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Voyage, voyage

          Je vous avais promis en début d’année des dossiers thématiques afin d’approfondir certains sujets et de remettre en avant quelques vieux articles oubliés. Comme vous aurez pu le constater, cette promesse n’a pas totalement été tenue. Pour ma défense, j’ai été pas mal occupée et c’est le genre d’article qui l’air de rien prend du temps. Mais me revoici avec un 2° thème : le voyage. J’ai toujours été attirée par les écrivains-voyageurs, leurs vies d’aventures me font rêver. Le cinéma aussi offre de belles escapades, même si l’omniprésence de l’image laisse trop peu de place à l’imagination et émerveille sans doute plus les yeux que l’esprit. Voici donc quelques exemples de voyageurs dont j’ai dévoré les récits.

Du côté des mots :

Jack London : Pour moi il reste l’écrivain-voyageur par excellence. Une vie de vagabondages dont il s’est servi de matière pour ses romans. Ce qui le distingue des autres c’est à la fois l’incroyable richesse de ses expériences (aussi bien de longues traversées en mer que des mois en solitaire dans le Grand Nord) et surtout l’inégalable qualité de sa plume. Une écriture à la fois rude et d’une incroyable sensibilité. Emotions fortes garanties. Parmi les textes que j’ai lu et particulièrement aimés, Martin Eden, L’amour de la vie et Construire un feu. Ce que je n’aime pas chez Jack London ? Savoir que son oeuvre est close, pour garder quelques années encore le plaisir de la découverte de ses textes (fort heureusement nombreux), je dois freiner ma boulimie de lecture.

Sylvain Tesson : un voyageur des temps modernes. L’esprit d’aventure est moindre et la plume, bien qu’aiguisée, ne saurait atteindre les sommets londoniens. Un écrivain dont la lecture est toutefois très agréable. J’apprécie beaucoup sa culture et son humour. Un parisien à ses heures perdues qui n’a de cesse d’échapper à la grisaille en allant user ses semelles de par le monde. J’aime beaucoup les documentaires sur ses explorations, que je connais mieux que ses textes. J’ai passés de douces heures en lisant Dans les forêts de Sibérie. J’ai moins aimé Petit traité sur l’immensité du monde.

Nicolas Bouvier : un grand voyageur qui est parti avant tout à la rencontre de cultures qui n’étaient pas sienne. Il a ensuite raconté ses rencontres dans différents livres dont le célèbre Usage du monde et le moins connu mais passionnant et très accessible Chronique Japonaise. J’aime beaucoup sa manière très humble d’envisager le voyage et de tente d’assimiler les us et coutumes des pays qu’il visite. Un rythme moins effréné, où la culture prend le pas sur l’aventure. J’aime moins : j’aime beaucoup ses écrit mes c’est vrai que spontanément je vais plutôt vers l’action, une paresse intellectuelle qu’il faudrait que je songe à réparer.

Mais aussi : Joseph Kessel, je n’ai lu que Vent de sable qui m’a laissée sur ma faim. Saint-Exupéry, comme pour Kessel, Vol de nuit ne m’a pas particulièrement convaincue. Alexandra David-Neel, je n’ai encore rien lu d’elle mais ai vu de nombreux reportage et compulsé nombre d’articles, sa vie est tout à fait fascinante. Pierre Loti, dont l’oeuvre raconte ses aventures marines avec une douceur et délicatesse. Stevenson a également célébré le voyage, réel ou imaginaire. Jack Kerouac, La route est un classique qui sort au cinéma la semaine prochaine, je compte le lire avant d’aller le voir dans les salles obscures. Côté poésie, Victor Segalen est également un grand nom d’écrivain voyageur. Joachim Du Bellay, est quant à lui plus une exilé malgré lui qu’un aventurier. Baudelaire à également célébré le voyage dans son célèbre poème « L’invitation au voyage ». Et la liste pourrait être encore longue avec par exemple les récit d’alpinistes ou de marins.

L’invitation au voyage, Charles Baudelaire

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

La magie des images :

          Je crois bien que tous ces films sont des adaptations de livres mais les ayant découvert dans les salles obscures et n’ayant pas lu les ouvrages correspondant (à une exception près), je les ai naturellement classés ici.

Carnets de voyage, de Walter Salles : le film qui raconte le voyage qui a fait d’Ernesto Guevara un révolutionnaire, ou comment le petit Ernesto est devenu le Che. Les paysages sont absolument splendides, ce qui est bien sûr l’incontestable point fort du film. Il permet également de découvrir le jeune homme avant le révolutionnaire. une humanisation du personnage qui permet de mieux le comprendre et s’avère très intéressante. J’ai lu les carnets du Che, dont le film est tiré, et une fois n’est pas coutume, le film est bien meilleur que le livre. Ca donne terriblement envie de se lancer à son tour dans un périple au coeur de l’Amérique latine.

Into the wild, de Sean Pennl’histoire de Christopher McCandless, un brillant étudiant qui, son diplôme en poche, décide d’aller parcourir le vaste monde en solitaire. Il fera sur la route des rencontres passionnantes qui ne le détourneront pas pour autant de son projet d’aller vivre seul en Alaska durant plusieurs mois. Il y rencontrera selon ses souhaits la nature sauvage, aussi belle que dangereuse. Un film qui divise. Certains l’adorent, certains pensent que – je cite – « On dirait une pub Hollywood chewing-gum ». Un film initiatique teinté de nostalgie soixante-huitarde. Quoi qu’on en pense, il s’est imposé comme un incontournable du voyage et des grands espaces.

Le voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki :  un petit film d’animation pour la route. On est plus ici dans la voyage initiatique que dans le voyage tout court à proprement parler. La petite Chihiro se retrouve projeté dans une ville fantôme et elle va devoir affronter bien des épreuves pour sauver ses parents pris au piège. Une très belle fable empreinte de poésie.

          Pour une raison que j’ignore, je suis visiblement moins inspirée par les films sur les voyages que par les livres. J’ai beau me creuser la tête, j’ai beaucoup de mal à trouver des films convaincants sur le voyage, j’attends donc vos suggestions avec impatience ! Dans la catégorie plutôt « aventure » on pourrait citer La mort suspendue ou 127 heures mais le zone géographique couverte reste très limitée et le mouvement quasi inexistant (surtout dans le second…), on est donc très très en marge du genre (à défaut de voyage il reste les grands espaces quoi…). Indian palace pourrait surement se rattacher vaguement au genre aussi. Ou The trip, bien qu’il y manque une sérieuse part de rêve.

Et la musique alors ? 

Voyage voyage, Desireless. Bien sûr la première chanson qui me vient à l’esprit en la matière !

Emmenez-moi Charles Aznavour. Une invitation à partir se griller au soleil à l’autre bout du monde.

Bernard Lavilliers. Je n’ai pas de titre particulier en tête mais cet infatigable baroudeur partage constamment ses aventures à travers ses chansons.

Quelques expositions ?

Le musée du Quai Branly est un petit voyage à lui tout seul.

L’exposition Phares au Musée national de la Marine, car après tout, que serait le voyageur solitaire sans points de repères ?

          J’aurais pu prendre bien d’autres exemples, avec des beaux livres autour de voyages ou d’aventures, j’aurais pu publier des extraits de documentaires filmés au bout du monde, vous donner de bonnes adresses pour organiser votre prochain départ, ou encore vous faire partager quelques vieilles photographies ramenées d’escapades lointaines (ou moins lointaines). Le sujet est vaste et il est impossible d’en faire le tour. Un genre majeur brille toutefois ici par son absence : le carnet de voyages. La raison en est simple, bien que je trouve souvent ses carnets splendides, je me rends compte que je ne fais que les feuilleter en librairie et n’en ai jamais lu un seul. Encore un manque à réparer donc, j’attends vos suggestions ! Sachez toutefois que le salon Etonnants voyageurs du livre et du film de voyage se tiendra du 26  au 28 mai à Saint-Malo.

          Et vous, quels livres ou films avez-vous vu sur le voyage ? Quels sont ceux qui vous ont donné envie de sauter dans le premier avion ? Etes-vous déjà partis au bout du monde après qu’un livre vous en ait donné envie ? J’attends avec impatience vos expériences !

Mes lectures

J’ai aimé un pervers

          Le témoignage de 3 femmes (Carole Richard, Mathilde Cartel, Amélie Rousset) qui ont vécu de longues années auprès de pervers narcissiques qui les ont totalement étouffées. Comment devient-on une femme harcelée par son propre mari ? Comment peut-on ne pas s’en apercevoir ? On pourrait se laisser aller à penser que seule des femmes faibles ou stupides peuvent se laisser prendre au piège ; pourtant, il n’en est rien, chacune est on ne peut plus saine d’esprit. Ces trois femmes ont simplement fait un mauvais choix au mauvais moment et se sont retrouvées piégées sans s’en rendre compte.

          J’ai beaucoup aimé ces témoignages. Les histoires alternent, évitant la monotonie. On suit en parallèle chaque rencontre, chaque début de violence, puis peu à peu chaque prise de conscience. Il est intéressant de voir à quel point ces histoires peuvent se ressembler malgré des conditions et des parcours très différents. Le schéma de ces hommes semble toujours le même, et redoutablement efficace. Ils font preuve d’une rare persévérance et peuvent se montrer prévenants de longs mois durant avant de ferrer leur pauvre victime. Les violences commencent peu à peu, insidieuses d’abord : paroles dévalorisantes, jalousie excessive, petites mesquineries… plus appuyées par la suite avec des insultes, et parfois même des coups. Cette lente escalade se double d’une dévalorisation qui ôte petit à petit à la femme qui en est victime toute confiance en elle.

          Ces hommes peuvent pourtant se montrer charmants, même si cette capacité semble s’amoindrir au fil du temps. Ce changement constant de comportement sème le doute, d’autant plus qu’il démontrent un aplomb qui manque totalement aux compagnes qu’ils s’acharnent à brimer depuis tant d’années, allant jusqu’à les éloigner de famille et amis afin de mieux les tenir sous leur coupe. Un piège subtil, extrêmement bien décrit. En lisant ces témoignages, on comprend le cheminement de ces femmes qui se sont laissées détruire sans s’en apercevoir. Sans diaboliser leur compagnon, ni se poser en simple victimes, elles analysent pour nous leur parcours difficile avec un recul qui nous permet de mieux les comprendre. L’écriture est sans prétention mais reste agréable, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type d’ouvrages. On ne sombre jamais dans un pathos excessif ou un concours d’anecdotes sordides, le ton reste assez neutre et il n’y a pas plus d’exemples que nécessaire ; une retenue qui fait la force de ce texte. Des témoignages édifiants qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement des pervers narcissiques et ne laisse aucun doute quant à la chose à faire face à eux : fuir le plus vite possible. Un livre agréable à lire et très intéressant, à mettre entre toutes les mains.

Certains hommes se comportent avec les femmes comme si elles étaient des pommes. Ils les mangent, et à la fin ils jettent le trognon… »

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Il me fait souvent remarquer que je passe trop de temps le soir à raconter des histoires aux enfants : je les empêche de dormir et je les gâtes trop. Et en effet, je finis par croire que je suis une mauvaise mère.

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Mon bébé dans son fauteuil, avec un biberon suspendu par une corde, à portée de sa bouche, sans son père à ses côtés. Vision d’horreur ! (…) Jean, en revanche, a été très content de son innovation.

Ce livre est paru aux éditions Eyrolles dans la collection « Histoires de vie ». 200 pages. 15€.

Mes lectures

Pensée magique, Augusten BURROUGH

          Après une enfance mouvementée, Augusten est allé s’installer à New-York où il travaille pour une agence de pub. S’il a réussi à plus ou moins s’intégrer à la société, il reste toutefois quelque peu ravagé, et ce pour notre plus grand bonheur. Nous suivons ici la suite de ses aventures, avec toujours autant de détails croustillants sur sa vie rocambolesque. Tout un programme !

          Je vous avez parlé du jeune Augusten, rencontré dans Courir avec des ciseaux (oui, oui, on est presque des intimes maintenant). J’avais adoré ce livre à l’humour ravageur et au personnage aussi horripilant qu’attachant. J’avais été terriblement déçu que l’histoire s’arrête. Fort heureusement, l’auteur n’écrit qu’autour de sa biographie ce qui offre donc quelques occasions d’en savoir plus. J’ai raté l’épisode de l’entrée dans l’âge adulte – ce que je compte arranger très vite – et me suis directement trouvée propulsée vers la dure trentaine de notre héros.

          Contre toute attente, il s’est trouvé un métier respectable et vit de manière à peu près civilisée à New-York. Il est toujours célibataire et se désespère de son début de calvitie. Ses problèmes psychologiques ne sont pas tout à fait réglés et il lui arrive donc encore de montrer quelques signes de graves névroses… Ajoutez-y une certaine tendance à se mettre dans des situations impossibles et vous aurez un livre décapent ! Ce roman est peut-être un peu moins savoureux que le précédent mais on y retrouve bien le même esprit totalement farfelu. C’est avec délectation que j’ai suivi la suite de ses aventures. Augusten Burrough est décidément un auteur à suivre !

S’il y a une chose à laquelle je ne suis pas, mais alors  absolument pas allergique, c’est bien les produits chimiques. Je tiens à savoir que cet épais liquide bleu que je déverse dans la cuvette des W-C a été testé et testé encore sur des lapins, des singes, et tout ce qu’ils peuvent entasser dans leurs cages de laboratoire.

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Ce qu’il y a de merveilleux chez les enfants, c’est qu’ils ne disposent pas d’émotions complexes. ils ont la dotation de base ; les options, ce sera pour plus tard.

Mes lectures

Jo, Derib

          Jo est une BD de prévention sur le sida. Elle s’adresse aux adolescents afin de mettre à mal les préjugés sur la maladie et expliquer sans démagogie les modes de transmission, les moyens de se protéger et la manière dont évolue la maladie. Un moyen original de traiter un sujet difficile et encore largement tabou.

          Je ne sais trop comment parler de cette bande-dessinée. A première vue, ni les dessins, ni le sujet ne m’inspiraient des masses. Je lai d’ailleurs longuement laissée trainer dans ma bibliothèque avant de m’y attaquer. Finalement, bien que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, elle s’est avérée plus intéressante et plus subtile que ce que je pensais. J’y ai retrouvé beaucoup de réflexions propres à la littérature sur la sida. On échappe au pathos par une mise en avant de l’envie de vivre pleinement ses derniers instants qui peut accompagner la découverte de la maladie. A travers des thèmes tels que l’amour, la famille ou la drogue, le texte s’inscrit pleinement dans l’univers adolescent et en aborde les principales facettes.

          J’ai moins aimé la façon très romantique dont est traitée l’histoire. J’ai trouvé ça presque simpliste par moments, les personnages auraient mérité plus de nuance et de profondeur. Toutefois, même si cela m’a gênée, le texte fonctionne plutôt bien et me semble tout à fait adapté à son public. Un mode de prévention moins agressif et plus subtil que ceux auxquels on est habitués. Une initiative intéressante et réussie.

Mes lectures

Elle, par bonheur, et toujours nue, Henri GOFETTE

           Quand Pierre rencontre Marthe au détour d’une rue parisienne, c’est le coup de foudre. Elle deviendra sa muse, la seule qu’il ait connue. Il la peindra inlassablement pendant plus de 40 ans, et presque toujours nue. Dans ses tableaux, sa femme ne cessera d’avoir 30 ans. Histoire d’un amour fou.

           Ce roman raconte l’incroyable histoire d’amour entre Pierre Bonnard et sa femme, Marthe. Rencontrée dans un coin de rue, elle deviendra sa compagne et sa muse et l’inspirera tout au long de sa vie. Des centaines de toiles et dessins à son effigie. Une histoire esquissée tout en pudeur et en délicatesse  à travers les grands moments qui la composent.

           J’ai bien aimé ce livre léger et agréable dont se dégage une certaine poésie. On croirait presque se promener dans une toile de Bonnard tant son univers est bien restitué, par petites touches. J’aurais sans doute aimé un peu plus de consistance justement, plus de profondeur et de précision. Toutefois, le manque d’information ne le permettait peut-être et cela siérait-il moins à cette toile impressionniste. Une lecture tout en légèreté fort agréable.

Il a choisi la liberté et la peinture envers et contre tous, son milieu, sa famille, la femme qu’il aimait, et contre l’avenir même, ce petit train gris qui roule son tacatam monotone sur des rails sans surprise et vers le couchant.

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Tout plutôt qu’une vie en pot, l’amour à la petite semaine et les voyages en pantoufles.

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L’eau, quand elle monte d’un regard de femme, peut tout renverser, et il n’y a pas de mur qui tienne, surtout si le mur est un homme qui vit et vibre dans l’azur comme un violoncelle.