Trois romans sur la famille

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Notre famille, Akhil Sharma

          Quand ma libraire m’a proposé ce livre, j’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, même si l’immigration et la famille sont toujours des thèmes porteurs. J’aime bien quand les auteurs racontent leur histoire personnelle, avec une préférence pour ceux qui le fond avec recul et humour. Je ne sais pas pourquoi, j’espérais un peu retrouver un ton à la Augusten Burroughs, pour lequel j’avais eu un énorme coup de cœur. Bon, sans grande surprise, je n’ai pas trouvé le même humour décapant dans ce roman mais j’ai quand même beaucoup apprécié cette lecture. L’histoire de l’auteur est pour le moins romanesque. Son frère est resté handicapé suite à un accident et il nous raconte les événements à travers ses yeux d’enfants. Le résultat est plutôt réussi. Il nous narre les difficultés d’une manière assez délectable. Pas d’apitoiement dans son récit, ses réactions sont celles d’un enfant, parfois égoïstes, et ses sentiments envers son frère handicapé ne sont pas toujours très charitables. C’est ce qui fait tout le charme de ce texte à la fois tendre et mélancolique sur une enfance pour le moins particulière.

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Au milieu de cette cuisine, je compris soudain que nous ne rentrerions jamais en Inde, que nous resterions sans doute toujours en Amérique. Cette idée me troubla. Je me rendis compte qu’un jour, je serais différent de ce que j’étais actuellement. Je me sentis très seul.

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

          Voici un roman qui m’a particulièrement touchée. Je ne suis pas très à l’aise avec les romans sur l’intime mais celui-ci sort vraiment du lot. Delphine de Vigan parle de sa mère de façon touchante. Son enfance a été difficile mais elle la raconte sans amertume. Elle revient sur l’histoire de sa mère depuis son enfance, essayant ainsi de la comprendre, sans jamais la juger. Un recul qui est assez surprenant tant il est difficile de parler de ceux qu’on aime de manière objective. Cela ne peut bien sûr jamais être totalement le cas mais elle fait en tout cas preuve d’une grande bienveillance, donnant à ce texte une tonalité particulièrement agréable. L’histoire de cette famille est totalement folle (au sens strict du terme d’ailleurs) et le récit des aventures de ses membres totalement passionnant. Les drames se sont succédé et la malédiction semble ne jamais devoir finir, ce roman est aussi une manière de conjurer le sort. L’auteur nous fait part de ses craintes, se livre page après page, et un texte émouvant se dessine. Un très bel hommage à sa mère et à la famille en général. J’ai beaucoup aimé ce roman d’une grande sensibilité. Vraiment magnifique.

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J’écris ce livre parce que j’ai la force de m’arrêter aujourd’hui sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre.

Le jardin forteresse, Claude Pujade-Renaud

          J’aime beaucoup Claude Pujade-Renaud, un auteur que j’ai découvert à la fac dans un cours de littérature contemporaine. Sa sensibilité me touche énormément bien qu’elle aborde des sujets qui ne m’attirent pas particulièrement. La famille est souvent au centre de ses récits, sous des angles assez variés, et c’est encore le cas ici même si le parti-pris est radicalement différent de ce que j’avais pu lire d’elle jusque-là. Je ne devais pas avoir lu la 4° de couverture (ou alors je l’avais oubliée) car j’ai été extrêmement surprise de constater que le récit se déroulait dans la Grèce Antique. Mes connaissances historiques étant particulièrement limitées, j’ai parfois eu l’impression de rater quelques nuances, notamment lors de l’apparition de personnages connus qui ne l’étaient pas forcément pour moi ou dont je ne me rappelais plus exactement ce qu’ils avaient fait. Toutefois, si cela peut s’avérer un peu déroutant, ça n’empêche nullement de suivre l’histoire familiale qui se déroule dans un univers clos et s’avère très prenante. Au début, cet univers semble idyllique et c’est peu à peu que le « jardin-forteresse » devient prison et qu’on entrevoit ce qu’il peut avoir de perverti. Cette évolution du point de vue, qui suit celle des fillettes est pour le moins intéressante. Un texte érudit mais surtout sensible et parfois cruel qui offre une vision de la famille à la fois juste et surprenante.

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La défloration, c’était aussi perdre les images d’autrefois, pleines et pures, et là résidait la douleur, beaucoup plus que dans le corps.

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  1. J’ai beaucoup aimé rien ne s’oppose à la nuit. La littérature sur les sujets les plus intimes m’a souvent permis de retrouver mes propres réactions, de les expliquer, de m’apercevoir que nous fonctionnions tous à peu près de la même façon… De Vigan est sur la liste des prochaines lectures.

  2. J’ai justement « Rien ne s’oppose à la nuit » dans ma PAL. J’aime beaucoup les romans sur les familles, particulièrement quand disfonctionnent.

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