Mary Shelley et Frankenstein

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Mary Shelley

          Drame historique britannique de Haifaa Al Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge

          En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Affiche du film Mary Shelley

          Je suis assez mitigée sur ce film et ne sais pas trop que penser. J’étais curieuse de le découvrir, ayant lu Frankenstein adolescente et ignorant à peu près tout de son autrice. J’aime généralement les biopics d’auteurs, j’étais donc très curieuse. Je dois avouer que j’ai été assez impressionnée dans l’ensemble par les choix de vie de Mary Shelley, fort peu conventionnels. Et encore le mot est faible, ils étaient tout bonnement scandaleux pour l’époque ! Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur elle, elle semblait assez peu soucieuse des convenances, ce qui attire toujours ma sympathie et m’impressionne assez fortement.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malheureusement j’ai eu l’impression que le film fournissait une version de sa vie très partiale. Il semblerait que sa relation avec Shelley ait été certes tumultueuse mais surtout assez libre. Dans le film, elle est présentée comme subissant constamment cette relation et comme particulièrement malheureuse du comportement de son amant. Je soupçonne vaguement que la réalité a dû être plus nuancée et plus complexe. L’image de cruche pétrie de romantisme me semble assez mal coller avec les faits, d’où une impression très bizarre durant tout le film d’un personnage dont la psychologie ne collerait jamais avec les actes. On espère un personnage féminin fort et indépendant – ce qu’était a priori Mary Shelley – et on se retrouve dans le schéma de la fille délaissée qui chouine pour obtenir des miettes de l’attention de son amant. Cette vision simpliste des choses m’a révoltée. Ne peut-on pas imaginer que si elle a choisi de s’enfuir en dépit des convenances, de parcourir l’Europe avec son amant et de traîner ses guêtres avec des esprits aussi libres que le fût Lord Byron, malgré les difficultés que cela a pu comporter, elle y trouvait un minimum son compte, au moins d’un point de vue intellectuel ?

Image du film Mary Shelley

          C’était pour l’aspect purement historique et psychologique (un petit tour sur internet m’aura appris par la suite qu’en effet, de nombreuses libertés ont été prises avec la vérité et qu’il y a beaucoup de raccourcis dans cette histoire – probablement beaucoup trop même pour se faire une idée de l’incroyable personnalité de la jeune femme). Malheureusement, la réalisation n’arrange pas les choses. C’est terriblement convenu ! C’est assez plat et très très classique. Ce que j’ai trouvé dommage pour parler de gens au mode de vie si débridé. Ca ne leur rend vraiment pas hommage. Que ce soit sur la forme où sur le fond, le film ne parvient pas à se dépêtrer des codes qu’il devrait pourtant briser. En bref, on s’ennuie un peu. La musique ne m’a guère convaincue (comme toujours me direz-vous), quant aux acteurs, je reste là aussi assez dubitative. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont mauvais mais la nuance n’est pas forcément au rendez-vous. M. Shelley semble incapable de montrer le moindre sentiment quand Mme semble incapable de la moindre fougue.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malgré un nombre de défauts assez incroyables pour ce film, il n’est pas aussi soporifique qu’on pourrait le craindre. Bien qu’édulcorée, l’histoire n’en demeure pas moins intéressante et pleine de rebondissements. Si les personnages ont été revus pour coller mieux à l’inconscient collectif pour une raison qui continue à m’échapper (monsieur est un connard, madame une pauvre fille qui s’est fait avoir), ils n’en demeurent pas moins assez intéressants si on essaie de combler les lacunes béantes laissées par l’écriture. L’aspect féministe dont on parlait tant au sujet de ce film m’a échappé. L’idée est bien présente au début dans le ton larmoyant brouille franchement les pistes. Bien que la notion de féminisme soit sans cesse soulignée avec un total manque de subtilité, je n’ai pas vraiment trouvé qu’elle soit particulièrement mise en avant dans l’écriture.

Image extraite du film Mary Shelley

          Il y a toutefois une chose que j’ai particulièrement appréciée dans ce film : il m’a donné terriblement envie de relire Frankenstein dont il éclaire l’écriture d’un jour nouveau. La genèse de la création est absolument passionnante. Ca tombe bien, elle est le fil rouge du film ! C’est de très loin l’aspect le plus réussi, même si là encore, après quelques recherches, de grandes libertés ont été prises avec les faits, à la fois pour simplifier et pour plus de drama (comme s’il n’y en avait pas eu assez dans la vue de cette femme !). Le résultat est toutefois là : si j’ai trouvé pas mal de défauts à ce film, très moyen quant à la réalisation et qui m’a laissé de gros doute quant à l’honnêteté intellectuelle du fond, il m’a donné envie de relire Frankenstein et de me pencher de plus près sur la vie de son auteur (avec une vraie biographie bien austère s’il le faut). Il a attisé ma curiosité, et rien que pour ça, ça valait le coup.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

          Victor Frankenstein, scientifique genevois, est recueilli sur la banquise par un équipage faisant route vers le Pôle Nord. Très tourmenté, il livre son histoire au capitaine du bateau : quelque temps auparavant, il est parvenu à donner la vie à une créature surhumaine. Mais celle-ci sème bientôt la terreur autour d’elle…

          Et dooooonc… puisque j’en crevais d’envie et que je voyais tout à coup sa création sous un jour nouveau, je me suis empressée de relire Frankenstein. En fouillant ma bibliothèque, je me suis aperçue qu’à 12 ou 13 ans (voire même avant ? impossible de me rappeler !) j’avais lu la version abrégée. Je me suis donc procuré la version « normale » pour cette relecture. J’ai voulu me procurer une version bilingue pour essayer de le lire en anglais mais la mise en page était super mal foutue. De toute façon vu le niveau de langue en français, en anglais je n’aurais pas compris un traître mot ! Pas de regrets donc. Enfin pas trop en tout cas.

Couverture de Frankenstein

          J’avais beaucoup aimé cette lecture étant adolescente, je l’avais trouvé exaltante, j’avais compati à la solitude du monstre autant qu’à la frayeur de son créateur. Après avoir vu le film, je m’attendais à retrouver toutes ces émotions, en ayant en plus les clefs nécessaires pour mieux les analyser, c’était si prometteur. C’est donc le moment de vous dire que j’ai détesté. J’ai trouvé ce bouquin absolument imbuvable de bout en bout. Le point positif ? le style ! Sans hésiter, c’est beau, mais que c’est beau… On ne croise clairement pas une plume pareille tous les jours, stylistiquement, c’est splendide (et pourtant, j’ai quelques doutes sur la qualité de la traduction de l’époque). Le problème ? Tout le reste.

          Les personnages sont caricaturaux. Ils sont tous beaux, brillants et gentils. Sauf le monstre qui devient méchant parce qu’il n’a pas eu d’amour mais il fallait bien un contre exemple sinon il n’y aurait pas d’histoire. Par contre je trouve qu’il apprend foutrement vite. Je n’ai jamais essayé d’assembler des membres privés de vie dans ma chambre pour m’en faire un copain mais quelque chose me dit qu’il y aurait bien peu de chances que ça devienne un esprit aussi brillant – mais aussi torturé, peut-être bien en revanche. Tous les personnages sans exceptions sont imbus d’eux-mêmes, narcissiques à souhaits et ne semblent s’intéresser qu’à leur petite existence et éventuellement celle de leurs proches quand ils lèvent les yeux 2 secondes pour arrêter de se regarder le nombril. Ils passent alors leur temps à se congratuler mutuellement. Charmant tableau.

Frankenstein's_monster_(Boris_Karloff)

          Ca blablate, ça blablate, tout le monde s’entre-félicite et le roman est terriblement long à en venir aux faits. Vraiment très très très long… J’ai continué ma lecture, attendant avec impatience l’incroyable tirade du monstre. Mais bon, finalement il ressemble à son maître : il s’extasie de sa propre intelligence et chouine quand ça ne va pas comme il veut. Certes, lui au moins a de bonnes raisons mais ça ne le rend pas beaucoup plus sympathiques. C’est presque un exploit finalement, j’ai détesté tous les personnages de ce roman. Sauf le bon copain, lui il est potable, juste un peu con et très mal entouré. Je veux bien croire que c’est sa solitude qui a valu à Mary Shelley d’écrire ça mais son entourage d’intellos ravagés par l’alcool a visiblement bien déteint sur les personnages quand même ce qui nuit fortement à la tension dramatique.

          Pas simple d’apprécier ce texte si on n’est pas un fanatique de romantisme débridé, sauf si on est encore jeune et idéaliste puisque ça semblait fonctionner sur moi quand j’étais pré-ado et qu’après avoir mené ma petite enquête, je ne suis pas la seule à avoir ressenti ce texte très différemment à l’âge adulte. Les amateurs de lyrisme pourraient également y trouver leur compte parce que le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne fait pas dans la dentelle de ce côté-là (mais bordel que c’est beau – insupportable mais beau). Grosse déception que ce Frankenstein malgré une plume splendide. En revanche, ça ne m’a pas fait passer l’envie de me pencher de plus près sur la vie de Mary Shelley.

Portrait de Mary Shelley

Les travaux des hommes de génie, même poursuivis dans de fausses directions, ne manquent presque jamais de se révéler, en fin de compte, nettement bénéfique au genre humain.

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Si je suis méchant, c’est que je suis malheureux. Ne suis-je pas repoussé et haï par tous les hommes ? Toi, mon créateur, tu voudrais me lacérer et triompher de moi ; souviens-t’en et dis-moi pourquoi il me faudrait avoir davantage pitié de l’homme qu’il n’a pitié de moi ?

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