je l’ai trouvé presque aussi bon que lorsque je l’ai découvert au cinéma, ce qui n’est pas peu dire. Il incarne son personnage avec beaucoup de force et de conviction. A tel point que certains passages semblent légèrement surjoués, défaut qu’on retrouve dans nombre des pièces que j’ai vues à la Comédie Française. Toutefois, ça reste très ponctuel et l’ensemble est très juste. Il a une présence sur scène absolument incroyable et tout à fait fascinante. Quand à Eric Ruf, il est tout simplement parfait, comme d’habitude. Chaque fois que je le vois sur scène, mon admiration pour ce comédien se confirme. Il est toujours d’une incroyable justesse et insuffle une force de vie incroyable aux personnes qu’il incarne.

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           La mise en scène est assez simple mais fonctionne très bien. Le personnage du misanthrope semble être dans une fuite constante, courant d’un bout à l’autre de la pièce, y entrant et en sortant constamment. Cela renforce l’idée qu’il veut échapper à ses semblables et vient appuyer le propos porté par le texte. Le texte est d’ailleurs très bien mis en valeur par la diction claire et précise des acteurs qui nous permet d’en apprécier toute la subtilité. Loïc Corbéry parvient à donner un sérieux extrême à son personnage qui le rend presque tragique et vient encore renforcer son caractère excessif et touchant à la fois. La force de cette pièce tient sans doute aussi dans le fait qu’on se retrouve tous un peu dans l’un ou l’autre des personnages et qu’elle n’a absolument pas vieilli. Sa modernité est frappante et m’a réellement impressionnée. Un très beau texte servi par une mise en scène efficace et un excellent jeu d’acteurs. Une pièce comme on aimerait en voir plus souvent.

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Le Misanthrope de Molière

Mise en scène par Clément Hervieu-Léger, avec :

Comédie Française – Salle Richelieu

Place Colette – 75001 Paris

Jusqu’au 17 juillet

à partir de 13 €

Musique·Théâtre

The King and I, magnifique comédie musicale au théâtre du Châtelet

          Anna, jeune veuve galloise, se rend au Siam avec son fils pour faire classe aux nombreux enfants du roi ainsi qu’à ses favorites. Tous deux dotés d’une forte personnalité et issus de cultures pour le moins différentes, le roi et elle vont avoir bien du mal à se comprendre et à trouver un terrain d’entente. 

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          J’avais choisi cette pièce car j’adore Lambert Wilson, que je n’avais jamais eu l’occasion de voir sur scène, et qu’il tient ici le rôle du roi. Je ne pouvais pas rater ça ! Pourtant, n’étant pas très férue de comédies musicales j’avais un peu peur de ne guère apprécier le spectacle. Je dois avouer que je craignais un peu le pire, d’autan plus que les que les critiques que j’en avais lu n’étaient pas très enthousiastes. Je me demande bien pourquoi… Dès les premières minutes, j’ai été complètement rassurée et très vite, je suis totalement rentrée dans ce spectacle saisissant. Je dois avouer que je ne vois absolument à y redire, tout m’a semblé absolument parfait de bout en bout ! L’histoire, tirée d’un fait réel, n’est pas très complexe mais il y a de l’humour, de l’amour et on ne tombe pas dans la mièvrerie, ça fonctionne très bien et on suit les déboires des protagonistes avec plaisir.

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          Les décors sont très impressionnants. J’ai toujours beaucoup aimé les mises en scènes classiques avec leurs riches décors et leurs costumes imposants : j’ai été servie ! Le rideau se lève sur le pont d’un bateau, nous sommes ensuite transportés dans le palais, la salle de classe ou même dans un théâtre. Des nombreux changements de décors, toujours très bien menés, que j’ai vraiment appréciés. Moi qui craignait un peu de ne pas trop aimer les parties chantées, je les ai trouvées très réussies. La musique est très réussies et les acteurs sont pour la plupart d’excellents chanteurs, ce qui donne beaucoup de charme au spectacle. Mais ce que j’ai aimé par dessus tout, ce sont les somptueux costumes ! Ils sont plus beaux les uns que les autres et m’ont fait voyager.

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          Il y a également des parties dansées dans cette comédie musicale décidément très complète ! Il y a notamment un passage plein d’inventivité et de toute beauté qui m’a laissée sans voix. Malgré les 3h15 du spectacle et la fatigue après une grosse journée, je n’ai pas vu le temps passer. Tout est parfait de bout en bout et on en prend plein la vue. Vous l’aurez compris, j’ai tout aimé dans ce spectacle ! La salle était loin d’être pleine, je n’ai qu’un conseil, courez-y ! C’est certes un peu cher mais il est tellement rare de voir des mises en scène de cette qualité que ça vaut grandement le coup. Un spectacle vraiment magique qui vend du rêve de bout en bout : tout simplement féerique.

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The King and I (Le Roi et Moi)

Théâtre du Châtelet

Place du Châtelet

75004 Paris

Jusqu’au 29 juin