Dans un monde couvert de glace, le savant Salpatrès veut convaincre ses contemporains de sa théorie : tout converge vers un même point, sorte de trou noir qui nous aspirera tous. Son amour pour Léda l’empêchera-t-il de repartir en expédition à la recherche du bout du monde ?
Cette BD me tentait bien. Le titre est plein de promesses quoique mystérieux et surtout, le dessin me plaisait beaucoup. L’univers graphique est assez singulier, dans des teintes froides avec un trait un peu vaporeux pour un résultat pour le moins poétique. L’histoire quant à elle est pour le moins déroutante ! Trois savant perdus dans la glace, un homme gelé, des théories étranges et une très belle femme au bord de la folie. Autant vous dire qu’on nage en eaux troubles !
Moi qui ne suis pas très portée sur le fantastique et le côté mystique, j’ai parfois été un peu perdue dans ce monde un peu particulier. J’ai beaucoup apprécié l’originalité du propos et la beauté du dessin mais je dois avouer ne pas être sure d’avoir bien tout compris… Est-ce important me direz-vous ? Eh bien je n’en ai pas la moindre idée ! Moi qui aime plutôt les choses bien tranchées, j’ai été un peu déstabilisée par cet univers vaporeux. Une lecture surprenante mais qui reste agréable et sort de l’ordinaire.
Andréï Makine consacre une biographie à son ami le lieutenant Schreiber, ancien militaire et héros de la Résistance au passé passionnant et méconnu. Un livre pour faire connaître son histoire afin qu’on ne l’oublie pas.
Certains le savent déjà, je suis une inconditionnelle d’Andréï Makine qui est un de mes auteurs contemporains favoris. Lorsque j’ai vu son nouveau livre en librairie, je n’ai donc même pas regardé de quoi il retournait et me suis littéralement jetée dessus ! Je dois avouer avoir été déçue en constatant qu’il s’agissait d’une biographie. Celle qu’il a consacrée à Catherine II de Russie était certes passionnante mais un rien romancée, ce qui n’était pas pour me déplaire. Ici, c’est à une biographie plus classique que nous avons affaire. Plus austère aussi. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce texte moins littéraire que ceux auxquels nous a habitué l’auteur.
Fort heureusement, l’histoire a de quoi captiver. Le lieutenant Shcreiber est un sacré personnage. Il raconte son passé de résistant avec une modestie surprenante. On a beau avoir beaucoup entendu parler de la guerre, celle qu’il raconte est plus intime, elle semble plus concrète aussi. Il raconte également la tristesse de voir se passé oublier, de constater qu’on ne reconnaît plus sur les photographies les jeunes gens qui ont combattu près de lui, que les noms, comme la mémoire, s’effacent. Si le style d’Andréï Makine ne parvient pas ici à prendre toute son ampleur, une petite histoire dans la grande aussi intéressante que touchante.
Il faut tout simplement aimer le pays qui nous a donné l’hospitalité et, pour cela, il n’est pas inutile de se débarrasser de quelques oripeaux -confessionnels, coutumiers ou autres – qui rendent plus malaisée cette généreuse hospitalité.
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Personne ne lui avait expliqué que le monde poursuivait son train-train après le départ du soldat.
Maurice perd la mémoire. Nathalie, auxiliaire de vie, qui voudrait qu’il raconte ses souvenirs. Alors il ressort des placards un vieux journal intime de sa sœur, Diane, écrit en 1940. Sans se parler, ils vont apprendre à se découvrir à travers les souvenirs d’une autre. Entre passé et présent, ils vont peu à peu s’apprivoiser.
J’ai reçu ce livre grâce aux Nouveaux Talents que je remercie. J’étais assez tentée par ce roman qui traite la Seconde Guerre mondiale sur un ton léger. Pourtant j’ai vite compris que je n’allais pas accrocher avec ce roman. En effet, je n’ai pas du tout aimé l’écriture. Le style se veut léger, je l’ai surtout trouvé convenu et insipide. Quant à l’histoire, elle aurait pu être intéressante mais elle sonne creux, tout comme les personnages, pour le moins artificiels. J’ai tout de même continué ma lecture, me disant qu’elle prendrait surement en profondeur au fur et à mesure, quand Maurice et Nathalie commencent à se connaître d’une part, et de l’autre, quand en pleine guerre, une famille isolée rencontre quatre parisiens en fuite. Mais non, la magie n’a jamais opéré. Je me suis ennuyée ferme et je n’ai trouvé à peu près aucun intérêt à ce roman qui avait pourtant éveillé ma curiosité.
Je l’imaginais snob, il me croyait illettrée. Idéal pour nouer le dialogue.
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Le cœur, c’est bien le grenier des souvenirs, non ? Faut faire du tri quand ça affiche complet.
« Devant les coups du sort il n’y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l’on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s’abandonne à vivre. C’est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit. »
Je vous livre la quatrième de couverture tel quelle ; je ne l’aurais pas mieux dit ! Pour une fois qu’elle est réussie… Vous le savez peut-être, j’étais tombée littéralement amoureuse de Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie. Le Petit traité sur l’immensité du monde m’était quand à lui tombé des mains, j’en venais à me demander comment le même homme avait pu écrire deux textes si différents. Il parle de lui dans les deux, de ses voyages, et pourtant l’un me sortait par les yeux quand j’étais fascinée par l’autre. Vraiment étrange. J’ai donc lu ses nouvelles Une vie à coucher dehors. J’ai trouvé que ça ressemblait à du London, ni plus ni moins, soit rien moins que l’un de mes auteurs préférés ! J’ai donc remisé mon expérience malheureuse dans un coin de ma mémoire pour devenir une inconditionnelle des aventures de ce voyageur intarissable. Si rares sont les auteurs vivants qu’on a que l’on peut admirer !
Quand je suis allée à la librairie début janvier sans rien avoir suivi de la rentrée et que j’ai vu côte à côte un livre d’Andréï Makine et des nouvelles de Sylvain Tesson, j’ai frôlé la syncope (et encore je n’avais pas vu Mingarelli sur la table à côté…). Tant de joie d’un coup, c’était à peine croyable. Vous pensez bien que je me suis jetée dessus comme s’il n’y avait pas déjà une centaine de livres qui sommeillent sur mes rayonnages (un détail). Et quand la libraire m’a appris que Sylvain Tesson lui-même serait là quelques jours plus tard, mon bonheur fut à son comble ! Evidemment, j’ai assisté à cette rencontre. L’auteur n’est pas réputé pour son assurance devant la foule. Pourtant, son discours était passionnant et empreint d’un humour que je ne lui soupçonnais pas (pas à ce point en tout cas) et m’a ravie. Que dire sinon que sa culture étonne autant que ses saillies grinçantes ? L’écouter fut un réel plaisir et ne fait que renforcer mon admiration pour cet homme étonnant.
Après cette longue digression, venons-en au cœur du sujet : ses nouvelles. Si Une vie à coucher dehors avait pour thème central les grands espaces (comme son nom l’indique un peu), ici, ce sont à des nouvelles plutôt citadines que nous avons affaire. Si certaines se passent en extérieur, la plupart ont Paris ou d’autres grandes villes pour décor. Je dois avouer que je préfère qu’on me décrive la traversée d’une immensité gelée à une rencontre sur les quais de Seine. L’amour a aussi plus de place dans ce recueil, même s’il est souvent déçu ; là encore, on s’éloigne un peu de mes préoccupations premières. Mais bon, la plume de Sylvain Tesson reste égale à elle-même ; ses textes recèlent à la fois de la force et une certaine poésie, le tout teinté d’une ironie parfois cruelle qui n’est pas pour me déplaire. J’aime ce style si particulier qui lui est propre et s’affirme de livre en livre. Si ces nouvelles m’ont semblé dans l’ensemble moins fortes que son recueil précédent, elle n’en demeurent pas moins une très bonne lecture qui ne manquera pas de laisser quelques traces.
– L’amour, c’est se rencontrer, se dissoudre, disparaître.
– Tu arrêtes, chéri, avec tes aphorismes de paquet de lessive ?
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Je n’ai pas de téléphone portable car je trouve d’une insondable goujaterie d’appeler quelqu’un sans lui en demander au préalable l’autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au « drelin » du premier venu. Les gens sont si empressés de briser nos silences…J’aime Degas,lançant « c’est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique. » Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre.
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Il retenait tout, elle s’efforçait d’oublier. Il savait relier ,elle savait regarder. Il cherchait des références, elle ne croyait qu’à l’inédit. Il était myope. Elle haïssait les taupes.
Et pour les curieux, découvrez le Paris de Sylvain Tesson ici. Une interview passionnante sur BMF.
Pico Bogue revient pour un deuxième tome de ses aventures. Toujours aussi espiègle, ce petit garçon aussi impertinent qu’attachant continue à se poser maintes questions sur le sens de la vie. Une curiosité qui dépasse parfois un peu ses pauvres parents…
J’avais adoré le premier tome de Pico Bogue et j’avais réellement hâte de lire la suite de ses aventures ! On retrouve tout à fait l’univers de la précédente BD, le même humour et la même tendresse. Les dessins d’Alexis Dormal sont pleins de poésie et les textes de Dominique Roques ne manquent pas de finesse. Les situations sont toujours très bien croquées et ne manquent pas de faire sourire même les cœurs les plus endurcis.
Même s’il possède dans l’ensemble les mêmes qualités, j’ai peut-être un peu moins aimé ce tome que le premier. J’avais énormément ri avec La vie et moi, où beaucoup de situations m’avaient touchée. J’ai eu l’impression qu’il y en avaient un peu moins dans celui-ci qui faisaient mouche, bien que la plupart fonctionnent très bien. Mais il faut dire aussi qu’avec un second tome, on a toujours le plaisir de la découverte en moins.
Je crois qu’on en est à présent au tome 5 des aventures de Pico. Il me tarde de lire la suite car cette série reste sans nul doute un de mes grands coups de cœur BD. Un grand bol d’air frais et de bonne humeur que j’ai envie de faire partager autour de moi. Ces livres à l’univers à la fois tendre et drôle qui ne manque pas de finesse raviront les enfants autant que leurs parents.