Mes lectures

Top ten tuesday (2)

          Top Ten Tuesday, un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Initialement créé par The Broke and the Bookish, il est désormais repris en français par Iani et son carnet de lecture. Je sais je sais, j’ai un peu raté la jour, veuillez donc excuser le décalage entre le titre et la parution…

Cette semaine, le thème est :

Le top 10 des livres lus en 2011

1 – José Carlos Somoza, Clara et la pénombre

2 – Truman Capote, Cercueils sur mesure

3 – Larry Mc Murtry, Lonesome Dove (et pour le 2, c’est ici)

4 – Jack London, L’amour de la vie

5 – Jean-Philippe Toussaint, La vérité sur Marie

6 – Yves Navarre, Ce sont amis que vent emporte

7 – Laurent Gaudé, Le soleil des Scorta

8 – Malla Nunn, Vengeance dans un paysage de rêve

9 – Alexandre Bergamini, Sang damné

10 – Florence Aubenas, Quai Ouistreham

LA grande découverte qui a marqué mon année.

         J’ai choisi d’exclure de ce classement les livres lus en 2011 qui avaient fait l’objet d’une lecture antérieure (ce qui a nettement modifié le résultat). J’étais arrivée dans un premier temps à 12 titres. Edward Abbey (avec Le feu sur la montagne) et Katrina Kalda (pour Un roman estonien) auraient pu en être. Ce dernier ayant été chroniqué en 1° en 2011, je ne jurerais pas qu’il n’a pas été lu fin 2010, ce qui lui a valu son élimination. Quand à l’autre malheureux, je lui ai préféré le reportage de Florence Aubenas dans une volonté de mettre dans ce classement au moins un livre qui ne soit pas un roman. C’est injuste, mais c’est ainsi. Enfin, concernant Jack London, Construire un feu, aurait également pu recevoir les honneurs, simplement le 1° lu a été le 1° choisi. Ces livres ne sont peut-être pas tous parmi les meilleurs d’un point de vue littéraire mais j’ai pris un grand plaisir à les lire et chacun d’eux m’a marqué à sa manière.

          L’année 2011 a été riches en lectures pour moi (100 tout rond !!!!), bonnes dans l’ensemble. Je les aurais simplement souhaitées plus variées, ce sera pour l’année prochaine j’espère. Deux autres livres, dont je n’ai pas encore parlé ici, ont également marqué mon année. Ce sont deux livres de cuisine, Ritz et A la table de l’histoire. Deux petits bijoux sur lesquels j’ai eu la chance de travailler et dont la sortie en librairie m’a emplie de joie. Je vous les présenterai bientôt. Je ferai sans doute aussi d’ici peu un article plus général sur mes lectures de 2011, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Et pour vous, quels livres vous ont marqué cette année ?

Mes lectures

Chloé DELAUME, Le cri du sablier

          L’histoire décousue d’un drame sanglant, racontée à la première personne.

         On ne sait pas bien qui parle dans ce livre. Un « je » qui n’est pas bien défini. En revanche, la souffrance est partout. L’écriture est très décousue. Des bribes de phrases qui s’enchaînent, retraçant des pensées, des sensations décousues. Je n’ai pas du tout accroché avec ce style. C’est le genre qu’on doit lire d’une traite et je n’ai pas réussi, buttant sur les mots sans trouver le rythme adéquat. Pourtant, il y a du génie dans cette écriture. Elle paraît comme essoufflée, se livrant dans le désordre de peur de ne pouvoir tout dire avant l’asphyxie. Un style qui sort du lot et une manière brillante de traiter ce sujet difficile. Je vous invite à tenter vous aussi l’expérience.

Ce n’est pas un spectacle pour les enfants. Conclurent-ils de concert le choeur sut s’accrocher. Dans la cage d’escalier la ribambelle noircie. La concierge coryphait le Kleenex à la main. Vacillante aux cothurnes le vernis fut brossé. A la montée des marches le silence s’imposa dans la crémeuse tension qui suit l’extrême-onction.

Culture en vrac·Mes lectures

Hervé Guibert : 20 ans

          Il y a tout juste 20 ans, le 27 décembre 1991, s’éteignait Hervé Guibert. En phase terminale du sida, il est mort quelques jours après une tentative de suicide. Le grand public le connaît pour ses textes sur la maladie, la critique littéraire pour son travail sur l’autofiction. Un artiste qui a connu un succès fulgurant avec le livre révélant qu’il était atteint du sida : À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. 

          Les habitués de ce blog le savent, j’ai travaillé cette année sur son oeuvre, il a donc été l’objet ici même de nombreux articles. Les voici aujourd’hui réunis, en espérant que certains vous donneront envie de découvrir ou redécouvrir son oeuvre.

          À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Le protocole compassionnel et L’homme au chapeau rouge. La « trilogie sida ». L’auteur y raconte son combat contre la maladie à travers une incroyable volonté de continuer à écrire, jusqu’au bout.

           Mais aussi des textes moins connus. Parmi eux, son premier, La mort propagande, un texte extrêmement subversif ; et deux de ses derniers, Mon valet et moi, un roman burlesque et Cytomégalovirus, son journal d’hospitalisation. Je me rends compte au passage que j’ai totalement oublié de faire un article sur le journal de l’auteur, Le mausolée des amants et sur de ses textes que j’aime le plus, Fou de Vincent. Oublis honteux que je compte bien réparer.

          Enfin des articles autour d’Hervé Guibert avec des livres parus à l’occasion de l’exposition de ses photos à la MEP, Hervé Guibert, une leçon de photographie et Hervé et le numéro de La revue littéraire qui lui est consacré. Enfin, un très bon article paru sur le blog de Paris à l’air libre. 20 ans près, un auteur qui fascine encore.

Jeunesse·Mes lectures

Kim HYANG-YI, Murmure à la lune

          Song-Hwa est une petite fille de 11 ans qui vit seule avec sa grand-mère chamanesse. Elle n’a jamais connu ses parents mais espère en secret que son père un jour reviendra. Elle confie ses rêves à son amie Yeong-bun… et à la lune.

         J’ai beaucoup aimé ce livre destiné aux 10-12 ans. Il est bien écrit (même si après Laurent Gaudé, forcément, ça paraît un peu fade) et l’histoire est prenante. Ca change de ce qu’on a l’habitude de voir pour cet âge-là. L’auteur aborde au fil de l’histoire de grands thèmes : la famille, l’amitié, le partage, les croyances ou encore la mort. Si des pistes de réflexion sont apportées, le ton ne de vient jamais moralisateur, ce que j’ai grandement apprécié. On apprend également beaucoup de choses sur l’histoire et les coutumes coréennes. Un texte plein de poésie, malheureusement bien loin des préoccupations de la plupart des enfants de cet âge. A confier plutôt à des enfants sages avides de découvrir de nouveaux horizons.

Tu n’imagines pas à quel point ça me manque de ne pas pouvoir prononcer les mots « papa » et « maman » à haute voix. Pour les autres, c’est aussi normal que de respirer, mais, moi, je n’y suis jamais arrivée… Toi, quand tu t’ennuies de ta maman, tu peux toujours te rappeler son visage. Moi, je n’ai jamais vu ma mère.

Song-Hwa sourit. A ses yeux, la plus grande valeur de cette épingle était celle du souvenir. Toujours, elle lui rappellerait sa grand-mère. Peu importait sa valeur marchande.

Mes lectures

Laurent GAUDÉ, Le soleil des Scorta

          La lignée des Scorta est née en 1870 à Montepuccio, un petit village au sud de l’Italie où le soleil rend fou. Descendants d’un brigand sans envergure, ils sont condamnés à l’opprobre et la pauvreté. Mais il existe des richesses plus grandes que l’argent : le dévouement à la famille, l’amour de la terre et la soif de vivre. C’est cela qu’il ont promis de se transmettre, de génération en génération, afin que se perpétue leur héritage.

          Ce roman avait reçu en 2004 le prix Goncourt et j’en avais entendu dire le plus grand bien, aussi bien sur le moment que depuis. J’avais donc depuis un moment envie de le lire, mais ayant la manie d’éviter ce dont on parle trop… Je me suis finalement décidée à l’acheter il y a peu. Lorsque je vous ai présenté les nouveautés de ma bibliothèque, j’ai oublié de le citer, et c’est ainsi, que j’ai choisi de le lire en premier.

          Il n’y a pas à dire, le hasard fait parfois très bien les choses ! Je suis de suite rentrée dans ce texte, qui sent à plein nez la terre sèche d’Italie. L’écriture est sans fioritures, simple et belle. Le texte se lit très facilement, les pages défilent sans qu’on ne les voie passer. J’ai beaucoup aimé l’histoire de cette famille, qui n’a rien de bien exceptionnel mais en rappelle bien d’autres. Elle est contée avec une retenue qui la rend plus touchante encore. On est en Italie, mais bien des familles de paysans, ouvriers, pêcheurs ou petits commerçants pourraient s’y reconnaître. C’est l’histoire d’une famille sans prestige, condamnée à un travail éternel et qui pourtant y trouve son bonheur.

          J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. Il pose des questions essentielles sur la famille, le bonheur, la vie. J’ai aimé la description de cet attachement à la terre, pourtant si rude. Cet amour du travail éreintant et des choses simples. Rien d’exceptionnel en apparence dans ce petit livre. Pas de style alambiqué ou de grands discours. Une sobriété qui rend hommage aux hommes et aux femmes qu’il décrit. Un texte d’une grande justesse, à la portée de tous. J’ai pris un grand plaisir à le lire, un de mes coups de coeur de l’année.

Une journée était déclarée bonne lorsqu’on avait pu faire un repas digne de ce nom. A deux repas la journée était exceptionnelle et plongeait Giuseppe dans une bonne humeur qui pouvait l’accompagner plusieurs jours. 

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Donato resta bouche bée.

– Pourquoi me dis-tu cela, zio ? demanda-t-il ?

– Parce que je vais mourir et que tout sera englouti avec moi. Je veux qu’au moins une personne sache ce que j’ai eu au fond du ventre toute ma vie.