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L’empire de la Lune d’été

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          Le livre de S.C. Gwynne retrace l’ascension et le déclin des Comanches, qui régnèrent sur les Grandes Plaines du Sud pendant plus de deux siècles. Cavaliers et guerriers hors-pair, craints par les Espagnols, les Français et plus tard les Mexicains et les Américains, ils ont mené une lutte acharnée pour défendre leur territoire face à l’envahisseur blanc. Un homme incarne par-dessus tout cette résistance : Quanah Parker. Dernier et plus grand chef de la tribu.

          On m’a prêté ce livre de Sam C. Gwynne il y a très longtemps et je ne l’avais jamais sorti de ma bibliothèque. A vrai dire, je ne savais même pas de quoi il parlait. Je l’ai attrapé au hasard un jour où tous les romans que je commençais me tombaient des mains. J’aurais voulu un texte léger, je n’aurais pas pu plus m’en éloigner ! C’est violent à souhait, souvent déprimant et  à désespérer de l’espèce humaine. Pourtant, j’ai de suite bien accroché avec cette lecture parfois un peu aride mais absolument passionnante sur les Comanches.

Couverture de l'Empire de la Lune d'été

          Si je m’intéresse à l’histoire des indiens d’Amérique que je trouve absolument fascinante, je dois bien admettre que mes connaissances sont pour le moins lacunaires. Cet essai passionnant aura donc été l’occasion d’apprendre plein de choses. Il couvre une large période et permet de mettre en avant les mécanisme qui ont permis l’essor de la culture comanche, mais également ceux qui ont mené à sa perte. Beaucoup des faits évoqués dans cet essai m’étaient totalement inconnus et j’ai trouvé intéressante la manière dont l’auteur soulignait les grands axes de l’histoire comanche. Toutefois, le récit couvrant une large période, j’ai également trouvé qu’il n’était pas toujours facile de s’y retrouver, notamment dans les liens entre les guerriers qui reviennent le plus souvent, même si l’essentiel du récit se construit autour d’une seule et même famille.

          Ce texte évoque de très nombreux sujets relatifs à l’histoire des Comanches et c’est parfois difficile de bien intégrer toutes les informations. Quand j’entends que « ça se lit comme un roman », je mettrais toutefois un petit bémol. Certes, l’histoire de la famille qui sert de fil rouge au texte est on ne peut plus romanesque, toutefois, il n’en demeure pas moins assez aride par moments. Je ne suis pas sure non plus d’avoir toujours bien saisi le point de vue de l’auteur, parfois un peu perturbant sur la lutte contre les indiens. Cet essai extrêmement bien documenté est dans l’ensemble agréable à lire et s’avère passionnant malgré un fourmillement d’informations et quelques longueurs.

Portrait de Sam C. Gwynne

À de nombreux égards, ils étaient des chasseurs-cueilleurs typiques. Mais, même parmi ces peuples, les Comanches avaient une culture remarquablement simple. Ils ne pratiquaient pas l’agriculture, n’avaient jamais abattu d’arbres, tressé de paniers, réalisé de poteries ou construit de maisons. Le groupe de chasse constituait à peu près leur seule organisation sociale. Ils n’avaient ni sociétés de guerriers, ni classe de prêtres permanente, ni danse du Soleil.

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L’agent de ce stupéfiant changement fut le cheval. Ou, plus précisément, ce que cette tribu de chasseurs arriérée de l’âge de pierre fit du cheval – un outil de transformation extraordinaire qui eut autant d’impact sur les Grandes Plaines que la vapeur et l’électricité sur le reste de la civilisation.

Théâtre, littérature, cinéma : autour de la Shoah

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          Les romans, essais, films ou même pièces de théâtre qui traitent de la Shoah sont légion. Il m’arrive donc de temps à autre de me pencher sur le sujet, d’autant plus qu’il exerce sur moi une certaine fascination. Un besoin de comprendre qui ne peut être assouvi. Comment peut-on en arriver là ? Pourquoi a-t-on laissé faire ? Comment aurions nous réagi dans telle ou telle situation ? J’ai beau connaître les raisons historiques et idéologiques du massacre, il y a tant de choses que ça n’explique pas. Que ça ne pourra jamais expliquer. Je ne me fait guère d’illusions quant à la nature humaine, il y a eu des horreurs commises avant et il y en aura encore. Je ne me fais guère d’illusions sur moi-même non plus, je ne sais pas si j’aurais été du « bon » côté. Si j’aurais su faire preuve de courage, de révolte, d’humanité, dans des temps qui en étaient dépourvus. Ces réponses nous ne les aurons jamais, ce n’est pas une raison pour arrêter de se les poser.

Nécessaire et urgent, d’Annie Zadek

Texte d’Annie Zadek, mise en scène et scénographie Hubert Colas avec Bénédicte Le Lamer, Thierry Raynaud.
Des questions qu’Annie Zadek n’a pas posées aux siens, Juifs polonais et communistes, immigrés moins pour fuir les nazis que pour échapper à une condition sans avenir. Ils voulaient vivre leur jeunesse, leur engagement politique et intellectuel ; leur exil était aussi fait d’élan et de ferveur. À leurs enfants, devenus français, ils n’ont jamais parlé de ce qu’ils avaient laissé derrière eux.

Nécessaire et urgent

Photo ©Hervé Bellamy

Voici une pièce vue il y a quelques mois et dont je ne vous ai pas parlé de suite, attendant de me décider à rédiger cet article, qui traîne dans mes brouillons depuis une éternité. Je ne me voyais pas lui consacrer un article entier vu ce que j’avais à en dire de toute façon, ça pouvait bien attendre. Le topo me plaisait bien : Annie Zadek pose une longue série de questions aux siens, qui ont immigré en 1937 et n’ont jamais parlé de leur passé. 524 questions qui ne trouveront plus de réponse. Une interrogation sur les origines qui aurait pu s’avérer très intéressante. A la place, l’ennui est écrasant. J’ai été au bord du fou rire avec des questions de type : avais-tu un chien ? un chat ? un cochon d’Inde ? un canari ? Eh bien… on s’en fout. La mise en scène exploite un clair-obscur pas inintéressant mais est par moment douteuse, avec une espèce de chambre à gaz que j’ai trouvée plutôt choquante personnellement. Pour le reste, c’est assez mal joué : voix monocorde, posture figée, aucune émotion. Pour la défense des acteurs, il doivent s’ennuyer autant que nous avec ce texte. Une pièce très courte mais d’un ennui mortel. Ma plus grosse déception théâtrale de l’année.

Si c’est une femme : Vie et mort à Ravensbrück, de Sarah Helm

De 1939 à 1945, au camp de Ravensbrück, 132 000 femmes et enfants furent les victimes silencieuses des nazis. Fruit d’un travail d’enquête minutieux à travers le monde à la rencontre des dernières rescapées et des familles des déportées, ce livre exceptionnel redonne la parole à ces femmes, vibrantes héroïnes d’une histoire restée trop longtemps marginale.

Si c'est une femme, couvertureJe lis très peu d’essais et je ne sais plus comment j’ai décidé de me procurer celui-ci. Pour son titre je pense, j’ai évidemment pensé à Si c’est un homme, que j’avais adoré. Je m’attendais plutôt à un témoignage qu’à un essai d’ailleurs. Et surtout je ne m’attendais pas à ce que ça fasse près de 1000 pages ! Le sujet est forcément très pesant, c’est long, il y a beaucoup de choses évoquées. Mais c’est bien écrit et très bien documenté. J’avais déjà lu quelques témoignages sur les camps, j’avais donc quelques notions sur les horreurs qui y ont été perpétrées. Enfin, c’est ce que je croyais, tant ça dépasse ce qu’on peut imaginer. On semble oublier, faute de pouvoir le comprendre ou même ne serait-ce que l’envisager. Je ne connaissais pas l’existence de camps de femmes. Les atrocités qui y ont été commises sont innombrables. L’auteur se concentre sur un camp et essaie de toutes les lister. De parler de tout et de toutes. Difficile parfois de s’y retrouver tant les femmes qui hantent ces pages sont nombreuses, tant il y a de choses à ingurgiter. C’est décourageant par moments, d’autant que c’est un sacré pavé ! D’un autre côté, si ça nuit à la clarté, le fait de refuser de laisser quelque détail que ce soit permet d’offrir une place, si minime soit-elle, à chaque femme dont elle a retrouvé la trace. C’est leur offrir une reconnaissance et un petit bout d’éternité. Un essai passionnant mais trop foisonnant pour se faire une idée d’ensemble claire. Il est toutefois très émouvant et met en avant un pan méconnu de l’histoire.

Je comprenais maintenant ce que le livre devait être : une biographie de Ravensbrück commençant par le commencement pour finir par la fin, où je ferais mon possible pour redonner sa cohérence à une histoire brisée.

Vera Kaplan, de Laurent Sagalovitsch

Après la mort de sa mère, un homme reçoit à Tel Aviv une lettre en provenance d’Allemagne adressée à la défunte. L’expéditeur, un notaire, se réjouit d’avoir retrouvé la fille de sa cliente, Vera Kaplan. Il joint au courrier son testament et un récit de guerre, qui décrit sans complaisance cette femme, juive berlinoise prête à tout pour rester en vie. Inspiré de l’histoire de Stella Goldschlag.

Vera Kaplan, couvertureUn de mes gros coups de cœur de l’automne, conseillé par ma libraire (celle qui n’a pas du tout les mêmes goûts que moi, j’étais donc méfiante). Je m’attendais à un livre sur la Shoa relativement classique, une histoire de déportation, de peur, de survie. Pas du tout. C’est une histoire de collabo. De collabo juive. Sujet rarement traité je trouve. L’auteur lui donne la parole, tente d’expliquer le pourquoi. Et c’est diablement intéressant. Au début, cette jeune fille à la vie plutôt rangée nous est assez sympathique. C’est avant la guerre, un temps de paix où il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Et puis tout tourne mal. La guerre, les persécutions, les choix à faire. L’envie de sauver ses parents. Ce qui ressort de ce roman, c’est la colère de cette jeune fille face à la résignation des siens, son envie de résister par tous les moyens, de vivre quoi qu’il arrive, même si cela doit passer pour elle par la collaboration avec l’ennemi, par la trahison. Ca paraît tellement paradoxal et tellement humain à la fois. Si on ne peut pas franchement se mettre à sa place, on n’arrive pas totalement à la condamner non plus. L’auteur de ne le fait pas non plus d’ailleurs, il se contente de lui donner la parole. C’est le tour de force de ce roman : son absence de jugement. Seule la toute fin est sans doute de trop, et certains passages au contraire auraient peut-être mérité un traitement plus approfondi. Dans l’ensemble, un roman bien construit, très bien écrit et extrêmement prenant sur un sujet délicat. Un très beau texte.

Et cette passivité me rendait folle.
Et cette soumission, je ne l’admettais pas.
Et devant ce spectacle, j’écumais de rage.

          Si je n’ai pas vu de films récemment sur le sujet au cinéma, en voici quelques-uns qui sont relativement récents et que j’ai rattrapés lors de leur passage sur petit écran.

Crosswind, la croisée des vents, de Martti Helde

Drame historique estonien de Martti Helde vec Laura Peterson, Ingrid Isotamm, Mirt Preegel
Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers, sur ordre de Staline. Erna, une jeune mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Durant 15 ans, elle lui écrira pour lui raconter la peur, la faim, la solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver.

Crosswind, afficheQuand ce film est sorti, il me tentait beaucoup mais je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le voir en salles. J’en avais entendu dire beaucoup de bien et l’esthétique semblait tellement belle, un peu du genre d’Ida. Dès qu’il est passé sur Canal+, je me suis donc empressée de le regarder. Et… comment dire ? Impossible de m’y intéresser, je me suis terriblement ennuyée. Du coup je n’ai rien à vous en dire, je n’ai rien suivi. Oui, c’est beau mais alors qu’est-ce que c’est chiant ! J’ai rarement autant décroché d’un film ! Je devrais peut-être lui redonner une chance à l’occasion. Grosse déception donc. Je ne peux même pas vous dire si le film est bien ou pas tellement je suis partie loin, loin, loin…

Phoenix, de Christian Petzold

Drame allemand de Christian Petzold avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Phoenix, afficheDes trois films sur la guerre vus récemment, j’ai finalement trouvé que celui-ci était le plus intéressant. Je m’attendais à quelque chose d’assez romantique mais pas vraiment (voire pas du tout). Difficile de vous en parler sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait dommage, d’autant plus qu’elle est quand même assez riche en rebondissements. Mais ce que je peux vous dire en revanche c’est que c’est quand même bien malsain comme ambiance. Il y a un questionnement très intéressant sur le retour à une vie « normale », l’impossibilité à dire l’horreur, et le peu d’envie des autres de l’entendre. Si le point de départ semble peut-être un peu tiré par les cheveux et que la première moitié manque d’émotion, un film qui pose des questions intéressante et dérange. Une belle surprise.

          Je n’ai pas eu le courage pour Le fils de Saul. J’ai commencé à le regarder mais je n’aime pas trop les formats carrés et encore moins les cadrages serrés, j’ai cru que j’allais étouffer. J’ai reporté à plus tard. Pour aller plus loin sur le sujet vous pouvez aussi aller voir mes articles sur Le labyrinthe du silence (article groupé avec un roman et un livre jeunesse), Le médecin de famille ou Si c’est un homme.

L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira

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          La traite et l’esclavage furent le premier système économique organisé autour de la transportation forcée de populations et de l’assassinat légal pour motif de liberté, pour marronnage. Ce système a perduré pour l’Europe durant plus de quatre siècles, pour la France durant plus de deux siècles. Il ne s’agit pas de se morfondre ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et respecter l’histoire forgée dans la souffrance.

          De nos ministres passés et présents (voire même très probablement futurs), Christiane Taubira est de loin ma chouchoute en matière d’éloquence. Quel style ! Elle manie la langue de Molière avec un certain brio et ne lésine pas sur la métaphore. Je n’avais jamais eu l’idée de lire quoi que ce soit d’elle mais quand j’ai vu ce petit livre sur l’esclavage, je me suis dit que c’était l’occasion. Dès les premières lignes j’ai été assez époustouflée par le style. Elle parle au moins aussi bien qu’elle écrit. Même si sur la longueur c’est presque trop d’emphase à mon goût. D’ailleurs ça m’a parfois dérangée dans la mesure où le texte est présenté comme un dialogue avec sa fille, a priori adolescente, et qui utilise le même style très travaillé avec des questions d’une pertinence rare : ça fait légèrement artificiel (à moins qu’elle n’ait une fille particulièrement intelligente et qui parle comme Aimé Césaire, on ne sait jamais).

Christiane Taubira, L'esclavage raconté à ma fille

          Le sujet m’intéressait. Etrangement, je me rends compte que je ne sais pas grand chose sur l’esclavage. Bien sûr j’ai quelques notions de base mais je me rends compte que ce que j’en sais vient surtout du cinéma américain. Pas très global comme vision donc. J’ai bien aimé l’idée de ce dialogue avec sa fille, ça permet de simplifier un peu une histoire riche et complexe afin de la rendre plus facile à appréhender. J’ai bien aimé le début, sur l’histoire de l’esclavage, ses avantages économiques et son organisation. C’est expliqué de manière succincte mais avec clarté. Les implications dans la société actuelle – même si elles sont sans doute en partie discutables – sont très intéressantes et m’ont ouvert certaines perspectives. Dommage que les réponses à donner ne soient pas assez poussées. La première partie sur le passé est donc à mon sens bien plus réussie que la seconde sur le présent et l’avenir qui peine plus à trouver ses marques même si des pistes de réflexion sont amorcées.

          Comme on peut s’en douter, l’auteur est clairement de parti près et, comment dire ? très passionnée ! J’ai beau partager en grande partie ses idées sur le sujet, ça m’a tout de même parfois dérangé. La passion c’est bien mais là ça donne l’impression d’une absence d’objectivité qui n’est pas loin de desservir la cause qu’elle cherche à défendre. Même si au fond, le personnage étant bien connu pour ses opinions très tranchées, je suppose que ce sont quand même plutôt des lecteurs acquis à sa cause qui lisent ses ouvrages. J’ai trouvé que sur la fin, quand on en vient aux réponses concrètes à apporter aujourd’hui pour se défaire des séquelles de l’esclavage, ça devenait plus brouillon et perdait un peu en clarté. Bien que ce livre n’aille pas assez loin dans la réflexion à mon goût et fasse preuve parfois d’une verve démesurée, il présente les bases d’un pan essentiel de l’histoire dans un style magnifique et donne envie de s’y intéresser de plus près.

Christiane Taubira

La France, qui fut esclavagiste avant d’être abolitionniste, patrie des droits de l’homme ternie par les ombres et les « misères des Lumières », redonnera éclat et grandeur à son prestige aux yeux du monde en s’inclinant la première devant la mémoire des victimes de ce crime orphelin.

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Une histoire de violence et de beauté.
Il se peut que la beauté l’emporte.

Trois histoires de génies tourmentés

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  • Le monde de Nathan, de Morgan Matthews

Nathan est un adolescent souffrant de troubles autistiques et prodige en mathématiques. Brillant mais asocial, il fuit toute manifestation d’affection, même venant de sa mère. Il tisse pourtant une amitié étonnante avec son professeur anticonformiste Mr. Humphreys, qui le pousse à intégrer l’équipe britannique et participer aux prochaines Olympiades Internationales de Mathématiques. De la banlieue anglaise à Cambridge en passant par Taipei, la vie de Nathan pourrait bien prendre un tour nouveau…

452714Je suis assez intriguée par l’autisme. Sans doute parce que ça me renvoie à mes propres peurs. Sans m’être jamais vraiment renseignée sur le sujet, j’apprécie toujours de voir un reportage ou un film qui en parle. Je ne pouvais donc pas rater celui-ci, d’autant plus que les génies des maths me fascinent. J’ai bien aimé ce film qui montre le monde à travers les yeux d’un jeune autiste, mais aussi les difficultés pour son entourage à le comprendre. Rien de très original dans le scénario, et moins encore dans la réalisation on ne peut plus formelle. Toutefois, le lien entre les personnages est fort et souvent attendrissants. C’est la vraie force de ce film qui parvient à nous faire découvrir l’univers de ce jeune garçon atypique avec beaucoup de finesse. Les mathématiques sont forcément très présentes mais pas besoin d’en être spécialiste pour s’intéresser à cette histoire qui est avant tout celle d’un mal-être, aussi bien pour le jeune adolescent que pour sa mère, qui peine à communiquer avec lui. La fin, si elle est prévisible, n’en n’est pas moins émouvante. Un film qui manque un peu d’originalité mais s’avère souvent touchant.

  • Love and mercy, de Bill Pohlad

Derrière les mélodies irrésistibles des Beach Boys, il y a Brian Wilson, qu’une enfance compliquée a rendu schizophrène. Paul Dano ressuscite son génie musical, John Cusack ses années noires, et l’histoire d’amour qui le sauvera.

418613Je suis allée voir ce film par hasard, un jour d’envie furieuse de cinéma. J’aime bien les Beach Boys mais au vu de leurs chansons, je m’attendais à un film léger. J’ai été très agréablement surprise. La légèreté est sans doute la dernière chose qu’on trouve dans ce film finalement assez sombre. A part leurs tubes, je ne connais pas grand chose des Beach Boys et je ne savais rien de leur chanteur à la voix si particulière, qui s’avère aussi être l’auteur-compositeur du groupe. C’a vraiment été une découverte des plus enrichissantes. Au début, tout va pour le mieux pour le groupe qui rencontre un beau succès et profite de la vie. Mais bien vite, Brian commence à devenir bizarre. Il se replie sur lui-même et ses compositions sont de plus en plus étranges. Il semble entendre des voix qu’il tente de retranscrire : sa musique se nourrit de sa folie. Le film alterne entre deux période de la vie de Brian Wilson : la jeunesse de jeune prodige, avec le début de ses crises, et quelques années plus tard, l’âge adulte et la folie. On le retrouve diminué, perdu et sous l’emprise d’un pervers narcissique qui le martyrise. Si le film est relativement classique sur la forme, l’histoire mérite le détour. Le naufrage de cet homme est particulièrement touchant. On en ressort un peu mal à l’aise mais avec l’envie d’écouter sa musique d’une autre oreille.

 

  • Le suicidé de la société, d’Antonin Artaud

Dans Van Gogh le suicidé de la société, publié en 1947, quelques mois avant sa mort, Antonin Artaud rend au peintre un éblouissant hommage. Non, Van Gogh n’était pas fou, martèle-t-il, ou alors il l’était au sens de cette authentique aliénation dont la société et les psychiatres ne veulent rien savoir.  » Mais quelle garantie les aliénés évidents de ce monde ont-ils d’être soignés par d’authentiques vivants ? « 

41h8xIe8V8L._SX329_BO1,204,203,200_J’avais acheté ce livre lors de l’exposition Van Gogh/Artaud, le suicidé de la société. J’avais adoré les phrases d’Artaud qui ponctuaient l’exposition, elles sonnaient particulièrement juste, et ça m’avait donné très envie de lire le texte dans son intégralité. D’autant plus que sans grande originalité, Van Gogh est un de mes peintres préférés. Je dois avouer que j’ai été amèrement déçue. Artaud est connu pour ses textes très obscurs et sa folie. Je dois avouer que j’ai mieux compris avec cette lecture. J’ai eu un mal fou à suivre. Je me suis même demandée où se cachaient les phrases que j’avais tant aimé dans ce discours qui m’a paru sans queue ni tête. Les commissaires d’expo ont fait un travail incroyable, ils ont tiré le meilleur de ce texte pour le moins alambiqué. Artaud porte un regard très intéressant – et admiratif – sur le travail de Van Gogh, même s’il n’est pas aisé de tirer la substantifique moelle de cet article. Un texte qui m’a laissée quelque peu pantoise mais les courageux y trouveront un regard acéré sur le côté visionnaire de Van Gogh. Difficile mais pas inintéressant.

Et il avait raison Van Gogh, on peut vivre pour l’infini, ne se satisfaire que d’infini, il y a assez d’infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies, et si Van Gogh n’a pas pu combler son désir d’en irradier sa vie entière, c’est que la société lui a interdit.

Quatre récits de voyage

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  • Elles ont conquis le monde : 1850-1950, les grandes aventurières, d’Alexandra Lapierre et Christel Mouchard

          Qu’ont-elles en commun, toutes ces femmes aux personnalités si fortes ? Sinon l’intrépidité et le talent unique de savoir reconnaître leur instinct et soutenir leur désir. 

51RSse3759L._SX301_BO1,204,203,200_Moi qui lis peu d’essais, j’avais beaucoup beaucoup aimé Artemisia d’Alexandra Lapierre. Quand j’ai vu ce livre sur les grandes aventurières, je n’ai pu que succomber tant le sujet me fascine. Je dois avouer que j’ai été conquise. Je suis toujours impressionnée par ces destins incroyables et souvent méconnus. Ici, l’auteur consacre 4/5 pages à chaque aventurière avec une petite présentation et une anecdote un peu développée chaque fois. Je dois avouer que si ça permet de découvrir plein de profils différents, j’aurais préféré que le récit soit plus approfondi pour chacune, avec plus de détails, afin de mieux apprendre à les connaître et d’avoir le temps de me plonger un peu dans leur vie trépidante. Toutefois, malgré ce côté un peu trop catalogue qui est assez frustrant, ce livre m’a vraiment embarquée et fait rêver. Le style d’Alexandra Lapierre est toujours aussi clair et agréable. Elle rend hommage comme personne aux grandes dames qui ont accompli des exploits en tous genre. Un livre qui donne envie d’aller de ce pas courir le monde avec son sac à dos et de vivre de grandes aventures.

Il y a tant de choses à prouver. Qu’une dame peut marcher pieds nus dans la jungle de Bornéo en restant une dame, qu’elle peut manier la théodolite et calculer sa position sans se tromper, qu’elle peut affronter victorieusement (à sa manière qui est tout en douceur) anthropophages et desperados. Et surtout, qu’elle peut voyager sans chaperon tout en restant vertueuse.

  • Le secret d’Orbae, de François Place

          Quand Cornélius, fils de drapier, entend parler de la toile de nuage, il va n’avoir de cesse de retrouver l’endroit où on la produit : les îles Indigo. Un long voyage qui va l’amener à l’autre bout du monde, à la rencontre de la belle Ziyara.

imagesVoilà un livre jeunesse qu’on m’avait chaudement recommandé et qui patientait sagement sur mes étagères depuis déjà plusieurs mois. Je n’avais pas remarqué qu’il était signé François Place, auteur jeunesse que j’admire énormément et dont je ne connaissais jusque-là que les albums richement illustrés. Je me suis donc lancée au plus vite dans cette lecture. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Dès le début, j’ai été embarquée par cette histoire, servie par une écriture de qualité. On a affaire a un excellent roman d’aventure, avec juste ce qu’il faut de fantastique et de romance pour nous faire rêver sans devenir improbable. J’ai particulièrement apprécié la première partie, absolument passionnante, récit d’aventure haletant de bout en bout. La seconde reprend la même histoire avec un point de vue différent. Ca apporte un éclairage différent qui n’est pas inintéressant mais il y a un peu moins de rythme et c’est un peu redondant par moments. Ca n’enlève absolument rien au grand intérêt que j’ai porté à ce roman que j’ai dévoré. Une histoire qui nous tient haletants, un récit d’amour et d’aventure à découvrir à tout âge.

Le grand désir d’horizon agit sur certaines personnes, non comme un vent qui souffle, mais comme un appel qui les inspire et les attire plus qu’il ne les pousse, et cette attraction merveilleuse est mille fois plus forte que toutes les raisons qui pourraient les contraindre à rester.

  • Shenzhen, de Guy Delisle

          Envoyé pour trois mois en Chine, Guy Delisle raconte avec humour son rapport au pays et à ses collègues. 

shenzhen500J’avais tellement ri avec Pyong-Yang il y a quelques mois. Je ne pouvais que me lancer (doucement) dans la découverte du reste de l’oeuvre de cet auteur à l’humour si particulier. Je dois bien admettre que j’ai été un peu déçue. Je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai trouvé l’humour de cette BD moins percutant que dans l’autre. C’est peut-être aussi que la ville au cœur de cet opus s’y prête moins. Certes Shengzen n’est pas mal côté choc des cultures mais rien à voir avec la Corée du Nord, qui bat tout les records en matière d’absurde. Forcément, à côté, ça paraît un peu fade. On rit moins, on est moins surpris. Cela dit, ça reste quand même assez drôle. Guy Delisle ne manque pas d’auto-dérision. Comme il reste assez longtemps dans chaque pays et qu’il écrit au jour le jour, on assiste à la fois à la découverte du pays, avec toutes les surprises qu’elle peut comporter, mais aussi à ce que peut être la vie au quotidien et aux habitudes qu’on peut prendre. Une sorte de carnet de voyage bourré d’humour qui s’il m’a un peu déçue m’a quand même donné envie de lire les autres BD de l’auteur.

Après chaque gorgée, ma tasse est immédiatement remplie. Au début c’est assez obnubilant, après on s’habitue en faisant abstraction de leurs présences.
Ça doit commencer comme ça l’embourgeoisement.

  • Epépé, de Ferenc Karinthy

          Un linguiste s’endort dans l’avion et se réveille dans une ville inconnue où personne ne le comprend. Entre familiarité et étrangeté, le mur d’incompréhension ne va cesser de s’élever.

epepe-couv-ok-hd-572079On m’avait dit le plus grand bien ce cet ouvrage sur l’absurdité du langage. C’était d’ailleurs moi qui l’avait offert à l’ami qui me l’a ensuite passé. Comment dire… j’ai… euh… détesté ? Rien à faire, je n’ai absolument pas accroché ni avec le style, ni avec l’histoire. Il faut dire aussi que l’absurde n’a jamais été ma tasse de thé. Je me demande des fois pourquoi je m’acharne à tenter des lectures dans des genres que je n’apprécie pas. Je me dis toujours qu’on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise mais force est de constater qu’elle se produit au final assez rarement. Je vais avoir du mal à vous parler longuement de ce roman étant donné qu’il m’est un peu tombé des mains. Ca m’a un peu fait penser au Procès de Kafka dans sa construction, toujours plus absurde et angoissante – avec toutefois un brin de dérision supplémentaire. Ce livre est un de mes pires souvenirs de lecture mais tout de même, je suppose que la comparaison est élogieuse. Le style ne m’a guère emballée non plus, dans mon souvenir il est un peu saccadé, comme pour imprimer un rythme particulier à cette épopée cauchemardesque. Un roman dont j’attendais un moment de détente et qui s’est avéré pour le moins angoissant. Une rencontre manquée.

Budaï a eu l’impression étrange que les autres aussi ne faisaient que proférer des expressions sonores complètement dénuées de sens, clairement personne n’écoutait personne. Devrait-on envisager que les gens eux-mêmes ne se comprennent pas tous les uns les autres ?

Vous aimez les récits de voyage ? Un autre article sur le sujet à découvrir ou redécouvrir dans mes archives : ici.